‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 259 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Encore une interprétation fausse et superstitieuse d'un accent. — Divers critiques prétendent que l'hébreu doit se traduire ainsi : « Il suscitera tous (contre lui-même), y compris le royaume de Grèce; » et ils invoquent un accent dont ils s'exagèrent la valeur et qui les stupéfie. Ainsi, Rosenmûller adresse ce Quos ego à Bertholdt : Refrogantibus accentibus, nam accentus distinctivus major, Sakeph Katon, voci Sdh appositus, vetat eam eo, quod Bertholtus fecit, modo cum verbis proximis construere. Rosenmûller tient donc compte de l'accent, qui affecte le mot hakkol (tout), et il traduit : excitabit universos, videheet regnum Graeciae. Cette virgule, si bizarrement introduite dans ce passage, ne déplaît pas non plus à Maurer : Excitabit insolentia sua ad bellum universos, regnum Graeciae. Lengerke ne pouvait pas non plus manquer de se mettre à genoux devant cet accent, comme il l'a fait pour Yathnach, lorsqu'il y a trouvé une occasion de dénaturer un texte. Il traduit ainsi : und zur Zeit... ivird er aufreizen aile, das Konigreich Griechenland. Cahen, que Lengerke fait marcher au doigt et à l'œil, traduit de la même façon : a II excitera tout, le royaume ionien , et il ajoute : L'accent disjonctif sur S^n ne permet pas de prendre les trois derniers mots comme l'objet de l'excitation, mais comme l'explication; c'est donc à tort que la Vulgate dit : et concitabit omnes adversum regnum Graeciae. »Stuart pense que hakkol, avec l'article, signifie «le tout, » xo rêav, et que cette expression signifierait « le monde entier, » c'està-dire les contrées environnantes, et que les mots suivants, « le royaume de Javan » seraient en opposition avec « ce tout » et spécifieraient la contrée principale contre laquelle Xerxès dirigera ses forces. Il traduit ainsi : he ivill rouse up ail — even the kingdom ofGreece. Sans doute, en ce sens, cette version ne contredit pas l'histoire; et on pouvait ponctuer ainsi : « Il soulèvera tout : le royaume ionien », c'est-à-dire tous les Grecs qui se soulevèrent contre Xerxès. Mais on ne voit pas alors ce que vient faire ici le mot hakkol: point n'est besoin de dire qu'il excita « le tout » contre lui, pour s'en tenir à indiquer « le royaume de Javan. » Cette façon de parler ne nous semble pas naturelle (1).

(\) Théodotion n'a pas tenu compte d'un accent qui n'existait pas de son temps, mais il a modifié le texte ainsi qu'il suit : « Il soulèvera contre toi Jes royaumes des Grecs (i7ùàvasT7fcsTai 7;àaaiç xat; pasiXsfaiç twv 'EXX^vwvh la version alexandrine traduit tout aussi librement : értavaaTiiffexai 7tavx\ (kaiXeî* rEXXr^vwv. La version syriaque se contente aussi de dire : « Il excitera tous les royaumes des Grecs. »

Nous sommes donc ainsi amenés à nous demander ce que signifie cet accent disjonctif, ce zakef-qaton, cette prétendue virgule introduite ici par les Massorètes. Elle n'a d'autre valeur que celle d'un ponctuateur qui a pu très bien se tromper. Il prouverait ainsi tout au plus que ce personnage n'a pas compris ce passage. Mais nous n'avons pas à lui faire cette injure. Il pourrait, en effet, nous répondre qu'il a senti ici le besoin de respirer et d'indiquer aux psalmodiateurs ou chanteurs un moment d'arrêt; il pourrait dire encore qu'il a voulu marquer de la sorte l'importance du mot « tout », et faire comprendre combien fut grand le nombre de peuples qui entrèrent dans la coalition contra la Grèce (voy. p. 945 et ss.). Au fond, les accents ont surtout pour objet de donner aux syllabes le ton et la quantité qui leur sont propres. Il n'y a pas de mot qui ne soit accompagné d'un accent. Les transformer d'une façon absolue en signes de ponctuation est une ineptie qui dénote un sens critique bien émoussé et qui peut justement être comparée à celle qu'on a reprochée à certains librettistes : « Les incohérences, les coq-à-1'àne, les calembours ne gênaient'pas le compositeur. Quand Auber chantait : « Ami lama, Tinée est belle! » et Meyerbeer : « Ne te repens (arrêt) point noble fille ! », ils prenaient modèle sur Rossini commençant ainsi la cavatine du Barbier : Una voce poco fà (arrêt et respiration) qui nel cor mi risuonô, si bien que Rossini a l'air de dire : Une seule voix fait peu de chose, tandis que pocofà est une locution adverbiale. » En somme, le zaqef qatôn indique une pause qu'on ne peut pas même, dans le cas présent, exprimer par une virgule : cet accent tonique marque tout simplement qu'en psalmodiant il faut appuyer de préférence sur ce mot. Il arrive si rarement à Reuss d'éviter les occasions de se méprendre, que nous nous faisons un devoir de dire qu'ici il a jeté l'accent en l'air et a traduit en n'en faisant aucun cas : « Il mettra tout en mouvement contre le royaume de Grèce. 3)

L'expression « royaume de Javan » est une dénomination qui désigne toute la Grèce. C'est le troisième grand empire qui entre en scène. Sous le nom de Javan ou de Ion ( y\>), l'Ecriture désigne toujours la Grèce, sous le nom d'Ionie qui fut un des anciens noms de ce pays. La confédération hellénique a pu être désignée comme un royaume (niD^D, royaume, domination), parce qu'il n'est pas question de la forme politique, mais de la « puissance ». Ce mot hébreu signifie « domination » en général. L'Ange ne se propose pas de s'occuper de la constitution politique des divers Etats grecs. Il parle de la domination

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