CHAPITRE XI
qui désapprouve leur conduite : il prédit qu'ils se mettront dans un mauvais cas, en se révoltant contre Ptolémée Philopator. Lorsque, après sa victoire sur Scopas (203, 202 av. J.-C), Antiochus eût recouvré la Cœlésjrie et la Samarie, les Juifs s'empressèrent de lui offrir leur soumission. Ils ouvrirent à ce roi les portes de Jérusalem, lui fournirent en abondance tout ce dont son armée avait besoin, et, lorsqu'il assiégea, dans la citadelle, la garnison que Scopas y avait laissée, ils lui prêtèrent, très efficacement, le secours de leurs armes. L'Ange fait aussi, sans doute, allusion à une révolte des Juifs qui eut lieu alors en Egypte. D'après le troisième livre des Machabées, Philopator prit des mesures violentes contre eux ; et Eusôbe, dans sa Chronique, parle d'une révolte qui aurait éclaté à cette époque à Alexandrie, et dans laquelle 40,000 Juifs auraient perdu la vie. Quoiqu'il en soit de ce chiffre, que d'autres portent à 60,000, il est certain que les Juifs tenaient pour le roi de Syrie contre le roi d'Egypte, leur légitime souverain. Or, on peut aisément constater que, en prenant parti pour Antiochus III, ce peuple se jeta lui-même dans la gueule du loup, et prépara ainsi l'accomplissement de la prophétie relative à Antiochus IV Epiphane. En déchirant d'euxmêmes le traité qui les livrait à l'Egypte, ils coururent a leur perte, et^ils amenèrent l'accomplissement de la vision relative à la petite corne du troisième empire (ch. VIII, 9-12). — ' Pour accomplir; littér., pour faire tenir debout la prophétie, pour amener la réalisation des événements prédits, des maux que devait faire au peuple juif Antiochus Epiphane, fils d'Antiochus le Grand. En trahissant le roi d'Egypte et en se soumettant de leur plein gré aux rois de Syrie, ils allèrent au-devant des persécutions que Dieu avait révélées à Daniel et qui furent bientôt réalisées par Antiochus Epiphane.
15. Et le roi du Nord viendra; et il élèvera un rempart m ; et il prendra une ville très fortifiée n ; et les bras ° du Midi ne résisteront pas — même son peuple d'élite p ; et (ne sera) pas de force pour résister.
m Un terrassement, solelab, levée de terre. — n Littér., une ville de fortification, on a cru que le pluriel signifiait « des villes fortifiées » -, et il est vrai que quelquefois le singulier se prend dans un sens collectif. Antiochus s'empara en effet, d'un grand nombre de places fortes. Mais il s'agit ici des fortifications de
Sidon , qui étaient très importantes ; une ville de fortifications est une ville très fortifiée. — ° Les bras, c'est-à-dire les forces, les armées du roi d'Egypte qui devaient être pour lui comme les bras par lesquels un homme se défend. On sait que trois généraux égyptiens, envoyés au secours de Scopas furent battus. Et (même) le peuple de ses sélections (innip, de bahar, il a choisi, élu), son peuple de choix, les troupes d'élite sur lesquelles le roi pouvait compter le plus, ne résisteront pas. — Le roi d'Egypte avait envoyé Scopas reprendre les villes de la Palestine et de la Cœlé-Syrie. Mais Antiochus tailla ses troupes en pièces près du Jourdain, et le força de se réfugier dans Sidon. Autour de cette place forte, Antiochus éleva des terrassements et Scopas , pressé par la famine, fut obligé de se rendre. Le peuple d'élite , ainsi que nous l'avons déjà exposé précédemment, la portion dirigeante et dominante du peuple Juif s'associa au roi de Syrie.
\ 6. Et celui qui vient contre lui s agira selon sa volonté \ et ne sera pas qui tienne devant lui r ; et il s'établira dans la contrée de la Gloire5; et l'achèvement1 (sera) dans sa main.
q Et celui qui vient (Antiochus) contre (Ptolémée Epiphane, ainsi que nous l'apprennent les vs. 13, \ 4 et 1 5). L'expression ^2n désigne une invasion hostile. — z Et ne sera pas , •p^l se tenant debout (hômëd). — s Pour le sens de hazzebî, voy. VIII-, 9. La terre d'Israël était le pays de la Gloire, de la sekinah (de la Résidence) de Dieu ou de la Majesté divine. Saint Jérôme traduit par terra incli/ta-, Aquila : -crçç S6Çï]"ç ; d'autres : Terre de la volonté. Ces dernières donnent à >23? (ornement, gloire, beauté) le sens de l'araméen ïq^ (volonté). Cette expression signifierait « la terre de la promesse », ou la « terre désirée ». Nous avons vu que les juifs s'empressèrent de se soumettre à Antiochus qui devint ainsi maître de la Terre sainte. — l Le subst. nSs a deux sens: 1° achèvement, consommation (adverb. entièrement, en totalité) ; 2° extermination, destruction. D'après la première signification de kalah, l'Ange indiquerait ici que la Judée serait tout entière sous la puissance d'Antiochus. En entrant dans la terre de la Gloire, ce roi y établit, en effet, son autorité. La Judée fut tout entière sous sa puissance. On peut traduire adverbialement « et (elle sera) entièrement dans sa main ». Mais Cahen traduit à