CHAPITRE XI
étaient de sa race (macédonienne!, mais qui n'étaient pas de sa famille. Le frère et les fils du conquérant périrent d'une mort violente bientôt après lui. Ses généraux, plongés dans le sang, se disputèrent ce vaste empire. Après trente ans de guerre, ils se le partagèrent, « vers les quatre vents des cieux », en quatre grands royaumes. — r Et non selon son dominer par lequel il a dominé. Aucun de ceux qui se partagèrent l'empire d'Alexandre n'aura une puissance égale à la sienne (cfr. VIII, 22). On peut dire aussi que tous ensemble n'auront môme pas la même force. Saint Jérôme le remarque, en effet, très justement : Divisum enim in quatuor partes regnum imbecillius fuit, dum adversus se dimicant, et intestino furore bacchantur. — 8 Sera arraché tinnates, 3e pers. futur niphal, extirpatus est, de ctj evellit , luxavit, momordit, il a arraché, déraciné). Le sens de ce verbe est fixé, ici, par ce qui est dit de la rupture de la grande corne (ch. VIII, 8), et par le contexte qui nous apprend, non pas qu'il sera détruit, mais qu'il « sera partagé, arraché (aux descendants d'Alexandre) et (donné) à d'autres qu'à ceux-là ». La Vulgate traduit très bien ainsi ce passage : Lacerabitur enim ejus regnum in externos, exceptis his. Maurer le commente ainsi : Evertetur regnum ejus, utpote extincta ejus fairî*ilia, et aliis erit, obtinget prœter illos, Alexandri posteros. — lA d'autres qu'à ceux-là [millebad, hors, excepté, outre — 'êllêh, ceux-là) : le rovaume sera donné à d'autres qu'aux héritiers légitimes d'Alexandre. Rosenmûller a supposé que 'elléh se rapporte aux quatre principaux successeurs d'Alexandre ; et qu'ainsi le texte signifierait que l'empire qui sera partagé à d'autres qu'à ces quatre , ou, en d'autres termes, que, en dehors des quatre monarchies démembrées de l'empire d'Alexandre, il se formera aussi de petits Etats. On sait, en effet, que la Cappadoce, TArménie, la Bithynie, Héraclée, le Bosphore et d'autres provinces , échappèrent au roi de Macédoine et se donnèrent des rois particuliers. Mais le sens naturel du texte indique plutôt que l'empire sera donné à d'autres qu'à ses héritiers légitimes, qui eussent dû être ses deux fils assassinés, ou son frère Aridée.
Au chapitre VIII (pp. 835-838), nous avons vu que Stuart a vainement essayé de diviser l'empire d'Alexandre en deux empires. Le châp. XI n'est pas plus favorable à son système : le sens du verbe natas ne suffît pas pour l'établir. D'après ce critique, cette expression indique suffisamment la destruction totale du grand empire (the vertj nature of the image shows the utter destruction of the great empire. I see nnt how stronger language could
well be selected). On pourrait répondre que l'arbre déraciné, arraché du sol, n'est pas, par cela même, détruit. Il aurait perdu sa sève, sa force et, comme dit le texte, il n'aurait plus la puissance. Mais ce n'est pas là le sens que nous offre le texte dans son ensemble, ainsi que nous l'avons montré : l'empire sera arraché à la postérité d'Alexandre. Du reste, Stuart fait lui-même une observation qui confirme notre exégèse. Il dit, à propos de tissaber flïjTSÊp] * de -^UT il a rompu, brisé, déchiré), que cette expression dénote, on ne peut mieux, la fin de la dynastie d'Alexantre (how to save the dynasty from ending with Alexander, after what is said in this verse I do not well see). Evidemment, la dynastie d'Alexandre finit avec la mort de ses parents. Mais Stuart confond à tort la dynastie avec l'empire d'Alexandre. Il est, en effet, facile de voir que la monarchie macédonienne partagée continue a exister sous une autre forme : c'est toujours l'empire macédonien divisé en morceaux, démembré. C'est donc à tort que Stuart accuse Lengerke de faire violence au texte en soutenant que les quatre monarchies qui suivent forment une même dynastie avec celle d'Alexandre (Lengerke and others who make the empire of the four dynasties that follow, a part of the same dynasty with that of Alexander, are obliged to do actual violence to the language). Mais celui qui fait violence au langage est celui qui identifie les dynasties avec les empires. Est-co que l'avènement de Darius d'Hystaspe et l'avènement du Mage ne furent pas des changements de dynasties ? Et cependant, le second empire persiste à travers ces changements. Il en fut de même de l'empire chaldéen qui continua à substituer, malgré les changements dynastiques de Darius le Mède et de Nabonid. On peut aussi demander à Stuart sur quoi il se fonde pour composer un empire avec les quatre monarchies qui ont suivi la mort dAlexandre (the empire of the four dynasties that follow), si ce n'est sur ce fait qu'elles ne sont qu'un démembrement, un partage, comme dit le texte de ce même empire. Il n'est donc pas difficile d'empêcher le second grand empire de finir avec Alexandre-, et on doit reconnaître que Lengerke a très justement souteuu que l'empire des quatre monarchies grecques fait partie de l'empire d'Alexandre. Ce critique ne fait, d'ailleurs, quoi qu'en dise Stuart, aucunement violence au texte en rapportant l'expression « aux quatre vents du ciel », aux quatre royaumes qui, quelques années après la mort d'Alexandre, se formèrent des débris de son empire. Sans doute, l'Ange n'a pas en vue de déclarer la situation précise des