CHAPITRE XI
dant avéré que les Grecs ont reconnu et adoré Zeuç 'axpaîbç (Jupiter arcium prseses — dc/.paf arx == mahoz, forteresse). Quand même la mythologie n'eût pas parlé de ce dieu, l'Ange révélateur des temps à venir aurait pu très bien désigner par ce mot le dieu spécial d'Antiochus Epiphane. Enfin, le lecteur peut voir aisément qu'on ne prouve pas que « notre auteur emprunte beaucoup de locutions aux anciens prophètes, » parce que, comme Isaïe, il aurait appelé Tyr « forteresse de la mer ».
Les rationalistes ne manqueront pas de trouver étonnant qu'un prophète hébreu ait pu, au temps de Cyrus, désigner le dieu des Romains et faire allusion au nom de ce peuple en le traduisant dans sa langue. Mais ceux qui n'ont pas les préjugés de ces esprits mesquins et rabougris au sujet de l'inspiration de nos saints Livres, « les intelligents » en un mot, comprendront qu'un vrai prophète a pu désigner, longtemps à l'avance, l'influence qu'auraient un jour un roi de Javan et le peuple romain. Sans doute, à l'époque où vivait Daniel, les Etats qu'il a en vue étaient dans une situation peu importante; mais elle ne suffit pas pour prouver que leur développement futur a dû se trouver en dehors de l'horizon prophétique.
à En son lieu; Vulgate : in loco suo, dans son lieu, dans son Temple. Au verset 21, Daniel a déjà employé l'expression (i33~by) dans ce même sens (à sa place). Comme le mot ip signifie aussi base, on a pu traduire par : sur son piédestal; Rosenmûller : super basi ejus. Ce n'est pas le sens du texte. Antiochus faisait rendre en son nom, à Rome même, un culte au Jupiter des Romains. — c Des choses de désirs, bahamudôt (de hamad, il a désiré).
39. Et il agira contre les forteresses des Romains d à l'aide du dieu étranger; il multipliera l'honneur à celui qui le reconnaîtra ; il les fera dominer sur des multitudes % et il leur distribuera des terres en récompense f.
N. B. Avec ce verset commence — ainsi que nous le montrerons expressément au verset suivant — un résumé du règne d'Antiochus. L'Ange rappelle les excursions et les rapines faites en Egypte, l'entrée en Judée ; en un mot, le temps de prospérité et les crimes commis par le tyran (vss. 39-42). Puis (vss. 44-45), il le montre aboutissant à la culbute et finissant foudroyé par la main divine.
d II agira, il fera (selon sa volonté) contre les forteresses des Mahuzzim ou des Romains. Nous verrons tout à l'heure pourquoi l'Ange désigne les places fortes de l'Egypte sous le nom de « forteresses des Romains. » Auparavant, il sera utile de voir l'embarras où se sont trouvés les traducteurs de ce passage : Les LXX : et il viendra dans une forteresse forte; Théodotion : « et il agira dans les forteresses des refuges ; » la Vulgate : et faciet ut muniat Maozim cum deo alieno (et il fortifiera Maozim avec un dieu étranger) ; Rosenmùller : Et faciet munimentis roborum, i. e. sic aget quod attinet ad munitiones fortissimas, quibus terram suam securam prsestare studebit (vs. 38) una cum deo peregrino, in quo, tanquam regni sui custode, fiduciam ponet. Lengerke entre aussi dans cette pensée, et transformant les « forteresses fortifiées » en « temples, » il suppose quô le sens serait qu'Antiochus fera, pour ces temples et pour le dieu étranger, les choses indiquées au vs. 38, au sujet du « dieu des forteresses » (der Sinn ist ... dass er nUmlich die Tempel der Gôtier mit Schàtzen anfUllt und ihren Cultus anbefiehlt....). Mais sans parler du remplacement arbitraire des « forteresses » par des temples, il faut remarquer qu'il est forcé de suppléer un adverbe koh (ns, ainsi) avant nU5J ce que rien n'autorise. D'ailleurs, dans ce livre, hasah, isolé, a le sens de « faire » ou « d'effectuer » en accomplissant sa volonté, son dessein. Quelquefois ijisn (sa volonté) accompagne ce verbe et indique sa signification ordinaire (il a fait, il a exécuté sa volonté). Hitzig cherche un régime à hasah et il en trouve un en changeant Q7 (avec) en ny (peuple) : a il préparera pour les forteresses fortifiées uu peuple d'un dieu étranger. » Mais il est facile de voir que le changement du texte est arbitraire ; et que l'on ne voit pas à quel événement remarquable pourrait se rattacher ses colons étrangers amenés dans des forteresses. Après avoir avoué qu'il « ne voit pas de quelles forteresses il peut être question et à quelle action il est fait allusion, « Reuss ajoute : « On a proposé de changer la voyelle de la proposition 'im (avec), en ram (peuple), pour obtenir le sens : il fera (procurera) aux forteresses un peuple du dieu étranger, en d'autres termes : il mettra des colons païens dans les villes juives. » Mais tout ce changement est fort inutile : il suffit de donner au mot Mahuzîm le sens qu'il a en hébreu et que l'auteur nous a déjà indiqué au verset 38. Keil donne à notre verset cette signification : « Avec le secours de ce dieu étranger, il agira de telle sorte contre les fortes forteresses qu'il récompensera avec honneur, puissance et richesse ceux qui le reconnaîtront. » Ewald