CHAPITRE VIII
bien embrasser la période totale de la profanation qui commença à cette époque. Kuenen insiste toutefois et dit : « On ne saurait assez tenir compte de la déclaration de l'auteur qui a voulu seulement indiquer le temps pendant lequel le sacrifice journalier sera interrompu » (p. 529) ; et il renvoie au vs. 13. Mais le contenu de la vision est exposé dans les versets 1 0-1 3, et on y trouve une description de faits qui pourraient remonter aux agisse ments d'Antiochus à partir de l'année 171.
Ne tenant pas compte de tout cet ensemble de la vision, Kuenen embrasse donc le second système que nous avons déjà exposé et adopté. « Il faut, dit-il, admettre que l'auteur, préoccupé par les sacrifices du soir et du matin, a été amené à distinguer les deux moitiés du jour, et que les 2,300 soirs-matins ne nous don nent ensemble que 1,150 jours complets comme durée de l'interruption du culte de Jéhovah dans le temple. Or, l'histoire ne nous en donne pas autant (Voir I, Mach., 1 : 54 ; IV : 52). En faisant dater la première profanation du temple du 15 Chislev 167, il n'y a que trois ans et dix jours, c'est-à-dire 3X3544-30 (pour le mois intercalaire) -f- 10 = 1,102 jours. Voilà donc une différence de 48 jours (ou de 58, si l'on commence à compter au 25 Chislev), entre le livre de Daniel et l'histoire pour ce qui concerne la durée de la profanation du temple » (Hist. crit., II, p. 529). Mais Kuenen interprète de travers le texte du livre des Machabées. Ce critique reconnaît que les 1,150 jours nous donnent la durée de l'interruption du culte de Jéhovah dans le temple; et le texte du livre des Machabées qu'il oppose à celui de Daniel ne parle que « de la profanation de ce même temple, » par l'édification de l'autel païen (15 Chislev) et par Y immolation des victimes (25 du même mois) au dieu d'Antiochus (Jupiter Capitolin). Ainsi, il y a là trois dates. La première que n'indique pas le livre des Machabées est relative à la cessation du culte, à la suppression du tamid ou du (sacrifice) perpétuel; la seconde indique l'époque de la construction du petit autel païen (15 Kislev), et la troisième le premier sacrifice (25 Kislêv). Il n'y a là aucune contradiction : il ne pourrait y en avoir que s'il s'agissait de eodem sub eodem respectu.
Nous ne saurions nous attendre à trouver dans le commentaire de Reuss des objections plus sérieuses. C'est avec sa désinvolture habituelle qu'il expose les opinions des critiques relatives à la période indiquée par la vision. Il lui plaît de mettre des brouillards dans le texte et, n'y voyant pas clair par sa faute, de s'imaginer que la Critique en est réduite à jeter sa
langue aux chiens. « Les 2,300 soirs-matins, dit-il, font le désespoir des interprètes. Les uns y voient autant de jours entiers, les autres séparent le soir et le matin (v. 26) et ne trouvent que 1,150 jours, pendant lesquels le sacrifice quotidien du soir et du matin devrait être interrompu. Mais, ni de manière ni d'autre, cela ne fait le compte de l'histoire, qui ne connaît qu'une interruption de trois années lunaires plus dix jours (1, Macc, I, 54 s.), ce qui ne s'accorde avec aucun de ces calculs. On n'arrive pas davantage à combiner ce chiffre avec les trois ans et demi du chap. VII, 25, ou avec ceux du chap. XII, 11 s. Tout cela ne nous cause pas trop de souci. Nous ne savons déjà pas trop quel est le point de départ du calcul de l'auteur, encore moins savons-nous quel peut avoir été le terme qu'il veut faire offrir en perspective par son prophète. Ce terme est-il donc nécessairement le même partout? Ces différentes visions ont-elles donc été rédigées à la même époque ? Toujours est-il que ces divers calculs ne s'écartent que très peu l'un de l'autre » (p. 259). A notre avis, les critiques dont Reuss nous fait connaître « le désespoir» poussent trop facilement la chose au tragique. D'un autre côté, Reuss en prend trop à son aise. Il n'a pas su faire accorder le texte qui parle de la suppression du sacrifice quotidien (1,150 jours) avec un texte du premier livre des Machabées qui a trait seulement à une profanation plus grave : la construction d'un autel païen sur l'autel de Jéhovah. Avec un peu d'attention, il aurait vu qu'il s'agit là de périodes différentes et, par suite, de chiffres différents. Le chiffre des trois ans et demi du ch. VII, 25, a aussi pour objet d'autres événements (voy. p. 629 et ss.) ; et les chiffres dn ch. XII n'ont rien à faire ici (voy. plus loin). Evidemment, « tout cela ne cause pas trop de souci » à Reuss. Peu préoccupé de donner des preuves de clairvoyance et d'honnêteté exégétique, il préfère prendre à plaisir de fausser l'opinion sur ce point comme sur tant d'autres. En distinguant, comme nous l'avons fait, les diverses périodes qui comprennent les événements de la persécution d'Antiochus, nous avons pu retrouver dans l'histoire « le point de départ du calcul » que nous offre la vision et « le terme » qu'elle indiquait au prophète. En nous en tenant à la seconde explication de notre texte, les 1,150 jours indiquent la période comprise entre la suppression du culte du vrai Dieu et la purification du Temple par Judas Machabée.
Quelques exégètes pensent que le nombre 2,300 ne doit pas être pris suivant la rigueur chronologique. Ce serait un nom-