CHAPITRE XI
païen qui fut placé sur l'autel des holocaustes. Nous verrons plus loin que le dieu spécial d'Antiochus est 'eloah mahuzzim ou Jupiter Oapitolin, le Jupiter romain, qui se confondait du reste, en somme, avec le Jupiter Olympien. Les LXX ont traduit : « l'abomination de la dévastation, » voulant faire entendre qu'il s'agit d'une abomination qui causera la dévastation. Cette dévastation fut réalisée, et on peut en voir le récit dans le premier livre des Machabées (ch. I, 37, 54, 57). L'auteur de ce livre a même emprunté, pour décrire l'objet abominable, l'expression de Daniel 65éXuy[xa 'epr^waswç, en remplaçant le concret par l'abstrait.
32. Et il rendra impies, par des flatteries, les transgressées du Pacte6; mais le peuple, qui connaît son Dieu f, se fortifiera et agira s.
e Les Juifs qui avaient violé ou transgressé la Loi et qui s'étaient attachés à Antiochus , furent amenés à l'apostasie. Il s'agit du parti juif qui s'était montré favorable au roi de Syrie, et qui fut conduit à adopter toutes les impiétés du paganisme. — f Le peuple des sachant son Dieu (voy. vs. 7); c'est-à-dire Mathathias et son parti (voy. I, Mach., I, 65 et ch. II), qui résista aux ordres du tyran et qui s'accrut par l'adjonction des Juifs pieux. — s Se fortifieront (résistera) et agiront (avec vigueur ou avec succès). Le verbe }U7yi (et agiront) offre une constructio prœgnans et indique une action énergique ou une action qui eut du succès.
33. Et les intelligents du peuple en instruiront les nombreux* ; mais ils tomberont par l'épée et par la flamme, dans la captivité et dans le pillage (pendant quelques) jours5.
* Les intelligents, maskîlîm, ceux qui se rendent intelligents, les sages, les prudents, ceux qui ont de l'intelligence au point de vue religieux, ceux qui ont une véritable intelligence de Dieu ; ceux qui (vs. 32) instruiront les multitudes (larabbîm) par leurs exemples et par leurs discours (1 Mach., II, 27 et ss.). Le premier livre des Machabées (ch. II, 42) mentionne les Assidéens (les Pieux — hasîd, pieux), « qui étaient considérés les plus vaillants d'Israël, » et qui se joignirent aux Machabées. Dans le
second livre des Machabées (XIV, 6), nous apprenons que les Hellénisants regardaient comme une secte et stigmatisaient du nom d'Assidéens ceux d'entre leurs frères qui craignaient encore l'Eternel. — J La Vulgate (et in rapina dierum), ainsi que les LXX et Théodotion, ont traduit d'après des manuscrits qui offraient HTM au lieu de nTXl- Le subst. q>q> (jours) est un pluriel pris adverbialement (longtemps, quelque temps).
34. Et quand ils tomberont1, ils seront aidés par un faible secours1; et beaucoup se joindront à eux avec des flatteries m.
k Et dans leur trébucher, chanceler, ûbehikkaslam ; lorsqu'ils étaient affaiblis, dans la détresse et au moment où la persécution était si violente; lorsqu'on aurait pu croire que tout était perdu. — l Un secours petit, peu considérable, c'est-à-dire une poignée d'hommes. L'adjectif tD^p (petit) n'est pas un terme de mépris. Il est employé ici pour désigner les faibles commencements des Machabées. Kuenen a essayé de fonder sur cette expression une conclusion qu'elle est loin de supporter. Après avoir imaginé — la critique rationaliste est toujours dans le pays des rêves — que l'auteur du livre de Daniel a écrit peu de temps après le commencement de la révolte des Machabées (166 av. J.-C.), ce critique suppose que ce commencement est « pour l'auteur un fait encore récent ; » et il ajoute (p. 554) : « En revanche, Judas n'a pas encore remporté sa victoire sur Lysias (164 av. J.-C.) ; le rétablissement du culte dans le Temple (le 25 Chîsleu de l'an 164), n'a pas encore eu lieu. » Il conclut de cette combinaison artificielle que le livre de Daniel a été écrit vers l'an 1 65 av. J.-C. Kuenen veut cependant se donner le semblant de prouver son hypothèse, et voici sa preuve: « Après cette défaite, on aurait difficilement pu dire, du parti de Judas, qu'il n'était « qu'un petit secours » pour les pieux Israélites. En 165 av. J.-C, cette expression se comprend bien mieux. » — Mais ce raisonnement tombe facilement dans l'eau, si l'on veut bien considérer qu'un écrivain, qui aurait écrit deux ans, trois ans, dix ans, cent ans, deux mille ans après les victoires des Machabées, aurait pu fort bien ne parler que d'un « faible secours, » pour indiquer les premiers mouvements des Juifs patriotes. En disant que les « intelligents » seront aidés par ce secours, l'Ange fait assez comprendre que ce petit groupe acquit bientôt une importance considérable. Il n'en aurait pas parlé, s'il