CHAPITRE XI
sur la scène et dans le drame, comme dans l'histoire. Voilà le tableau que nous offre Daniel. Avait-il besoin de s'occuper des épisodes intermédiaires? Pas le moins du monde : il n'écrivait pas une histoire de la Perse. Après avoir mentionné le roi qui fera la guerre aux Grecs, ravagera leur pays, détruira leur ville, l'Ange a ajouté qu'un roi de cette nation vengera un jour pleinement tous ces maux en détruisant l'empire perse. On voit ainsi facilement que la transition de Xerxès à Alexandre est fort naturelle. D'un autre côté, l'auteur n'avait aucune raison de décrire les scènes qui ne devaient avoir qu'un rapport lointain avec l'action qui est le but principal de la vision. C'est pour le même motif qu'il ne raconte pas l'histoire d'Alexandre avec des détails circonstanciés. Il s'étend davantage sur l'histoire des deux royaumes de l'empire grec jusqu'à Antiochus Epiphane inclusivement, parce que c'est là l'objet capital de la. vision. Le morceau qui a trait aux guerres des Séleucides et des Lagides est plus important au point de vue de la vision présente et, au point de vue israélite relativement à la persécution finale, objet du chapitre XI. On voit, d'ailleurs, aisément qu'on ne peut pas accuser Daniel d'ignorance au sujet des deux autres royaumes de l'empire grec. Il ne mentionne ni leurs successeurs ni leurs guerres, parce que le prophète ne s'occupe pas de ce qui n'a pas une importance sérieuse à son point de vue théocratique. On ne pourrait donc pas le convaincre d'ignorance, parce qu'il n'a donné qu'un tableau raccourci de l'empire perse; pas plus qu'on ne pourrait dire que, au ch. X, 20, il ne connaît qu'un prince des Perses (Cyrus) et un prince grec (Alexandre). Au ch. XI, 2, il se contente de signaler les grands facteurs de l'histoire des empires médo-perse et macédonien. Il n'y a aucune erreur dans le tableau historique que Daniel nous présente. L'échec des criticistes sur ce point a une portée d'autant plus haute qu'ils avaient fondé, sur une prétendue ignorance de Daniel, au sujet des événements de la période perse, de grandes espérances qui leur permettraient d'infirmer les révélations de l'Ange concernant la période grecque. Ils s'imaginent qu'il y a là un problème que « la théopneustie n'est pas en état de résoudre. » Nous avons vu que la solution se trouve dans l'ignorance, dans l'exégèse peu sérieuse de quelques esprits légers, inattentifs et désireux de faire passer Daniel pour un écrivain inconnu qui n'a pas écrit du temps de Cyrus, mais à l'époque d'Antiochus. Le lecteur a pu constater que, sur ce point comme sur les autres, la critique ra-
tionaliste, au lieu d'être une vérité, n'est qu'une mystification.
3. Et un roi forU s'élèvera k; et il dominera avec une grande puissance1; et il fera selon sa volonté111.
iUn roi fort, gibbôr. Il s'agit d'Alexandre, comme le verset suivant l'indique très clairement. — k S'élèvera -, litt. se tiendra debout (cfr. VIII, 5-21). — 1 Dominabitur dominio multo, ûmasal mimsal rab (cfr. II, 39; VIII, 5-8). — m En d'autres termes, tout lui réussira. La même expression est employée au ch. VIII, x. 4. Quinte-Gurce emploie une expression analogue : Hujus siquidem beneficio agere videbatur gentibus quidquid placebat (lib. X, cap. V, 35).
4. Et quand il se sera élevé n, son royaume sera mis en pièces0; et il sera partagé aux quatre vents du ciel p ; et non à sa postérité i ; et non avec la puissance avec laquelle il a dominé1 ; car son royaume sera arraché s \ et (passera) à d'autres qu'à ceux-là '.
n Et selon son tenir debout, ûkehamdô ; quand il se tiendra debout; c'est-à-dire : à peine sera-t-il debout, qu'il sera détruit ; ou : à peine aura-t-il atteint le faîte de sa puissance, qu'il sera brisé, mis en pièces. Cette révélation a trait à la mort prématurée d'Alexandre et aux déchirements, aux morcellements du troisième empire, qui suivirent cette mort. — °Sera brisé, tissabër, 3e pers., futur niphal de sabar, fregit. La même expression est employée à propos de la «grande corne » (ch. VIII, 8). Arrivé au plus haut point de grandeur, ne cherchant qu'un nouveau monde à conquérir, roulant, dans son esprit les projets les plus gigantesques, Alexandre mourut subitement à la fleur de l'âge. Après donc qu'il se sera élevé, son empire sera mis en pièce. — • vil sera divisé (vetëhaz), 3e pers., futur niphal (apocope, avec un tséré sous la préformante, au lieu du hirek bref, à cause de la gutturale suivante), de nsn, ^ a coupé, divisé aux quatre vents du ciel (cfr. VIII, 8). Les lieutenants d'Alexandre se partagèrent ses états. Plusieurs d'entre eux prirent le titre de roi. Quatre principaux rois prévalurent. — q Et non pas à sa postérité ('aharit, à ses descendants). Il devint la proie d'autres capitaines qui