‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 283 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

renié les autres et qu'il n'aurait aucun égard pour un dieu quelconque.

38. Et il révérera le dieu des Mahuzzim* en son lieub; il révérera, avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et des joyaux0, le dieu que ses pères n'ont pas connu.

a Le dieu des Romains. Le texte porte : le dieu des Mahuzzim (DnyP ). Les LXX, Théodotion et la Vulgate ont conservé le mot hébreu et écrit Gebv Maw^l[x, deum Maozim. Aquila rend cette expression par : « le dieu force ». Mais mahuzzim est un nom qualificatif remplissant l'office d'un adjectif qui caractérise le substantif qui précède. On pourrait traduire l'expression du texte par : « le dieu des forteresses », comme l'a interprété saint Jérôme : deum fortitudinum.b En effet, mahoz, tÏ3TQ signifie «forteresse (de *ny il a été fort), au figuré force, défense ». Tout le monde reconnaît qu'il s'agit là d'un dieu particulièrement adoré par Antiochus. On a songé à Mars, le dieu de la guerre (Grotius, Bertholdt, Ch. B. Michaelis, Gesenius, Winer). D'autres ont cru qu'il s'agissait de Jupiter Capitolin (Hàvernick, Dereser, Lengerke, Ewald). Cette dernière opinion nous paraît conforme à l'étymologie du nom de ce dieu et à la vérité historique. En effet, on n'a pas jusqu'ici pris garde que Mahoz est une simple traduction hébraïque decPo>[j.r] (force), nom qui indique une a forteresse », ou de Roma, connue aussi sous le nom de Vaîentia. Les Romains étaient « les habitants delà forteresse ». Or, c'est la même signification que nous offre le substantif Mahuzzim. Il peut être regardé, en effet, comme une patronymique forme de Mahoz. On sait, d'ailleurs, que le temple de Jupiter Capitolin était situé auprès de VArx ou citadelle de Rome. Ainsi, le dieu que les pères d'Antiochus n'avaient pas connu, était Jupiter Capitolin, personnification de Jupiter, de Mars et de Romulus, le dieu de la déesse Force ou de Rome, dans lequel se résumait toute la religion romaine. Antiochus avait vécu à Rome, en qualité d'otage, pendant douze ans, et il avait attribué au Dieu du Capitole les victoires des Romains. L'otage syrien avait vu la statue de ce dieu au Capitole — d'où elle protégeait la ville — et aux monts sacrés d'où elle protégeait le Latium ; Antiochus avait pu voir cette statue adorée par les consuls lorsqu'ils entraient en fonction et par les généraux victorieux qui venaient,

au retour de leur guerre, rendre grâces à ce Jupiter Stator, Victor, Invictus, Praedator, Triomphator, etc. On sait, d'ailleurs, qu'Antiochus envoya par des ambassadeurs des présents à ce' dieu au Capitole, au temple de ce Jupiter à Rome (Tite- Live, 62, 67), et qu'il voulait lui élever un temple à Antioche (Tite-Live, 41, 20). Le dieu spécial d'Antiochus était donc le dieu de Rome conquérante, le dieu qui personnifiait les victoires du peuple romain. Nous n'avons donc pas à nous occuper de l'opinion d'Hitzig qui a décomposé le mot Mahuzzim en mahoz yam,derMeerveste (forteresse delà mer) et qui suppose qu'il s'agit de Melkarth, l'Hercule tjrien. Nous ne faisons que mentionner aussi l'opinion de Porphyre, qui a vu dans le mot Mahuzzim une allusion a Modin, pays des Machabées. Gahen lui-même trouve que « saint Jérôme qualifie avec raison cette opinion de ridicule. » Reuss n'a pas manqué de se méprendre ici comme il le fait généralement, et il traduit : « le dieu d'une forteresse de la mer. » Il ne se donne même pas la peine de dire qu'il emprunte cette opinion à Hitzig, et il traduit ainsi ce passage : « Il honorera le dieu d'une forteresse de la mer en son lieu ». Puis, il donne en note ce commentaire : « Si nous avons raison de voir ici deux dieux différents, le second sera le Jupiter Capitolinus, qu'Antiochus, admirateur de la puissance romaine, honora particulièrement; le premier sera l'Hercule tyrien, Melkart (2 Macc. IV, 18). Seulement nous nous permettrons de lire: une forteresse de la mer, au lieu de : des forteresses (ma'ozz yam, au lieu de ma'ouzzîm). Il n'y a que la voyelle de changée et le mot divisé en deux. Ce changement se justifie par la comparaison de Isaïe XXIII, 4, où la ville de Tyr est appelée la forteresse de la mer, tandis que la mythologie ancienne ne sait rien d'un dieu des forteresses. Notre auteur emprunte beaucoup de locutions aux anciens prophètes. » Mais c'est en vain qu'on veut voir ici une allusion à Hercule; et la conjecture d'Hitzig n'a d'autre fondement qu'un remaniement arbitraire du texte. D'un autre côté, il ne suffit pas qu'Isaïe est appelé Tyr « forteresse de la mer » pour trouver qu'une expression qui, dans Daniel, aurait le sens de « Forteresse de la mer », signifierait la ville de Tyr. Au second livre des Machabées (ch. IV, 18), il n'est pas dit quAntiochus honorait particulièrement l'Hercule tyrien ; on y lit simplement : « Un jour que l'on célébrait à Tyr les jeux qui se font de cinq en cinq ans, et le roi était présent, l'impie Jason envoya... » Reuss se trompe encore lorsqu'il dit que a la mythologie ancienne ne sait rien d'un dieu des forteresses. Il est cepen-

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