‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 285 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

traduit ainsi : « Il agit avec les forteresses fortifiées comme aveo le dieu étranger, » c'est-à-dire : « il aime les forteresses seulement comme un dieu. » Mais hasah n'a jamais signifié « il aime ; » et il n'y a rien de bien intelligible dans cette explication. Stuart serre le texte de plus près : « Et il fera (sa volonté) à Tégard des fortifiées places-fortes avec un dieu étranger (And he shall do (his will) in respect to fenced strong-holds with a strange god). » Seulement cette traduction ne saisit pas le sens du mot Mahuzzim. Aussi n'indiqua-t-elle rien de saillant, aucun fait remarquable. C'est, du reste, le défaut de toutes les traductions de ce passage que nous avons pu consulter : le sens spécial que l'Ange donne ici au mot Mahuzzim leur a complètement échappé. Pour comprendre la prophétie, il faut se rappeler que le roi Antiochus eut foi, pendant quelque temps du moins, au dieu des Forteresses ou plutôt au dieu des Romains. Il est, dès lors, facile de comprendre que ce roi ait marché sous les auspices de ce dieu étranger à la conquête des villes fortifiées de l'Egypte. Il a fait ce qui dépendait de lui pour communiquer à ses soldats sa confiance dans ce dieu des conquêtes, des victoires et des rapines. D'un autre côté, nous savons que Ptolémée Physcon et Cléopâtre, sa sœur, avaient envoyé des ambassadeurs au peuple romain dont ils étaient devenus les alliés et les protégés. Dès cette époque, les forteresses de l'Egypte purent être appelées les forteresses des Mahuzzim ou des Romains ; et l'Ange a fait apparaître ce peuple dans le tableau qui s'offrait à la vue de Daniel. Antiochus constata très bien, peu de temps après, cet état de choses, lorsque les ambassadeurs du Sénat romain vinrent lui signifier de cesser ses agressions contre un Etat qu'ils s'étaient chargés de protéger. Antiochus avait pensé que les Romains avaient trop d'affaires sur les bras pour donner du secours à ses neveux : il pouvait croire, en particulier, que la guerre soutenue alors par Rome contre Persée, roi de Macédoine, ne leur en laisserait pas le temps. Mais il se trompa : ce qui donna à Popilius tant de hardiesse et de hauteur et au roi de Syrie tant de souplesse, était la nouvelle qu'on avait reçue tout fraîchement de la grande victoire des Romains sur Persée, roi de Macédoine. La conquête de cette contrée par Paul-Emile avait rendu le nom romain redoutable à toutes les nations, Antiochus dut reconnaître que les forteresses de l'Egypte étaient des « forteresses des Romains. » — e Sur des nombreux, sur la masse du peuple. — f Au sujet de cette distribution de terres en récompense, en payement, l'Ange a peut-être en vue quelques-uns des Juifs qui suivirent Antiochus

et qui adoptèrent son Dieu (cfr. I Mach. III, 32-36). Ces récompenses devaient être le prix de leur prévarication. La Vulgate traduit bimhîr (pro pretio, pro mercede) par gratuito. Mais, dans ce cas, cette expression aurait été précédée de yfc (cfr. I, s, XLV, 43-, LV, i).

40. Et dans le temps de la fin s, le roi du Midi combattra contre luih ; et le roi du Nord viendra comme une tempête contre lui1 : avec des chars, des cavaliers et de nombreux vaisseaux ; il pénétrera dans les contrées ; il inondera et il traversera.

S Le terwps de la fin comprend ici toute l'époque d'Antiochus, comme l'a très bien compris Lengerke : Das Ende (der Tage) ist hier die Période des Antiochus. Cette expression n'indique pas le temps dans lequel devait arriver la mort du tyran, la fin de son règne; elle indique une période qui comprend les divers événements indiqués dans la portion de la prophétie relative à Antiochus. Le temps de la fin (de la vision) embrasse tout le temps qui vit se dérouler les événements du règne d'Antiochus visés aux versets 21-39.

D'où il suit, comme le texte l'indique d'ailleurs, que l'Ange résume et met en relief dans les versets 39-43, les événements du règne d'Antiochus : la vision nous donne là un résumé prophétique du règne de ce roi en appuyant sur deux faits : guerres avec l'Egypte, persécution violente contre l'Eglise juive. C'est ce qu'ont très bien compris Polychronius, Hugues de Saint- Cher, Maldonat, et, parmi les critiques plus récents, Lengerke, Maurer, Hitzig. D'autres commentateurs ont cru voir là une prophétie d'une nouvelle guerre d'Antiochus avec l'Egypte. Porphyre supposa, il est vrai, que le verset 40 annonçait une quatrième expédition du roi de Syrie contre ce pays; et il imagina ensuite que ce roi, dans la onzième année de son règne f165- 164 av. J.-C.) entreprit une nouvelle campagne contre Philométor. Mais cette expédition est purement imaginaire. CJn simple coujj d'œil sur les événements de cette époque le démontre surabondamment. La guerre d'Antiochus avec l'Egypte avait été terminée par l'intervention du peuple romain en 168 avant Jésus- Christ. A l'époque où l'on veut envoyer Antiochus en Egypte, il se dirigeait vers la Perse ; et Lysias, son lieutenant dans les

Page 1