‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 282 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

r Le loi, c'est-à-dire Antiochus Epiphane, le roi qui vient d'être mentionné. Il n'est ici question ni de Constantin (Aben Ezra), ni de Mahomet et des Turcs (divers commentateurs), ni du pape (nombreux protestants), ni de Napoléon (Irwing). — 8 Tout dieu. Le mot Sn (dieu), employé ici pour designer les faux dieux, correspond à Yllu des Babyloniens. L'Ange indique au prophète que le persécuteur s'élèvera au-dessus de tout llu. Il est vrai toutefois que Tite-Live (ch. XLI, 2 0) nous apprend qu'Antiochus se distingua par le culte des dieux (deorum cultu) . Mais il n'y a rien là qui contredise ce que l'Ange nous apprend. Antiochus manifesta surtout son zèle pour les dieux de la Grèce et de Rome en persécutant les Juifs. Mais son culte polythéiste ne l'empêcherait pas de se croire au-dessus de tous ses dieux du paganisme et de se croire le dieu suprême de tous ces dieux. Cet égotisme idolâtrique se retrouvera aussi dans l'Antéchrist, mais on aurait tort de croire que les paroles de notre texte se rapportent immédiatement et exclusivement à lui. — * Des insolences, niflà'ot. Le mot niiSS?3 (pluriel participial niphal, de nSd il a été étonnant, merveilleux) signifie choses merveilleuses, miraculeuses; et ici des choses surprenantes, insolites, insolentes, étonnantes 'par leur étrangeté. Le texte nous apprend donc que le roi parlera insolemment contre le Dieu des dieux (voy. une expression analogue, VII, 8). Saint Paul s'est servi de quelques-unes des expressions de ce verset pour décrire l'homme de péché (II Thessal. II, 3, 4), — « Jusqu'à ce que la colère de Dieu contre Antiochus soit arrivée à son comble, jusqu'à ce que soit arrrivé le temps que Dieu a fixé pour le châtiment de ce roi. — ▼ Décrété fsera) exécuté, NnOT3 (prétérit niphal qui se traduit par un futur, selon l'usage fréquent dans le style prophétique) ; ce qui est décrété se fera certainement, arrivera. Cette expression indique la certitude de l'accomplissement. D'ailleurs, chez les Hébreux, l'expression « faire un décret» signifie « l'exécuter» ; et non pas seulement le porter et le sanctionner (cfr. Is. X, 23).

37. Il n'aura aucun égard pour les dieux de ses pères1; il n'aura égard ni au culte des déesses y ni à aucun dieu2 \ parce qu'il se grandira lui-même au-dessus de tout.

* Les pères d'Antiochus avaient adopté les dieux syriens, tandis que lui qui avait vécu à Rome avait appris à mépriser les dieux de l'Orient, et les dieux grecs qui venaient d'être battus par Paul-Emile, à Pydna, en 168. Il leur préférait le Jupiter des Romains (vs. 38). Au fond, c'était ce Dieu que, d'après le second livre des Machabées (ch. VI, 2), Antiochus avait en vue, lorsqu'il consacra le temple de Jérusalem à Jupiter Olympien et le temple de Garizim à Jupiter Xévtoç ou l'Etranger ; ce surnom indiquait l'origine étrangère de ce dieu. Tous ces Jupiters n'étaient, d'ailleurs, dans sa pensée que des réprésentations d'Antiochus qui se faisait adorer sous le nom de « Dieu Epiphane » . Nous comprenons ainsi très bien que ce roi eût promis d'élever à Antioche un temple à Jupiter Capitolin (Tite-Live XLI, 20) et qu'il ait fait bâtir un temple de ce Jupiter à Athènes. C'est donc à tort que Keil croit que ce passage ne peut se rapporter à Antiochus. Sans travailler à détruire le culte des dieux de ses pères, ce prince put fort bien les regarder comme inférieurs au dieu du Capitole. Or, c'est là tout ce que dit le texte. Aquila a lu le mot *Elohëy au singulier (0sbv Tra-rs'pwv), et la Vulgate a suivi cette leçon : Deum patrum suorum non reputabit. — J Le culte des fem • mes, le désir, l'amour, la passion des femmes. Le mot nTan (désir de...) est ici en connexion avec des objets du culte religieux : le contexte indique qu'il s'agit d'un culte. C'est ce qu'ont très bien vu J. D. Michaelis, Gesenius et d'autres critiques. Cette expression a trait, en effet, au culte des déesses : Mylitta; la Vénus assyrienne, ou Babylonienne, Baaltis, Astarte ou Astoreth des Syriens, Anaïs ou Anaïtis (nommée Nanœa dans II Mach. I, 13-16) des habitants de l'Elymaïde. Antiochus méprisa môme, en effet, le culte de la grande déesse des Orientaux, puisqu'il alla piller un temple d'une de ces déesses dans l'Elymaïde (I Mach., VI, 1; Polybe, XXXII, II). Il ne nous est pas possible de justifier la traduction de la Vulgate : et erit in concupiscentiis fœminarum (et il sera dans les passions des femmes). Le texte dirait plutôt : et il ne sera pas... Mais l'amour effréné d'Antiochus pour les femmes ne permettrait pas d'adopter ce sens. Tout s'explique en admettant qu'il s'agit ici du culte des déesses. — z // n'aura égard à aucun Dieu , car le culte qu'il professait pour un Jupiter ne s'adressait, dans la pensée d'Antiochus, qu'à Antiochus lui-même. C'est Antiochus qu'il faisait adorer sous les traits de Jupiter. Dès lors, en réalité, puisque sous le dieu du Jupiter du Capitole il n'adorait que luimême, l'Ange a pu annoncer qu'il le renierait comme il avait

Page 1