‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 254 sur 318 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sur toi) K — Sois fortifié. La répétition du verbe (p]n, il a été ou il est devenu fort, ferme, vaillant ; au piel il a été rendu fort , fortifié, encouragé) exprime l'intensité de l'action ou de la passion. Vulgate : Confortare et esto robustus. — "Ukiphil hithazëqtî implique une forme réfléchie.

20. Et il dit: Sais-tu pourquoi je suis venu vers toi v? — et tout à l'heure x; je retournerai pour lutter avec le prince de la Perse y, et moi partant2! — et voilà! le prince de Javana est venu M

v Sais- tu pourquoi? L'Ange ne suppose pas précisément que la syncope ait fait oublier à Daniel ce qu'il lui avait dit au vs. 14, où il lui a appris qu'il était venu pour lui apprendre ce qui devait arriver à la fin des temps (des deux visions). Cette question a pour but de réveiller l'attention du voyant, en lui faisant comprendre la considération que Dieu a pour lui, puisqu'il lui envoie un Ange occupé à donner des conseils au roi de Perse, et à lutter contre les influences hostiles aux Juifs. L'Ange rappelle ainsi, en même temps, à Daniel, l'objet le plus prochain de sa mission : il lui a appris qu'il avait déjà travaillé à rendre Cyrus favorable aux Juifs (12-14); et il ajoute ici qu'il va continuer à lutter en faveur d'Israël. Connaissant la réponse affirmative de Daniel, l'Ange poursuit et, pour le rassurer au sujet des événements qu'il va dévoiler à ses yeux , il lui offre un tableau en abrégé qui comprend le séjour de l'Ange auprès de la dynastie persane ; l'abandon de cette seconde monarchie et l'avènement de la troisième. — * Et tout à Vheure. L'adverbe nny signifie « maintenant », et offre quelquefois le sens de « bientôt, aussitôt, sur-le-champ, dans un moment ». Après avoir accompli la mission qui lui a été conférée auprès des rois de Perse, pour lui inspirer des mesures favorables aux Juifs. — 7 Le prince de la Perse. On a supposé , comme nous l'avons déjà vu , verset 13, qu'il s'agit d'un ange qui aurait été vaincu, lorsque Michel vint en aide à lange révélateur et on a ajouté que celui-ci retournerait en Perse pour prendre le dessus et prévenir les effets de l'influence de son antagoniste. Reuss reproduit en ces termes l'opinion que nous avons combattue : « Continuation de l'allégorie du vs. 13. L'ange qui, avec le secours de Mikaël, l'a emporté sur celui de la Perse, n'arrive pas à dégager définitivement le peuple de Dieu. Pendant qu'il lutte encore, voilà qu'un autre ange

(la puissance macédonienne) survient et reprend le combat pour son compte (continue l'état d'assujettissement d'Israël) ». Reuss fait de « la puissance macédonienne » un ange; il auraitdù, par conséquent, en faire un aussi de la puissance perse ; et il aurait pu être ainsi amené à comprendre qu'il ne s'agit que « du prince de Perse » et du « prince des Grecs ». Puis, en s'en tenant au texte, on n'en vient pas à lui faire dire que « l'ange n'arrive pas à dégager définitivement le peuple de Dieu » et que l'autre ange (la puissance macédonienne) « continuera l'étatd'assujettissement d'Israël ». On ne peut correctement conclure du texte que ceci : l'Ange qui vient instruire Daniel est un ange qui restera habituellement auprès des rois de Perse, et qui restera aussi auprès d'Alexandre et de ceux des successeurs de ce conquérant, qui auront des rapports avec les Juifs. Il sera auprès de ces rois pour lutter contre leurs instincts mauvais ou contre les influences funestes qu'ils pourraient subir, Cet ang*e empêchera, par exemple, que le décret de Cyrus pour la reconstruction du Temple ne soit définitivement révoqué, et il fera des efforts pour obtenir le décret concernant le rétablissement de Jérusalem. — d Et moi partant va'anî yozê\ L'Ange voit le moment où l'empire des Perses doit crouler et où il n'aura plus à lutter contre des rois de cet empire en faveur des Juifs. On s'est, demandé de quel endroit il part. Mais il est facile de voir que l'Ange indique seulement par cette expression, qu'il abandonne les rois de Perse, dont il n'aura plus à s'occuper. Quelques interprètes ont regardé N3?ï> (sortant) comme un prétérit (et comme je sortais; Vulgate : cum ego egrederer) et d'autres comme un futur (Rosenmûller : et cum ego egrediens fuero ; Stuart : and i shall départ). Mais l'Ange parle d'un événement, futur, il est vrai, mais qu'il voit comme s'il était présent. Du reste, on pourrait traduire ainsi : Et bientôt, dans un instant, je retournerai, afin de lutter avec le prince de Perse; et je partirai, et voici ! le prince des Grecs viendra!

a Le prince de Javan ou des Grecs, c'est-à-dire Alexandre le Macédonien. Il n'est pas question ici d'un ange des Grecs. Gabriel dit tout simplement que, après avoir abandonné les rois des Perses, qui ont déjà disparu à ses yeux, il continuera à plaider la cause des Juifs auprès du conquérant qui lui apparaît dans le lointain. C'est ce qu'il déclare au verset suivant. — b Est venu. Quelques commentateurs traduisent par « viendra» (Stuart: Will corne). Mais l'Ange voit Alexandre comme s'il était présent ; le conquérant est venu, et il a ruiné l'empire des Perses. L'Ange retrace ainsi l'avenir : au moment où je sors et que je n'ai plus

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à lutter pour Israël auprès des rois de Perse, un autre roi est venu : à peine le combat contre les premiers sera-t-il fini, que j'aurai à engager une nouvelle lutte contre les rois grecs. Ces paroles indiquent que, après avoir abandonné les rois de Perse à leur malheureux sort, l'ange continuera d'être, auprès des rois grecs, le bon ange des Juifs.

