‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 264 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

D'ailleurs, à l'époque visée, la Grèce devait posséder une force d'homogénéité qui lui permettrait de suivre, dans sa course effrénée, le Bouc macédonien. Du reste, pour qu'on ne puisse pas nous reprocher de mettre sous le boisseau les arguments de Reuss en faveur de sa thèse, nous ne voyons aucun inconvénient — au contraire — à transcrire ici le raisonnement qu'il fait à ce sujet au ch. VII, 6 ». Les têtes d'un monstre représentent, dans le style apocalyptique, les rois d'un empire (Apoc. XVII, 3, 10). Or, nous voyons parle ch. XI, v. 2, que l'auteur ne connaît que quatre rois de Perse, après Darius le Mède. Les quatre ailes peuvent représenter l'étendue de cet empire vers les quatre points cardinaux. En effet, il comprenait plus de pays que les empires précédents ». Ce qu'on voit bien, c'est que Reuss n'a pas bien compris le style apocalyptique du livre de Daniel. Les « têtes d'un monstre » ne sont pas de simples rois , des rois quelconques : ce sont des « chefs » , des fondateurs d'empires ou de royaumes. Le sens du mot employé par l'auteur suffirait pour indiquer cette interprétation. Le motaraméen rê'sin (têtes) offre, en effet, le sens de l'hébreu ro's, tête, chef, sommet, commencement, le premier. Il en est de même du mot latin caput (tête) qui, par extension , signifie, racine; source ; origine, principe, auteur, chef. Il est vrai qu'on peut donner le nom de « chef » à un roi, à un empereur, à un général d'armée (caput exercitus) et qu'un écrivain peut, à son gré, s'arrêter à cette dernière signification de ce mot. C'est ce qu'a fait saint Jean dans l'Apocalypse. Mais il a pris soin d'expliquer les deux sens qu'il donne à ce mot. « Les sept têtes », dit-il, « sont les sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois » (Apoc. XVII, 9110). Mais Daniel a marqué, de son côté, la signification symbolique des quatre tètes que le léopard porte sur son corps. Il fait' correspondre ces quatre têtes aux quatre cornes du bouc, et nous avons vu que ces deux symboles représentent l'empire grec fractionné en quatre royaumes : les quatre têtes désignent les fondateurs de ces quatre royaumes (Ptolémée, fils de Lagus, Séleucus Nicator, Cassandre et Lysimaque) ; et ces quatre royaumes ou règnes eux-mêmes. Elles ne peuvent, d'ailleurs, symboliser les rois de Perse, puisqu'elles existent à la fois sur le corps de la bête et qu'elles ne peuvent, par conséquent, désigner que des chefs ou des pouvoirs existant simultanément. Inutile de faire remarquer enfin la sagacité de Reuss qui a découvert que les quatre rois de Perse mentionnés au ch. XI, 2, sont quatre rois qui viennent « après Darius le Mède. »

Il souligne ce dernier mot, afin sans doute de bien faire voir qu'il n'a pas su trouver la place du règne de ce roi et qu'il ne faut pas laisser passer la moindre occasion de laisser planer sur l'auteur du livre de Daniel une accusation d'ignorance et d'erreur.

En résumé, rien ne confirme l'interprétation que des exégètes rationalistes ont voulu donner du verset 2 du en. XI. Nous sommes en droit d'affirmer que leur légende, relative à l'ignorance de notre auteur au sujet des rois de Perse, est détruite. Les observations que le texte nous a suggérées suffisent pour que tous ces critiques se voient contraints de s'asseoir sur eux-mêmes comme des ballons dégonflés. La critique honnête doit toujours se préoccuper du but de l'écrivain qu'elle étudie. Si un historien annonçait une chronique, des annales, une histoire des Achéménides, on serait fondé à s'étonner de ne pas trouver dans son livre toute la série des successeurs de Xerxès. Mais Daniel a-t-il jamais pris l'engagement de mentionner tous les rois de Perse? Il faudrait cependant en finir avec toutes ces inepties. Daniel nous met en présence des guerres médiques pour nous en montrer le résultat. Il désigne un roi de Perse, Xerxès qui ameute des peuples nombreux contre les Grecs. Nous savons, d'ailleurs, que ce roi voulait qu'on lui criât chaque jour : « Souvenez-vous des Athéniens !' » Il est reconnu aussi que, sous ce roi, l'empire perse était arrivé à son apogée. D'autre part, nul n'ignore que « le grand roi vint se briser contre le petit pays des Grecs. Il n'est pas douteux que, depuis ce moment, l'empire perse n'ait décliné. Sous Artaxerxès, successeur de Xerxès, les Perses durent subir le traité de 449, qui stipulait l'indépendance des colonies grecques et fixait une limite aux armées et aux vaisseaux de cette nation. D'un autre côté, depuis la défaite de Xerxès, l'histoire des Perses n'est qu'une suite de révolutions intérieures, de cabales, de drames de famille, de guerres malheureuses qui préparèrent la dissolution et la fin de l'empire. On peut donc dire justement que, depuis la victoire des Grecs à Salamine et à Mycale, le centre de l'histoire commença à se déplacer. Dès ce moment, la troisième monarchie apparaît à l'horizon. Aussi le prophète a-t-il compris qu'il n'avait plus à s'occuper des Perses ; ils ont comme disparu à l'horizon prophétique. La vision lui montre aussitôt les débuts de la troisième monarchie, et il apprend que du petit état des Grecs sortira un des plus grands conquérants qui ait ravagé le monde : le roi de Javan, le généralissime de tous les états de la Grèce apparaît

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