‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 275 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

mot : Antiochus le Grand était un roi (rjv SaotXebç 'Avifo/oç 6 fiiyaç. — Appien, De Reb. Syr.t c. 37).

49. Et il tournera son regard vers les forteresses1 de son pays \ et il trébuchera , et il tombera, et il ne sera pas trouvé*.

iVers les forteresses (W$ich\m c'est-à-dire vers les places fortes qu'il possédait à l'est de Taurus. La Vulgate traduit mahuzzîm par imperium (ad imperium terrœ suce). — * Et il ne sera pas trouvé (parmi les vivants). Voulant se procurer l'argent nécessaire pour acquitter le tribut imposé par le peuple romain, Antiochus pilla un temple de Bel, qui se trouvait dans l'Elymaïde (templum Elymseï Jovis). Mais les habitants de ce pays, irrités d'un pareil sacrilège, se mirent en embuscade sur son passage et le tuèrent, lui et toute sa suite (cfr Justin, lib. XXXII, ch. II — xou B^Xou îepbv. — Strab. 1. XVI, cap. I, 18). Ainsi périt Antiochus le Grand, d'après les récits de Strabon, de Diodore et de Tite-Live. L'histoire est complètement conforme à la prophétie : il donnera dans un piège et il ne sera plus trouvé, c'est-à-dire, il disparaîtra d'une manière obscure et il ne reparaîtra pas en Syrie.

20. Et h sa place s'élèvera (quelqu'un) faisant passer un exacteur dans la Gloire du royaume k; et en quelques jours1 il sera détruit; et (ce ne sera) ni par colère m ni par guerre11.

kEt sur sa base se tiendra debout (quelqu'un) faisant passer un exacteur, un préleveur de taxes (noges) dans la Gloire (hëdêr) du roijaume, c'est-à-dire le Temple de Jérusalem. La Judée était la terre de la Gloire (vs. 16), parce que la Gloire de Dieu résidait dans son sanctuaire : par suite, la Judée était la position la plus glorieuse du royaume de Syrie. Il s'agit ici de Séleucus Philopator, fils aîné d'Antiochus le Grand, qui, pour payer le tribut aux Romains, envoya Héliodore enlever les trésors du temple de Jérusalem (cfr. II, Machab. III). — ] En des jours uns, c'est-àdire « en peu de jours (cfr. Genèse, XXVII, 44 -, XXIX, 20). — m Et non par colère. Le mot ûD>E^2 est un duel qui signifie « les deux narines » et qui indique métaphoriquement la « colère ». Rosenmûller : Morte peribit infausta, sine gloria bellica, quo-

modo reges quandoque occumbere soient fortiter, irati adversus hostes dimicando. — n Ni par guerre. Séleucus ne fut pas tué dans une émeute, dans un mouvement séditieux où la colère et les passions sont surexcitées. Il ne périt pas non plus à la tête d'une armée et dans une bataille. Il périt par la trahison d'Héliodore, qui voulut s'emparer du trône et qui empoisonna son maître.

21. Et à sa place s'élèvera un (homme) méprisé0; et l'honneur de la royauté n'était pas placé sur luip; et il viendra en paix0;; et il obtiendra le royaume par flatteries'.

0 Un méprisé, r\}22 (particip. niphal de ,-|73 il a méprisé, dédaigné). La vision présente ainsi Antiochus Epiphane, frère de Séleucus Philopator, qui ne paraissait bon qu'à servir d'otage à Rome, où il était méprisé à cause de ses mœurs populacières et indignes d'un prince. L'expression nibzéh est en opposition avec le surnom d'Epiphane (illustre). A cause de ses vices et des accès de frénésie, auxquels il était sujet par suite de ses débauches, il mérita de voir ce titre remplacé par celui à'Epimanès (fou) que ses peuples lui donnèrent (i). — ? Et ils ne donneront pas sur lui Y honneur... Il y a dans le texte le verbe natnû (de ?iatan, donner, attribuer, mettre, placer), à la 3e personne du pluriel, qui peut se traduire par le passif ou par un impersonnel (l'honneur de la royauté n'était pas donné, placé sur lui; — et on ne plaçait pas sur lui la gloire de la royauté). L'honneur de la royauté n'était pas dû au Nibzéh : il ne monta sur le trône ni par le droit de sa naissance ni par le choix de ses peuples. L'héritier légitime était Démétrius Soter, fils de Séleucus. — q // viendra pendant la paix, besalvah; il obtiendra le royaume pai-

(1) Rien ne peut mieux caractériser ce roi que le mot nibzéh. Il apporta sur le trône les inclinations d'un homme de la lie du peuple : on le trouvait souvent dans les tavernes, livré à des plaisirs bas et dissolus ; et quelquefois il sortait ivre et il donnait à la populace le spectacle ridicule de ses folies (cfr. Athénée, liv. V, c. &; liv. X, c. 12; 1, Macch., I, II, III, 30). Diodore de Sicile (lib. 31), dit de lui : Fuisse Antiochi consilia queedam et facta prorsusregia atque admiratione digna, queedam contra abjecta ideo et vilia ut ab omnibus sperneretur. Hinc Epiphanes quia vocatus, sed ob res gestas Epimanes (insanus) nominandus.