24. Cependant je t'annoncerai ce qui est tracé dans le livre de vérité0 , — et personne ne m'aide d contre ceuxlà6, si ce n'est Michel, votre prince f.

c Ce qui est tracé clans l'Ecriture f 2,7132 ) c'est-à-dire dans le livre de vérité. Il s'agit ici du Livre des décrets divins dans lequel sont consignés les futurs contingents : les événements qui se produiront, ce qui sera vrai, ce qui se réalisera, le livre qui contient l'histoire future du monde (cfr. Deutér. , XXXII, 34 ; Ps. CXXXIX; Mal., III, 16-, Apoc, V, 1). L'Ange va faire connaître à Daniel ce qui est contenu dans*ce livre au sujet des guerres des rois de Perse et des rois grecs contre le peuple juif, les luttes dont il va être question au chapitre suivant et qui ont déjà commencé. Au sujet de la vue des choses futures en Dieu, voyez V Introduction. — d Personne : littér. un,, n'est *rn^ "PX m' aidant (littéral, se rendant fort, déployant sa force avec moi : Mithazzêq, part. act. hithpael de hazaq, être et devenu fort. — e Contre ceux-là, c'est-à-dire contre ceux qui apparaissent dans le livre de vérité comme des adversaires d'Israël. — f Michel, votre prince (npTtf ). Ce prince, sarfysY l'ange gardien ou protecteur d'Israël. Voy. vs. 13. Nous avons indiqué commentle mot sar signifie purement et simplement un chef, un prince ; et nous avons vu aussi qu'on ne peut se fonder sur ce mot pour transformer les rois des Perses et des Grecs en anges gardiens. Nous avons vu aussi comment Michel, qui est un des princes (sarim) de la hiérarchie céleste, a pu être nommé sar en sa qualité de prince et de chef de la milice céleste. De sorte, qu'un ange peut être un sar, sans que pour cela tout sar soit un ange, Michel avait été établi chef tutélaire ou protecteur de la nation juive. C'était le défenseur du peuple élu, du peuple messianique, et l'Eglise chrétienne a été, par suite, autorisée à honorer elle-même cet archange, ce prince, ce chef des anges, comme son protecteur spécial.

En terminant ce chapitre, nous croyons devoir communiquer

au lecteur le commentaire qu'en a donné Kuenen (Hist. crit , p. 531), en ces termes : « Un être céleste qui se trouve en rapport étroit avec Israël — selon toute apparence l'ange Gabriel — apparaît à Daniel sur les bords du Tigre et lui révèle l'avenir : aussitôt le prophète, épouvanté d'abord par cette apparition, est fortifié et encouragé par deux autres êtres célestes (ch. X: 16, 4 8 comp. XII, 5). Ici encore nous n'avons pas affaire à une vision réelle. Ce jeûne de trois semaines (ch. X : 2, 3), qui sert d'ailleurs à préparer le prophète à recevoir la révélation divine, la théorie desAnges qui nous est présentée ici (ch. X, 4 2, 1 6, 18, 50 ; XI, 1), tout cela est d'une époque plus récente et indique assez que la vision dans son ensemble n'est encore qu'une simple forme littéraire. » On admirera d'abord, dans ce passage, la sagacité du critique qui n'a pas su voir dans le livre de Daniel la différence des apparitions divines et des apparitions angéliques. Certainement, l'Etre céleste qui se tient sur les eaux du Tigre n'est ni Gabriel ni un ange créé quelconque. Mais le professeur deLeyde ne veut pas d'une Théçphanie messianique, et il n'a pas su, dès lors, constater que Daniel n'a jamais présenté les anges avec l'appareil qu'il donne aux manifestations divines (voj. pour celles-ci ch. VII, 9, 10, 13; et pour les simples anges, VII, 46; VIII, 1 6, 17, IX, 21, etc.). Les criticistes se plaisent ainsi à omettre les traits caractéristiques de la prophétie et à en modifier à leur gré les détails. Remarquons ensuite que Daniel n'est pas fortifié par «deux autres êtres célestes »-. Daniel ne parle d'abord que « d'une main qui le toucha » (vs. 10), et il fait comprendre que c'est la main d'un envoyé céleste, puisqu'il ajoute qu'il lui parla. La suite du récit fait comprendre qu'il s'agit du même ange mentionné plus loin (vs. 16). Nous ne saurions ensuite nous empêcher de trouver étrange, et tout à fait ridicule, la conclusion que Kuenen veut tirer du « jeûne de trois semaines » et de « la théorie des anges. » Il n'est pas vrai que tout cela soit d'une époque postérieure à la captivité de Babylone (voy. Introd., p. 679 et 641). La conclusion de Kuenen est doue en l'air; elle ne repose que sur une hypothèse tout aussi chimérique : l'hypothèse de l'impossibilité du surnaturel, l'hypothèse, en un mot, à laquelle les rationalistes ont recouru — inutilement d'ailleurs — pour dissimuler leur impuissance et leur confusion.

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