CHAPITRE >'I
Dieu se proposait d'assurer la fidélité et la constance des justes dans la grande crise qui amena le triomphe des Machabées. D'un autre côté, en voyant l'accomplissement des prophéties relatives aux Lagides et aux Séleucides, les Juifs pouvaient conclure que les prophéties messianiques des ch. II, VII et IX s'accompliraient avec la même exactitude.
Négligeant de se rendre compte du plan divin à l'égard de son peuple, les critiques rationalistes n'ont pas manqué de prétendre que ce chapitre a été écrit post éventum. 11 se sont fondés sur la multiplicité des détails et sur l'impossibilité d'un miracle. En somme, ils ne s'appuient que sur leur supposition, a priori, au sujet du miracle. Comme cette assertion a été suffisamment réfutée (Introd. p. 505 et ss.), nous avons le droit de ne pas nous y arrêter. Nous avons vu que la clarté de cette prophétie, l'exactitude avec laquelle elle s'est accomplie, ne pouvaient pas donner un motif suffisant pour contester l'authenticité du livre qui la renferme (Introd., p. 50, 542 et 550). Aussi ne s'expliquet-on pas que Zœckler, qui admet l'authenticité du livre, ait pris prétexte des détails du ch. XI pour supposer qu'une main moderne aurait retouché ce chapitre ou l'aurait ajouté plus tard. Le plus ou le moins de détails ne fait rien à l'affaire : la prophétie des empires et celle des 70 semaines offre des détails qui, pour être moins nombreux, n'en sont pas moins miraculeusement annoncés que ceux du ch. XL II n'est pas plus permis de douter de l'authenticité des prophéties de ce dernier chapitre que des oracles des ch. II, VII et IX. Les prophéties détaillées sont possibles; et l'Inspirateur des prophètes ne trouve pas plus de difficulté à leur transmettre des révélations de cette nature que des révélations moins circonstanciées. Le caractère de ce chapitre doit, dès lors, déterminer, préciser et fixer nos vues au sujet du prophétisme biblique -, et nos vues terre à terre ne nous donnent pas le droit de le restreindre et de lui marquer des limites. Quand on songe, d'ailleurs, à la redoutable crise qui menaçait le sanctuaire et le peuple élu, on ne répugne pas à croire que des révélations célestes aient été données à ce peuple qui ne devait plus être soutenue par des prophètes. Il y avait, dès lors, un intérêt moral supérieur dans cette prophétie détaillée des événements de l'histoire des Séleucides. Nous y voyons une preuve évidente de l'amour de Dieu pour son peuple et du soin providentiel qu'il lui accordait.
L'unité du livre a été établie avec une entière évidence (Introd,, p. 152 et ss.). On ne peut donc pas supposer que le ch. Xf
ne fait pas partie intégrante de la prophétie de Daniel. Aussi Lengerke ne s'est-il pas trompé en constatant que les ch. X-X1I sont du même auteur. Tout en mêlant à son jugement sur ce point des erreurs qu'il ne nous sera pas difficile de relever, il a abouti à ce résultat, qui ressort d'une critique sérieuse de notre livre : « Il n'y a pas de doute, » dit-il, « sur l'indentité de l'auteur, qui est le même que celui des autres chapitres. Partout se trouvent des rapports à ce qui précède; le langage et l'exposition sont ceux des autres chapitres. La rédaction seule de cette partie du livre est postérieure à ce qui précède; ce que prouvent le jeûne de trois semaines (X, 2), la distinction des anges supérieurs et anges inférieurs (X, 5), la doctrine des anges protecteurs (X, 13;. Le caractère de cette vision est celui de la poésie, et la rédaction peut avoir eu lieu immédiatement après la mort d'Antiochus Epiphane, dont les détails sont précis » (V. 485). Nous devons, en effet, regarder comme établi que tout le livre de Daniel provient d'un même auteur. Quant aux motifs allégués pour prouver que la rédaction des ch. X-XII est postérieure à celle des autres chapitres, nous avons déjà montré qu'ils ne sont pas sérieux. Les pratiques de pénitence et l'angélologie juive ne proviennent pas du parsisme et ne sauraient, en aucune façon, prouver que l'auteur de ces chapitres a écrit à une époque postérieure à la troisième année du règne do Cyrus (voy. lntrod., p. 679, 641). Ce que dit le critique prussien au sujet de la « poésie » de ces chapitres ne saurait guère nous émouvoir : ils offrent le caractère, ils portent la marque des autres chapitres de Daniel. Ce rapport, que Lengerke reconnaît lui-même, entre la prophétie du ch. XI et les prophéties qui l'ont précédée, est une preuve interne de son authenticité. Ce chapitre est du même auteur que le reste du livre-, et le livre est vraiment l'œuvre de Daniel. Nous l'avons montré dans notre Introduction et dans notre commentaire. Les objections de la critique négative n'offrent ici rien que des généralités contre le miracle. C'est en vain, d'ailleurs, qu'ils croient trouver un obstacle dans la précision beaucoup plus grande, dans notre ch. XI, que dans d'autres endroits de la Bible. Nous admettrons volontiers qu'aucun homme, livré à lui-même, n'aurait pu, du temps de Cyrus, tirer de si loin l'horoscope des années à venir sur les rois grecs de l'Egypte et de la Syrie. Mais ce n'est pas une raison pour qu'un observateur plus perspicace, parce qu'il était doublé d'un Inspirateur divin, n'ait pu voir des éventualités qui devaient se produire dans ces temps encore lointains. Il suit de là seulement que les ra-