CHAPITRE XI
ici ni de Ptolémée Philadelphe, comme l'a cru saint Jérôme, ni d'aucun autre prince. L'Ange met en présence les deux fondateurs des deux royaumes du Sud et du Nord. Puis, à partir de ce verset, il ne sera plus parlé que de ces deux royaumes sortis de celui d'Alexandre, parce que la nation juive, placée entre l'Egypte et la Syrie et dominée tantôt par l'un ou l'autre des rois de ces contrées, dut à ces princes une grande partie des maux qui lui sont arrivés sous leur règne.
Le texte paraît offrir une irrégularité dont nous devons rendre compte. Nous aurions dû le traduire ainsi : « Et (un) de ces capitaines, et il deviendra plus fort que lui (sur lui). » Il peut se faire que, après sariov, le verbe yëhëzaq ait été répété, et que, précisément à cause de cette répétition, il ait été, par inadvertence, omis par les copistes. Dans ce cas, le texte rectifié serait ainsi conçu : «Et un de ses capitaines deviendra fort; et il deviendra plus fort que lui, etc. »
6. Et après des années3, ils s'allierontb ; el la fille du roi du Midi viendra vers le roi du Nord pour faire des accommodements0 ; mais elle ne conservera pas la Force du brasd;et il ne tiendra pas; ni son fils e; et elle sera livrée f, elle et ceux qui l'avaient amenée, et son fils s, et celui qui l'avait soutenue11 dans ces temps.
*Âu bout d'années. Laissant de côté des événements qui n'ont pas d'intérêt pour les Juifs, l'Ange mentionne un événement qui a eu lieu soixante-un ans après la fondation du royaume de Syrie : le mariage d'Antiocbus II Théos (Deus) avec Bérénice, fille du roi d'Egypte, Ptolémée Philadelphe. Une partie de la Palestine fut alors apportée comme dot au roi de Syrie. — h Ils feront alliance. Il^s'agit des rois qui seront rois du Midi et du Nord après plusieurs années. Aussi l'expression employée par FAnge ne se rattache-t-elle ni à Ptolémée Lagus ni à Séleucus Nicator. Antiochus Soter, qui succéda à Nicator, n'est pas mentionné. Nous nous trouvons en présence de Ptolémée Philadelphe qui donna sa fille en mariage à Antiochus Théos, roi de Syrie, à condition qu'il répudierait Laodice, sa première femme. Celle-ci fit plus tard empoisonner Antiochus et mit sur le trône Callinique, son propre fils. — c Des accommodements, littér. des droitures, des rectitudes, mëysarîm. — Le mariage avait pour but
d'aplanir ce qui était courbe et tortueux, ou, en d'autres termes, de faire disparaître les difficultés qui s'étaient élevées entre les deux rois. L'accord et la paix furent ainsi établis ; et Bérénice en fut comme une garantie : cette alliance signifiait que l'on agirait droitement et correctement de part et d'autre. — d Et elle ne conservera pas la force du bras (qui lui avait été donné). Le mari qui lui avait été donné ne lui continua pas son appui. Il ne s'agit pas d'un bras quelconque, mais d'un bras déterminé, hazzerôha (avec l'article). Le subst. ytfî signifie bras, force homme puissant ; au figuré, aide, auxiliaire. Ici il désigne Antioclius Théos qui devait donner à Bérénice l'appui de son bras- Elle ne trouva pas en lui le soutien, le secours sur lequel elle avait cru pouvoir compter. Elle perdit toute influence et toute autorité sur son mari qui rappela Laodice. On a dit que l'article rattache zéroha a niD (force, puissance), et que cette expression signifiait toute simplement une « force puissante. » Mais l'article désigne bien certainement Antiochus, comme l'indique le membre de phrase suivant qui se rapporte à ce prince. — e Et il ne tiendra pas ; ni son fils. Au lieu de zeroha ou zroha (bras), nous lisons, avec Théodotion et la Vulgate, zèrouha (yi"!*) semence, race, enfant. Théodotion : Ka( où ax^aetat xo arcéppia et la Vulgate : Nec stabit semen ejus (sa race ne tiendra pas debout, ne tiendra pas ferme). Le fils de Bérénice fut, en effet, tué. Ainsi, le roi du Midi ne tiendra pas ; ni son fils (après une négation exprimée dans la même phrase, i l'expression ^i signifie « et non, ni). » Rosenmûller traduit : Nec stabit pater illius, Philadelphus, et brachium ejus, id est, potentia sua... Il suppose que l'appui du bras est l'appui du père de Bérénice, et il ajoute: Verbum masculini generis i)2y> ad regem Austri, Philadelphum, Bérénices patrem, référendum esse, docet res ipsa. Mais il est tout aussi clair que le verbe masculin peut se rapporter bien mieux au roi du Nord, mari de Bérénice. En traduisant ensuite ici ym par « bras », Rosenmiiler fait répéter à l'ange ce qu'il avait déjà dit : et il (le bras de Bérénice) ne tiendra pas; et au lieu de mentionner la disparition du fils (ni son fils), il ne fait que reproduire l'idée de l'impuissance « de son bras. » Ceux qui supposent que le premier « bras » est celui du père de Bérénice et que le second « bras » est celui de son mari, ne se fondent pas sur des indications fournies par le texte. — f Et elle sera livrée. Cette expression a trait à la mort violente de Bérénice qui devait être livrée, placée dans les mains de celle qui devait la faire périr. On sait que, après la mort de son père, elle fut repu-