CHAPITRE XI
cette école prétendent que, d'après l'auteur, il n'y aurait eu qiie quatre rois en Perse. L'Ange ne dit pas : « Il n'y aura que quatre rois en Perse, et cet empire ne durera que cinquante-quatre ans. » Il n'est pas permis de tirer tant d'induction des lacunes voulues d'une série de tableaux qu'embrasse une prophétie. L'auteur n'a pas dit que la série des rois de Perse devait se terminer à Xerxès ; il n'a pas dit qu'aussitôt après le règne des quatre premiers successeurs de Cyrus finissait le règne des Perses. Il mentionne seulement quatre rois après Cyrus, parce qu'il voulait mettre en lumière le conflit qui amena l'inimitié des Grecs et la revanche qu'ils prirent sous Alexandre. L'Ange s'arrête à Xerxès, parce que son expédition en Grèce marque à la fois l'apogée et le déclin du second empire. Cette expédition méritait d'autant plus d'être signalée, qu'elle motiva l'expédition du Macédonien, suivie du renversement de l'empire perse et de la fondation du troisième empire. En deux mots, l'Ange fait ressortir le commencement d'une évolution historique. Il ne s'occupe pas d'en décrire toutes les phases.
Pour montrer encore, du reste, combien gratuitement ces écrivains attribuent à Daniel une erreur aussi grossière, nous n'avons pas besoin de recourir aux écrits de Lengerke qui cite Bertholdt vp. 514), de Maurer, etc., pour connaître les semblants de motifs allégués par le criticisme. Il nous suffira de citer une page de Kuenen qui, le dernier en date, a ramassé tout ce qu'ont dit ses prédécesseurs à ce sujet. Voyons donc comment il s'y prend pour dénaturer le texte prophétique : « Il faut, dit-il (Hist. crit., p. 531), se rappeler que nous sommes sous Cyrus (X, 1). Après ce roi, est-il dit, viendront encore trois rois persans, qui ne peuvent être par conséquent que Cambyse, Darius et Xerxès (1). Le quatrième, beaucoup plus riche que ses prédécesseurs, « soulèvera tout le monde » contre l'empire grec, assez singulièrement appelé ici le royaume de Javan. On est surpris de voir que la lutte contre la Grèce ne commence pas déjà sous le troisième roi, c'est-à-dire sous Darius (2). Et pourquoi Fauteur ne fait- il mention que de quatre rois persans? A-t-il su
(1) Ces trois rois sont Cambyse, le Pseudo-Smerdis et Darius d'Hystaspe. Un quatrième roi, tout spécialement mentionné, est Xerxès.
(2) Kuenen reconnaît, avec raison, que le roi qui « soulèvera tout le monde » contre l'empire grec est Xerxès. Il s'étonne que Darius ne soit pas signalé comme ayant commencé la lutte. Mais on peut voir facilement que la mention de ce début n'était pas nécessaire.
que cette donnée était incomplète? Il ne le paraît pas (1). Il semblerait plutôt, si Ton se reporte à VII, 6, où la troisième bête, c'est-à-dire la monarchie des Perses, n'a également que quatre têtes, donc quatre rois, que, dans l'esprit de l'auteur, le nombre des rois persans ne dépassa point ce chiffre. On se défend d'autant plus difficilement de cette idée, qu'aucun autre passage ne vient attester chez l'auteur des connaissances plus exactes sur la Perse... Selon toute apparence, il aura confondu le quatrième roi(Xerxès?) avec le roi persan auquel Alexandre-le- Grand a fait la guerre. »
Après avoir suivi pas à pas, dans les notes placées au bas de
Les Perses avaient été battus à Marathon, Mais la défaite n'était pas décisive. Ce fut seulement sous Xerxès qu'il fut démontré que l'empire perse devait rentrer dans ses limites asiatiques. Du moment où ce roi se fut heurté et brisé contre la proue des galères grecques, le prestige de l'empire perse s'évanouit définitivement : cet empire a sa chute marquée au front.
(1) Voilà deux points d'interrogation qui demanderaient une réponse. Kuenen ne se préoccupe pas de la chercher. Il lui suffit de conclure, dans une matière aussi grave, par une condamnation sans phrase : une cause futile ne serait pas jugée plus cavalièrement. Nous allons donc répondre aux questions que le professeur de Leyde adresse à l'Inspirateur du saint Livre de Daniel : 1° Si l'auteur « ne fait mention que de quatre rois de Perse (après Cyrus), c'est parce qu'il n'a pas besoin de parler des autres pour le but qu'il se propose. Il ne s'est pas proposé, en effet, de donner une chronique des rois de Perse. L'objet de la vision décrite dans notre chapitre a surtout en vue l'empire grec pour aboutir au persécuteur qui doit surgir dans une des quatre dynasties de cet empire. Le règne des Perses est à peine indiqué. Mais, à l'occasion de Xerxès, qui fit la guerre aux Grecs, ceux-ci sont introduits dans le champ de la prophétie, et la vision se porte immédiatement de Xerxès à Alexandre-le-Grand. Elle saute les rois intermédiaires parce qu'ils n'ont pas d'importance relativement au but de la révélation prophétique ; 2° cette observation suffit pour interdire à Kuenen une réponse affirmative quelconque à sa seconde question. Il n'a aucune raison de prétendre « qu'il ne paraît pas que l'auteur ait su que cette donnée était incomplète. » L'auteur ne pourrait être accusé de l'avoir ignoré que s'il s'était proposé de donner un livre d'histoire de Perse dans la suite régulière de ses développements. Mais un coup d'œil jeté sur notre texte suffit pour montrer qu'il n'en est pas ainsi> Après avoir jeté un coup d'œil rapide sur la domination des Perses. l'Ange indique le moment le plus critique de l'empire des Achéménides avec les Grecs, A partir de ce moment, cet empire suit une marche descendante, et, sans s'inquiéter des détails relatifs à cette période, l'Ange fait apparaître le fondateur du troisième empire.