CHAPITRE XI
contrées comprises entre l'Euphrate et les frontières d'Egypte, était assez occupé à diriger la guerre contre les Juifs. Ses généraux et lui-même se faisaient battre par Judas Machabée ; et il eût été de toute impossibilité aux Syriens d'entreprendre, à cette époque, une guerre contre l'Egypte. L'an 165 avant Jésus-Christ, le Temple était restauré. Antiochus, ayant appris les défaites multipliées de ses généraux en Judée, et vaincu lui-môme par les Perses, mourait l'an < 64 ou l'an \ 63. Du reste, il n'est pas besoin de recourir, avec Lengerke, à l'épuisement des armées et des trésors d'Antiochus, car Stuart répond que, envisagée sous ce rapport, une quatrième invasion de l'Egypte par Antiochus n'offre rien qui répugne. Il est facile, en effet, de montrer que, môme après la défaite de Séron, des troupes nombreuses furent mises à la disposition de Lysias, sans parler de celles que le roi Antiochus entraîna en Orient. Il suffit de répondre que — sans parler de la main mise des Romains sur l'Egypte — la suite des événements rapportés par l'histoire s'y oppose. Aussi sommesnous autorisés à rejeter l'opinion de Porphyre comme contraire, non pas seulement à un prétendu silence des historiens sacrés et profanes, mais comme contraire à l'histoire elle-même. Lengerke a raison de dire que ce morceau ne nous offre qu'une courte récapitulation {einekurze Wiederholung) d'événements déjà racontés. Keil dit, il est vrai, que le contenu de ces versets s'oppose à cette interprétation et qu'ils offrent quelque chose de nouveau, quelque chose qui n'a pas été dit encore. Sans doute, la description de l'invasion d'Antiochus en Egypte est indiquée par des images plus vives, comme aussi par une énumération dépeuples qui seront épargnés ou qui suivront le roi de Syrie. Mais tout cela entre dans les cadres qui ont été précédemment établis. Keil n'ayant pas porté son attention de ce côté suppose, avec Kliefoth et avec beaucoup d'anciens interprètes que les versets 40-45 ne s'appliquent qu'à l'Antéchrist. Nous ne saurions adopter cette manière de voir. Ces versets nous offrent une répétition explicative, une affirmation nouvelle des événements déjà décrits du règne d'Antiochus.
Le texte s'explique donc très bien lorsqu'on a compris le sens de behët qëz : dans le temps, la période de la fin, relative à l'histoire d'Antiochus Epiphane, qui vient d'être exposée et qui est résumée dans ces derniers versets. Il faut reconnaître, avec Lengerke, que le texte retrace en quelques mots le tableau des faits et gestes de ce dernier roi. Ce sentiment est exposé par Maurer dans le passage suivant : Quee vs. 40-43, narrantur, Porphyrius
apud Hieronymum « ad Antiochum refert, quod uadecimo anno regni sui rursus contra sororis filium Ptolemseum Philometorem dimicaverit. » Verum nec proditum quicquam est a reliquis scriptoribus de nova Antiochi in Aegyptum expeditione, nec probabile est, domitum a Romanis Antiochum (vid. ad vs. 29) denuo aliquid ausum esse. Videntur potius, quse quatuor his versibus continentur, eadem esse, quse supra legimus de Antiochi expeditionibus, sed brevius dicta; certequse vs. 40, habentur, per omnia conveniunt ad expeditionem in Aegyptum primam ; quse vs. 4i , ad priorem in Judseam irruptionem (vs. 28) ; quse vs. 42. 4 3. ad secundam et tertiam in Aegyptum invasionem. Après avoir exposé (vs. 30) l'arrivée des vaisseaux des Romains et le retour précipité d'Antiochus qui en fut la suite, un pseudo-Daniel se serait bien gardé d'imaginer que ce roi aurait^remis les pieds en Egypte, contrairement aux injonctions du Sénat allié et protecteur avéré des Ptolémées. Il y a d'ailleurs — nous venons de le voir — un moyen de ne pas mettre le texte en désaccord avec les événements. Reuss Ta compris ; mais il lui plaît d'adopter une manière de voir qui lui permette de remâcher des objections chimériques contre l'authenticité et la véracité de notre livre. Voici le trait perfide qu'il lui lance : « A moins de dire que l'auteur revient ici aux guerres d'Antiochus contre l'Egypte, dont il a parlé précédemment, il faudrait admettre qu'il veut peindre un avenir, non encore réalisé de son temps. L'histoire ne sait rien d'une nouvelle guerre contre l'Egypte après celle de l'an 1 68 ; et les autres détails mentionnés dans le texte ne sont pas non plus constatés par des relations authentiques. Nous estimons donc qu'ici l'auteur donne libre carrière à son imagination et fait faire à Antiochus, avant que le décret céleste ne le frappe, de nouvelles expéditions, à la fin desquelles il campera entre Jérusalem et la côte, où sa destinée s'accomplira. Comme ceci est contraire à l'histoire, on voit que nous avons raison de voir ici une prédiction véritable (mais non vraie), et non, comme auparavant, un résumé historique. » Et pourquoi ne pas dire « que l'auteur revient ici aux guerres d'Antiochus contre l'Egypte ? » Reuss a-t-il trouvé quelque argument vainqueur contre l'interprétation que le texte suggère? Non; mais il tient à y introduire quelque chose qui soit « contraire à l'histoire, » et qui lui permette de jacasser à propos d'expéditions qui auraient été prédites et qui n'auraient pas été accomplies, de façon à pouvoir conclure finalement que l'auteur est un faussaire. Malheureusement pour sa thèse, Reuss a négligé d'ôtayer la base de son accusation ; il n'a rien trouvé qui empê-