‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 289 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

i2*TEN. Ce mot a été compris de diverses manières. 1° On l'a rattaché à l'arabe padan qui signifie « palais élevé, citadelle ». La syriaque emploie aussi N-'TSN dans le sens de « palais ». Ce sens est adopté par Gesenius qui compose de pêdën, avec un aleph prosthétique, le mot "nDN (arx, palatium). Il faut reconnaître, d'ailleurs, que l'on trouve ce mot avec cette signification dans le syriaque, chez les auteurs profanes et chez les chrétiens (Chron. Edes. — dans Assemani B. 0. I, 390, — voj. note d'Assemani, p. 392, — Acta. Mari. , I, 1 66, saint Ephrem, II, 393, III, 220; et dans des traductions de la Bible (I Chron. XV, 1, Eccl. XXI, 5) où il est rendu par oTxoçtaepcpavou. Kimchi a donné aussi a 'apadno le sens de « palais », qu'il a emprunté au syriaque et à l'araméen 'apad?ia. Mais il n'a pas bien saisi le sens que le targumiste de Jérémie (XLIII, 10) a attaché à ce vocable, par lequel il a traduit le mot hébreu saprir, qui désigne non pas un « palais », mais un « troue ». Rien n'indique, du reste, que Nabuchodonosor et Antiochus aient traîné après eux a les tentes de leurs palais » ou « des tentes ayant l'ampleur d'un palais. » Mais ce serait là une épithète qui n'offrirait pas un sens bien précis. 2° Les Perses avaient embrouillé la vraie signification de ce mot, et il avait disparu de l'araméen. Les traduteurs grecs ne l'ont pas compris: la version alexandrine l'omet ; Théodotion en fait un nom propre : Apadno ou Ephadano -, Aquila : Aphadano ; Symmaque : ÎTcrcostaafou aùtou (son écurie) -, saint Jérôme : Apadno. La traduction Pesito ne porte pas son attention sur le sens du mot syriaque moderne ; et elle s'en tient au mot padan (plaine, pays plat), traduisant » : dans la plaine », sans tenir compte du suffixe possessif.

3° On sait que le mot hébreu paddan (HS) a été conservé avec le sens de « campagne, plaine », dans le nom propre Padan-Aram (la plaine de la Syrie, le pays plat, cfr. Genèse, XXV, 20, etc. — La plaine de l'Aramée). Ce mot a passé aux Grecs sous la forme rceôfov et 7ïsûov. Se guidant d'après cette étymologie, C.-B. Michaelis a traduit le texte par : tentoria campi sui, tentoria sua campestria. On pourrait ainsi l'entendre des tentes en usage en campagne ou sur les champs de bataille. Mais il n'est pas prouvé que paddan ait eu cette acception métaphorique, et on ne voit pas ce que pourrait signifier l'expression « les tentes de la plaine. »

4° En constatant, que Théodotion a mis 7\7i:aùava> dans sa version, nous avons à nous demander si nous nous trouvons ici en présence d'une tradition relative à une localité de ce nom qui se

serait trouvée en connexion avec la dernière campagne d'Antiochus. Si l'on rattache le nom à'Apadno à l'hébreu paddan (plaine), il ne serait pas étonnant qu'il se retrouvât dans le nom de quelque localité. Procope parle, en effet, d'une ville de Mésopotamie, nommée 'À7t<fôvaç que l'on suppose être le lieu nommé 'AcpaMvw par Ptolémée (lib. V, cap 18), et qui était situé au confluent de l'Euphrate et du Chaboras. On connaît d'autres localités qui ont porté ce nom. Porphyre en place une entre le Tigre et l'Euphrate (voy. saint Jérôme, in loco). On suppose aussi qu'Apaduo entre les (deux) mers désignait le plat pays qui est entre la mer Caspienne et le golfe Persique. Il s'agirait de la Parétécène, dans laquelle Quinte-Ourse place la ville de Tabse, où mourut Antiochus. Tout récemment, Graetz a soutenu que le mot 'apadnâ de notre passage, désigne la ville d'Apfadna en Elymaïde et que le mot ^ dont nous allons nous occuper, n'est qu'une forme de >ÏB, mot qui désigne la ville de Tabse, située également en Perse. (Monatschrift f. Gesch, und Wissenschaft des Judenthums, 32e année, n° 6). Il résulterait de là, d'après ce critique, qu'Antiochus aurait pillé le temple d'Apfadna ou Apadno, et non celui de Persépolis, avant d'aller mourir à Tabées. Mais il faut reconnaître que la construction hébraïque actuelle s'oppose à ce qu'on fasse à' 'apadno un nom propre.

50 II serait étonnant que, pour expliquer ce mot, on n'eut pas eu recours à la langue perse. Car, évidemment, ce sont les Perses qui ont inventé les tentes royales ; les trônes des souverains, etc., etc. Beaucoup de nos lettrés, ignorant les civilisations assyrienne et chaldéenne, attribuent toutes les institutions anciennes aux Perses ou aux Grecs. 11 en est d'autres qui, plus instruits, sous ce rapport, sont néanmoins trop enclins à persaniser. C'est ce qu'ils ont fait au sujet du mot apadna. Dégageons sur ce point ce qui est certain de ce qui ne l'est pas. Oppert a donné le sens de « salle du trône » au mot apadâna, écrit en caractères améiformes sur des monuments de Persépolis. De son côté, à propos de l'architecture des Achéménides, Dieulafoy à été amené à appliquer le mot apadâna, qu'on trouve dans une inscription de Suse, à une construction d'une salle hypostyle flanquée de deux portiques. Ainsi, le mot Apadâna désigne une salle du trône dans laquelle les souverains perses donnaient leurs audiences solennelles. Dans sa description du Memnonium ou palais des rois de Perse à Suse, Dieulafoy indique ce trait particulier, au sujet de Yapadâna : « Cet édifice ressemblait, par sa disposition et son architecture hypostyle, à un temple grec.

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