‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 263 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la page, les griefs du critique hollandais, relatifs à l'ignorance prétendue de notre auteur, nous avons le droit de dire que cette pseudo-légende ne repose plus que sur le clou de la fin. Or, il ne nous a pas été difficile de montrer que ce dernier support ne résiste pas et qu'il a déjà disparu. Nous avons, en effet, répondu à cette objection (946-948). Kuenen ne saurait être admis à prétendre qu'il « semble » que l'Ange ignorerait qu'il y ait eu plus de quatre rois de Perse, parce que, d'après le ch. VII, 6, la troisième bête, faussement identifiée avec la monarchie des Perses, n'a également que quatre têtes (1). Mais c'est seulement dans l'imagination de Kuenen que les quatre têtes du léopard sont appliquées à l'empire perse. Les textes s'y opposent expressément (voy. p. 745). Le léopard aux quatre ailes et aux quatre têtes symbolise l'empire grec (voy. p. 650). C'est en vain que Kuenen et les autres rationalistes ont voulu diviser l'empire médo-perse : l'unité de cet empire est démontrée (pp. 644, 705- 716). Nous avons vu qu'il est symbolisé par l'ours aux côtés inégaux et par le bélier aux cornes inégales (p. 643). D'un autre côté, les quatre têtes du léopard sont parallèles aux quatre cornes du bouc qui désignent bien certainement les quatre capitaines qui se partagèrent l'empire d'Alexandre. De plus, les têtes comme les cornes adhérentes immédiatement aux bêtes ne représentent pas de simples rois d'une dynastie, mais la dynastie tout

(1) Cette conception stupide est sortie de quelques cerveaux allemands dans la première moitié de ce siècle. Nous la trouvons exposée par Maurer, en 1836, comme il suit {Comment, in Vet. Test., t. II, p. 176). Le docte professeur de Leipzig a d'abord adopté l'opinion de Lengerke, et il a prétendu que le quatrième roi mentionné }3ar l'Ange n'est pas un roi qui devait venir après ces trois, mais le dernier d'entre-eux et le quatrième après Cyrus (Quartus vero, ut recte monuit Lengerke, non est rex post illos très futurus sed eorum ultimus i. e. cum Cyro quartus). Nous avons vu que leur preuve grammaticale n'a pas donné le résultat désiré par ces critiques. Mais Maurer a recours à une autre argument qui vaut encore moins que l'autre. Il a voulu diviser l'empire médo-perse en deux et il a attribué les quatre têtes du léopard à l'empire perse. Il prétend ainsi s'appuyer sur le ch. VII, 6, pour transformer les quatre têtes en quatre rois de l'empire perse et en tirer une conclusion relative à l'ignorance de Daniel au sujet du nombre des rois de l'empire perse : Sed recte ita statui colligitur ex eo quoque , quod etiam supra 7, 6, nonnisi quatuor Persarum reges numerantur. Malheureusement pour cette inepte théorie, Maurer a oublié d'en établir la base : nulle part il n'a prouvé que le léopard aux quatre têtes, ou plutôt aux cinq têtes, représente l'empire perse.

entière , les chefs ou fondateurs de royaumes et tous leurs successeurs ^p. 651). Dans l'espèce, elles symbolisent les « chefs » des quatre dynasties macédoniennes et cesdynasties elles-mêmes. De simples rois des dynasties ne sont pas 'représentés comme adhérant immédiatement à la bête qui représente l'empire. Ces individus sont symbolisés par une corne survenant sur la corne fondamentale (cfr. VIII, 9). Enfin, les quatre têtes ne peuvent représenter quatre rois successifs, puisqu'elles existent simultanément sur la bête. Ainsi, l'objection de Kuenen n'a d'autre base que l'imagination d'un critique qui ne veut pas se mettre à l'optique de l'auteur. L'erreur initiale de ce professeur, au sujet d'un partage, inconnu dans l'histoire et dans Daniel, de l'empire médoperse en deux empires, infirme et détruit par la base tout son raisonnement. Ce n'est pas Daniel qui est incorrect sur ce qui concerne la période persane : l'ignorance et le préjugé se trouvent chez les rationalistes qui se composent une érudition chimérique, et qui sont assez imprudents pour s'associer à cette fumisterie solennelle et vide qui s'appelle « la libre pensée ».

Nos lecteurs comprendront sans peine que Reuss ne pouvait pas manquer de se laisser prendre à ces affirmations aventureuses et absolument fausses. Nous nous contenterons de citer son commmentaire sur le second verset de notre ch. XI : « Il est bien superflu de demander si le quatrième ne viendra qu'après les trois, ou s'il est lui-même le dernier des trois, en comptant celui qui les précède tous. Dès qu'il faut reconnaître que l'auteur n'admet en tout que quatre rois de Perse, il est clair qu'il n'a que des connaissances très vagues de l'histoire des siècles précédents. Le fait est que son quatrième roi est celui qui a voulu conquérir la Grèce, et qu'immédiatement après lui vient Alexandre. Le royaume de Grèce, envahi par le roi de Perse, est également un produit de l'imagination de l'écrivain oriental ». Voilà un vrai spécimen de la critique rationaliste : elle commence par un a priori stupide ; puis elle se noie dans des sottises. Mais elle a beau traiter la Bible de haut en bas, elle n'a jamais prouvé que l'auteur du livre de Daniel « n'admet en tout que quatre rois de Perse » ; il n'est pas vrai non plus que, pour cet auteur, le dernier de ces quatre rois soit Darius Codoman vaincu par Alexandre. Il n'y a pas non plus de raison pour accueillir d'un ton hautain et arrogant l'expression « royaume des Grecs » employée par « l'écrivain oriental ». Le terme malkût qui signifie « domination, règne » est irréprochable à tous les points de vue. L'Ange indique le chef du règne ou de la domination des Grecs (troisième empire).

Page 1