CHAPITRE X
c Auprès des rois. Le traducteur alexandrin a lu mëlêk (roi) au lieu de malkey (rois) et il a dû avoir suppléé le mot sar (prince, chef, capitaine) : [xsià tou arpa-rjyou tou BasiXéwç ïlspawv (avec le chef d'armée du roi des Perses). Théodotion a lui aussi sans doute, dans son manuscrit, le mot sar : [j.sxà tou à'p/ovuoç BaaiXsfaç ITepawv. Rosenmùller pense que malkey (rois) a ici le sens de malkout (royaume) et que sar est sous-entendu. Mais l'Ange a pu très bien dire : « auprès des rois des Perses », pour faire entendre qu'il reste auprès de Cjrus et qu'il continuera à plaider auprès de ses successeurs la cause des enfants d'Israël. Bertholdt a aussi supposé que le subst. sar manquait et qu'il fallait traduire par : auprès du prince (de l'ange tutélaire) des rois de Perse. Cette manière de voir part de l'idée préconçue qu'il y a, dans notre texte, la mention d'une lutte entre les anges. Quelques critiques ont essayé d'expliquer le pluriel malkey (rois) en supposant que Cambyse aurait été associé au trône [Mitregent) de Cyrus son père. Mais les fils associés au trône ne prenaient pas le titre de rois et n'étaient regardés que comme des héritiers désignés ou présomptifs (voy. p. 1085). Il ressort, d'ailleurs, tout naturellement de l'ensemble du récit que l'ange indique qu'il restera auprès du roi actuel des Perses et de ses successeurs, ainsi que Stuart l'observe très bien (In the phrase kings of Persia, the plural number appears to be used in order to designate collectively the suprême dynasty of that country). En un mot, l'ange dit qu'il continuera a rester auprès des rois de Perse, afin de leur donner des conseils favorables au peuple Juif.
44. Et je suis venu pour Rapprendre d ce qui arrivera à ton peuple6 dans la postériorité des jours f ; car encore une vision (est) s pour ces jours h.
d Pour te faire comprendre, lahabinka. Voy, vs. 12. — e A ton peuple, lehammeka. Cette expression n'offre pas par elle-même le sens restreint du peuple de l'ancienne Alliance : le peuple de Daniel est le peuple des croyants, la société des fidèles, des vrais enfants d'Abraham. Cette expression ne dit pas, forcément, que la vision n'a pour objet que l'histoire d'Israël considéré comme nation : le peuple de Daniel est le peuple de l'Alliance ancienne et nouvelle (voy. p. 999). — e Beh'aharît haîiamim. Lr> ?ubst. p^nN signifie proprement «postériorité», ce
qui vient après (inx , après) et il a pris le sens de fin, suite extrémité, avenir, postérité (cfr. p. 4 58). Tel est le sens que cette locution a par elle-même. Mais elle a aussi le sens, que nous avons indiqué : elle offre une locution que nous avons trouvée dans un passage parallèle, le sens de l'expression lehet që'z. Ainsi que nous l'avons vu (p. 828), cette formule désigne la fin d'une période indiquée dans le contexte, c'est à-dire l'horizon qu'embrasse la vision ou la prophétie. Les expressions lehaharU haîiamim et lehet që'z n'indiquent pas par elles-mêmes la fin des temps (voy. p. 828- 835) : elles doivent être interprétées d'après le sens indiqué dans les diverses révélations, d'après le contenu des textes-, en d'autres termes d'après la perspective du voyant ou du prophète.
4° A.u chap, VIII, la fin de la vision représente une oppression du peuple juif par un roi de l'empire grec : cette prophétie a aussi en vue le châtiment du persécuteur. Le « temps de la fin » est ici le temps du règne d'Antiochus, auquel aboutit la vision contenue dans ce chapitre. Nous y apprenons que le persécuteur sera châtié; mais il n'y est fait aucune allusion au temps messianique ou à la fin du monde : on n'y découvre aucune allusion à ces deux grandes époques de l'histoire de l'humanité (voy. p. 842). Dans le ch. XI, l'ange appelle aussi l'attention du voyant sur le temps de la persécution d'Antiochus : c'est la postériorité des jours qui font l'objet du ch. XI. La punition de l'impie qui se sera élevé « contre le Dieu des dieux » (vs. 36), l'effondrement de celui qui, au ch. VIII, nous a été présenté comme le profanateur du temple et le persécuteur du peuplé élu, est le point culminant et la péripétie du drame de l'empire grec dans ses rapports avec les juifs, c'est-à-dire du drame qui fait l'objet du ch. XI (vs. 45) et du ch. VIII, 25. A l'égard des visions de ces chapitres, les expressions beh'aharil haîîamim, lehet që'z n'ont trait ni à l'avènement du Messie, ni à la fin du monde : la persécution et la mort subite d'un être satanique marque la fin de cette période.
2» Mais il n'en est pas exclusivement ainsi en ce qui concerne la « postériorité des jours » dont l'ange fait ici mention. Cette expression vise aussi le tableau historique représenté dans le chap. XII, qui constitue le point culminant de toutes les visions de Daniel. Ces visions sont, en effet, couronnées —comme nous le verrons plus loin — par la vision qui répond aux dernières préoccupations messianiques du prophète. Cette vision suprême forme le fond du tableau des visions des ch. II, VII et IX. Elle aboutit à la fin absolue de notre monde, au temps où le Messie