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siblement, sans guerres ; ou bien : lorsqu'on ne s'y attendait pas, inopinément : comme une surprise qui arrive en temps de paix. — r Et il obtiendra (vehëhêzîq, hiphil, de hazaq, être fort) le royaume par des flatteries, bahalqe laqqot (de pSn, partager, accorder, être doux, poli ; hiphil, dire des paroles douces, flatter), et par ses promesses, il amena Eumène et Attale, rois de Pergame, à épouser sa cause.

N. B. — De nombreux commentateurs ont pensé que, à partir de ce verset, la prophétie se rapporte à l'Antéchrist. A. la fin du chapitre, nous examinerons cette opinion. Avant tout, il faut reconnaître que son sens littéral se vérifie dans la personne d'Antiochus.

22. Et les bras du débordement seront débordés devant lui s; et ils seront brisés1 ; même un prince d'une alliance (sera brisé) u.

s Les bras-, en d'autres termes, les forces, les armées (cfr. vs. 4 5) de la submersion, de l'invasion, seront submergées, envahies. On pourrait croire que ces bras de la submersion font peut-être allusion aux embouchures du Delta et par suite à l'Egypte. Mais l'allusion à cette contrée est tout aussi bien indiqué en prenant l'expression « bras » pour les forces qui avaient déjà « débordé » en Palestine et qui furent « débordées » à leur tour par l'armée syrienne. — t Ces verbes masculins débordés (issatifû), brisés (îssabërû) ne se rattachent pas au mot zrohôt qui est un nom féminin pluriel, mais à l'idée de force ou d'armée qui est représentée par les « bras » (les forces des Egyptiens). — u 11 faut sousentendre ici le verbe « sera brisé », comme l'indique le pluriel ( ITlrê*) qui précède immédiatement.

A la mort de Cléopàtre,les tuteurs de ses deux fils,Ptolémée VI, Philométor et Ptolémée VII Evergète II, réclamèrent la cession de la Cœlésyrie, de la Phénicie et de la Judée, comme dot de la mère de ces princes. Cette dot n'avait pas encore été livrée. Sur le refus d'Antiochus IV, les Egyptiens entrèrent en campagne, avec « des forces submergeantes. » Mais le roi de Syrie marcha bientôt sur Péluse, battit l'armée égyptienne auprès du mont Cabius, s'empara par ruse du jeune Ptolémée Philométor-, et affectant de prendre le rôle de son tuteur, envahit l'Egypte; et prétendit y régner au nom de ce neveu, tandis que l'autre, Evergète, se maintenait dans Alexandrie.

Le prince d'une alliance. Il n'est que juste de se demander ce qu'il faut entendre par ce Nagîd berît. Ce prince est l'aîné des deux princes qui, en réalité, fut détrôné pendant quelques temps et laissa Antiochus rançonner l'Egypte à son gré. Saint Jérôme a hésité à se prononcer entre Judas Machabée et Ptolémèe Philométor. Mais il ne saurait être question de Judas Machabée, qui n'aurait pas encore paru sur la scène. Théodoret, Rosenmûller, Hitzig et d'autres commentateurs ont cru que le texte avait en vue le grand-prêtre Onias. Mais Keil remarque très bien que cette interprétation n'est pas confirmée par l'histoire. Nous ferons remarquer, d'ailleurs, qu'Antiochus ne fut pour rien dans la mort de ce pontife et qu'il la vengea très sévèrement. D'un autre côté, il est facile de voir que, dans ce verset, il s'agit de la guerre du roi de Syrie contre l'Egypte. Or, le récit suit son cours; et si la mort d'Onias avait dû être mentionnée, elle l'aurait été auparavant ou après, lorsqu'il est question des affaires juives. Toutefois, Kuenen, qui prend ses assertions gratuites pour des thèses bien établies, ose se prononcer ici catégoriquement de la façon suivante (Hist. crit.,) p. 533) : « Le prince de l'alliance qui sera brisé est Onias III. » Pour le prouver, il se contente d'ajouter en note. « Voir Rosenmùller, Hitzig, Herzfeld: » Mais ces autorités-là ne nous apprendront rien de bien sérieux. Rosenmiiller se contenta de dire : Nomine n>13 ver0 quum in hoc libro religio et res Jud°orum designari soleat (vid. ad XI, 27.), hoc loco n*ia T3i3 principem aliquem Judaicum significari necesse est. Hitzig, qui traduit cette expression en y introduisant sans raison un article (ein Fûrst cksBundes) se contente de répéter la prétendue preuve de Rosenmùller. Il s'en tient à prétendre qu'Onias III fut tué alors (ce qui est f;iux), et qu'il faut admettre que « ce prince de l'alliance est est Onias), que peut-être l'auteur aborda de très près et à la mort duquel il a aussi fait allusion au ch. IX, 26 » (es ist namlich schon darum, weil ein vdrklicher Bundesfûrt Onias III, gerade damais ermordertwurde(s. zu, 9, 26), der « Bundesfiirst » hier fur jenen Onias anzusehen, der vielîeicht der Vf. sehr nahe anging, und auf dessen Tod er auch 9, 26. Bezug genommen hat). Comme preuve de tout ce gâchis dans lequel il mêle l'Oint-Chef du ch. IX avec « un prince d'une alliance » au ch. XI, Hitzig se contente d'ajouter que « berît se prend très ordinairement par notre auteur pour la théocratie hébraïque » (nnn lst unserem Vf. sehr gewôhnlich die hebr. Théocratie). Pour prouver cet usage habituel du prophète, le professeur de Théologie de Zurich renvoie aux ver-

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