CHAPITRE XI
tionalistes sont forcés de conclure à l'origine surnaturelle de cette prophétie, dans laquelle se manifeste, d'une façon indéniable, la prescience de Celui qui fixe à chaque chose son heure et ses limites.
aEt moi, dans la première année de Darius le Mède, b je me tins debout0 pour le soutenir et pour le fortifier d.
a La distinction des chapitres n'a pas été toujours faite avec intelligence; et ici, en particulier, le premier verset du chapitre XI aurait dû — ce nous semble — être rattaché au ch. X, car il complète ce que nous pouvons appeler l'exorde de la prophétie. Ce verset est, en effet, la suite du discours de l'Ange qui explique ainsi la pensée du verset 21, en disant que depuis l'époque indiquée, il s'était joint à Michel pour l'aider et agir de concert avec lui. — d Dans l'année une (première) de Darius le Mède. Cette année-là (559-558) fut une année critique pour la monarchie chaldéenne (voy. Introd., p. 389 et ss. ; et Comment., p. 450). L'avènement de Darius le Mède avait brisé et désorganisé la royauté chaldéo-assyrienne. — c Je me tins debout-, littér. mon tenir debout (fut). L'infinitif avec un pronom suffixe devient un substantif. On peut le traduire par le présent ou par le prétérit (je me suis tenu, je me tins, je me tenais debout, etc.). — d Pour le soutenir... On s'est demandé si le pronom là (^, à lui) se rapportait à l'ange Michel ou à Darius le Mède-, en d'autres termes, si l'ange révélateur a soutenu et fortifié Darius ou s'il dit seulement qu'il s'est joint à l'archange Michel, gardien d'Israël. Quelques commentateurs prenant Darius pour le prétendu Cyaxare II, oncle de Cyrus, ont supposé que Gabriel se tint auprès de ce roi pour le soutenir. Môme en rectifiant ce point d'histoire, il aurait pu se faire que l'Ange — comme cela arriva à Daniel — crût que Darius le Mède, le successeur de Balthasar, Evilmérodach, donnerait le signal de la délivrance d'Israël. Les anges ne sont pas omniscients. D'un côté, Cyrus ne se nommait encore qu'Agradates (voy. Introd., p. 384) ; et, de l'autre, en voyant la première brèche (p. 450) faite à la royauté de Nabuchodonosor, l'Ange put espérer que Dieu, se laissant toucher par les prières de ses serviteurs, ferait de ce roi le libérateur des Juifs. Il faudrait, dans ce cas, supposer que l'Ange n'en dit pas davantage, parce que Daniel peut aisément comprendre pour quel motif ce
protecteur des déportés s'était bien vite retourné du côté de Cjrus. Il n'aurait pas tardé à constater que ce gendre de Nabuchodonosor, dominé par des seigneurs chaldéens et mèdes, se proposait — non pas de ruiner l'empire chaldéen — mais de l'étendre sur la Médie et sur la Perse. Comme l'Ange savait qu'il fallait détruire la puissance chaldéenne, — irrémédiablement hostile à Israël, — il était facile de conclure qu'il était inutile de persister à aider et à fortifier Darius : ce n'était pas le roi qui délivrerait Israël. Il n'y aurait pas à s'étonner, avec Rosenmûller, que l'Ange eût aidé quelqu'un qui n'était pas Juif. L'Ange l'aurait aidé, dans l'intérêt de ceux-ci, comme Daniel le fit. Toutefois, en examinant de près le récit de l'Ange, on peut voir qu'il n'est fait ici mention de Darius que pour fixer la date, comme en passant et d'une manière incidente. Celui dont il s'agit est Michel mentionné au verset précédent (X, 21)- Déjà nous savons (vs. 13) que les deux anges ont mis leurs forces pour défendre les intérêts d'Israël auprès du roi de Perse. Ici, Gabriel indique la date de ce concours mutuel (vingt et un ans avant la prise de Babjlone), et il fait comprendre en même temps à Daniel que les deux champions invisibles de la nation juive resteront unis et continueront à combattre les enemis de ce peuple sous les monarchies des Perses et des Grecs. Ainsi, c'est à partir de la première année du règne de Darius-Nériglissor (559- 558), que Michel, l'ange protecteur d'Israël, excita Cjrus à s'emparer de Babjlone, et que l'Ange qui parle à Daniel concourut aussi, en assistant Michel, à la délivrance des Juifs. En s'exprimant ainsi, l'Ange répond de nouveau, indirectement, aux préoccupations du prophète, et le rassure, en lui apprenant que Dieu n'avait pas abandonné son peuple et que les deux anges qui avaient veillé sur ses intérêts continueraient à le défendre contre les nouveaux ennemis dont il allait lui parler. Hsevernick trouve qu'il ne convient pas de présenter les deux anges comme se portant ainsi des secours. Mais il suffît de remarquer que les anges ont des facultés limitées, et qu'ils pouvaient agir chacun dans une sphère distincte. Il pouvait très bien se faire que l'ange-interprète restât en prermanence auprès de Cjrus et de ses conseillers, tandis que Michel exerçait son action, tantôt à Babylone et tantôt dans l'armée médo-persane. Les deux anges concouraient ainsi au même but : le triomphe de Cjrus et la délivrance d'Israël.
Les LXX et Théodotion ('éaxrjv de, Kp&roç xa\ ta/uv, je me tenais en force et en force), n'ont pas tenu compte de ^ ; et au lieu de