CHAPITRE XI
n'avait su que cette poignée de braves, qui se battirent d'abord en guérillas, devinrent bientôt des troupes aguerries. D'ailleurs, Kuenen se contredit lui-môme dans la môme page. Il y reconnaît que « l'auteur connaît à merveille les principaux événements du règne d'Antiochus Epiphane (175-163 av. J.-C.), pour autant du moins que ceux-ci concernent la Palestine. » Or, il n'est pas possible de nier que cet auteur ait connu la mort d'Antiochus Epiphane (cfr. ch. VIII, 25, p. 841-843; et plus loin,'ch. XI, vs. 45); et, par conséquent, la victoire remportée par Judas Machabée sur Lysias, victoire que Kuenen lui-même place en 4 64 av. J.-C. Le professeur de Leyde ne peut pas ignorer non plus que le véritable auteur du livre de Daniel a connu la durée de la cessation du culte de Jéhovah et la reprise de ce culte après une suspension de trois ans et demi (ch. VIII, 4 4. Voy. p. 816 et ss.). Il reconnaît encore lui-môme que la victoire de Judas Machabée eut lieu en 166 ; et que la défaite d'Apollonius, suivie de celle de Nicanor et de Gorgias, eurent lieu en 4 66 et 164. Cette dernière année — toujours d'après Kuenen — fut signalée par la purification du temple et l'année suivante, en 163, par la mort d'Antiochus. Or, il est évident que l'auteur, qui a connu tous ces faits, ne peut être donné comme étant mort en 4 65. Quoiqu'il fasse, Kuenen ne peut pas dire que l'auteur, parlant ici seulement d'un « petit secours, » n'a pas connu les éclatantes et miraculeuses victoires des Machabées. Mais le critique hollandais s'est agité vainement et dans le vide pour trouver une date de la composition du livre au temps des Machabées. Il ne veut pas la mettre après la mort d'Antiochus, parce que, alors, la légende de « l'auteur patriote » s'évanouit; la mettre au début de la guerre ou pendant la lutte pour l'affranchissement, c'est admettre une prophétie, une intervention surnaturelle. Or — comme on le sait — la critique rationaliste a mis, dans ses dogmes aprioritiques, qu'il n'en faut pas. Le livre de Daniel suffit pour renverser la barrière chimérique qu'ils veulent imposer à l'Eternel.
m Avec des flatteries, bahalaqlaqqôt (voy. vs. 32), c'est-à-dire de douces paroles; hypocritement; et comme traduit très bien la Vulgate : dolose. Des Juifs qui craignaient les Machabées , mais qui, au fond, étaient plus païens que dévoués à la religion de l'Eternel, affectaient des dehors de piété. Dans l'occasion, ils ne manquaient pas d'abandonner la sainte cause religieuse et patriotique, lorsque la trahison pouvait être utile à leurs intérêts. On comprend l'existence de ce parti, lorsqu'on songe aux châti-
ments que leur infligea Judas Machabée (1 Mach. III, 5 et 8). Rosenmûller dit très bien, en effet à ce sujet : Unde multos metu adactos, minime animo religioso, illius partes sequutos esse credibile est.
35. Et (quelques-uns) des intelligents a succomberont, afin de les trier, purifier, blanchir ° jusqu'au temps de la fin p : car (ce sera) encore jusqu'au temps (fixé, déterminé)^.
n Et des ( ipi) intelligents. La préposition rç & un sens partitif et signiifie« quelques-uns de... » — ° 11 y a là une gradation : triage par le feu pour dégager les scories : sj^s • purification qui démêle le bon du mauvais : -|-q (il a séparé, trié, choisi); blancheur, éclat : •jlb (il a blanchi). Ils seront purifiés, sauvés par leur fidélité à la Loi de Dieu. Ils souffriront et ils mourront; mais leurs épreuves auront eu pour but de les purifier, de les mettre au nombre des élus et de les rendre blancs et glorieux. — p Jusqu'au temps de la fin, had-hët qëz; c'est-à-dire jusqu'à la fin des événements qui constituent la période du règne d'Antiochus qui est la fin de la vision comprise dans le chapitre XI. Cette locution est aussi employée dans ce sens au ch. VIII, 1 7 (voy. p. 828) . Lengerke traduit très bien : « Jusqu'à la fin des persécutions d'Antiochus », mais il joint, de son chef et sans que rien l'y autorise, la mort d'Antiochus avec le commencement du temps messianique (somit seines Todes und des Anfanges der messianischen Zeit). Mais il n'est ici question d'aucune parousie du Messie. Rosenmûller expose très bien ce passage en ces termes : usque ad constitutum a Deo tempus quo illarum afflictionum finis erit* — q Car encore jusqu'au temps fixé ; c'est-à-dire ces épreuves, ces calamités, ces persécutions ne dépasseront pas le temps fixé par Dieu. Ainsi les Juifs pieux devront avoir confiance, car leurs épreuves auront une fin. La Vulgate : quia adhuc aliud tempus erit (parce qu'il y aura encore un autre temps). Il est difficile de comprendre ce que le traducteur a voulu dire.
36. Et le roir agira selon sa volonté , et il s'exaltera ; et il se grandira au-dessus de tout dieu s et il dira des insolences1 contre le Dieu des dieux; et il prospérera : jusqu'à ce que l'indignation soit consommée11 ; car (ce qui est) décrété sera exécuté \