‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 290 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le roi occupait dans le tabernacle la place de la statue divine » (Etudes juives, ann. 4868, p. COLXXV). Nous apprenons ainsi que c'est devant le tabernacle consacré au roi Darius divinisé, que défilèrent les ambassadeurs des Etats de la Grèce.

Mais, d'un autre côté, d'après le sens du mot saprir (trône royal, tabernacle royal), que le Targutn ou commentaire araméen, de la prophétie de Jérémie (XLIII, 10), traduit par apadnay nous croyons être autorisé à regarder l'expression du livre de Daniel, comme ayant le sens précis de trône royal. L'Eternel s'exprime, en effet, ainsi, dans ce passage de Jérémie : « Je vais mander et faire venir Nabuchodonosor... ; je mettrai son trône sur ces pierres que j'ai cachées, et il y établira le siège de sa puissance ». Saint Jérôme a très bien traduit ce mot par « trône » : Apedno verbum compositum est, quod si dividas, intelligi potest Gpôvou aùiou, id est solii sui. Le saprir dont parle Jérémie était, en effet, un trône royal, splendide et superbe, que les rois chaldéens emmenaient avec eux, et sur lequel ils s'asseyaient pour juger les rebellées et pour recevoir les hommages, les adorations de leurs sujets, et aussi la soumission des vaincus. Mais en dehors de ce trône roulant, les rois assyriochaldéens avaient, dans leurs palais, des trônes stables et permanents. On comprend qu'un trône de ce genre ait donné son nom à une salle (la salle du trône) et qu'il ait pris le sens plus étendu de salle d'apparat.

6° Mais si nous sommes d'accord avec les érudits que nous avons déjà mentionnés, au sujet du sens qu'avait pris du temps des Perses le mot apadâna, nous ne voyons rien qui nous oblige à adopter, pour son étymologie, les assertions que voici et qui ont été émises à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (en 1884) : « Le mot est perse d'origine comme l'édifice l'est par destination. La version assyrienne reproduit le mot Apodàna. » Ce raisonnement ne nous paraît pas concluant. De ce que l'édifice, construit par un roi de Perse, offre une salle du trône nommée apadâna, il ne suit pas que le nom de cette salle du trône ou de ce trône soit un mot d'origine perse. Les Perses se sont assis sur les trônes des Assyrio-Chaldéns ; et ils ont fort bien pu leur emprunter, avec les trônes, le nom même de ces trônes. Il faudrait prouver que l'hébreu ^affêden et l'araméen 'affadna' viennent du perse apadâna. J. Halévy dit : « Cela est certain ». Sans doute, il peut dire que, « au point de vue perse, apa-dâna ne peut signifier autre chose que « édifice élevé » (1). Mais la

(1) Une autre étymologie persane avait été déjà proposée. On sait que, en persan, abâd signifie « ville », c'est-à-dire lieu « où il y a de

signification persane ne s'est-elle pas greffée, sur un mot, peu différent, d'origine sémitique? Nous avons déjà donné de nombreux exemples de ces transformations et adaptations de mots (voy. Introd.j p. 86-101) : ils suffisent pour nous tenir en garde et ne pas précipiter notre jugement au sujet du nom qui nous occupe en ce moment. Ignorant le sens étymologique du mot araméén ('affadna\ trône), les Perses ont fort bien pu le modifier légèrement, afin de lui donner une étymolôgie qui eût un sens dans leur propre langue. Pour établir le contraire, on ne saurait s'appuyer sur l'inscription de Suse, dans laquelle Artaxerxès II dit : « Cet (édifice^ nommé apadâna, mon trisaïeul Darius l'avait construit sur la montagne; au temps d'Artaxerxès, mon aïeul, le feu l'a détruit. Par la protection d'Ahuramazdà, d'Anahita et de Mithra, j'ai reconstruit cet édifice nommé Apadâna. » On pourrait tout aussi bien en conclure que le roi, répétant deux fois ce nom, en disant qu'il se « nommait », semble indiquer, par cette insistance, que ce nom n'était pas persan. Quoi qu'il en soit, nous pouvons parfaitement admettre que sous les Achéménides, le sens étymologique araméen à'apadna ayant été oublié, on l'avait^ rapproché d'une forme orthographique qui permît à une étymolôgie populaire de se produire dans la langue des Perses.

1°Apadna, hébreu ^affedèn, peut fort bien, en effet, être ramené à une origine sémitique. Le sens propre de la racine' de ce mot indique une « chose élevée ». En arabe, padan signifie « étendre en haut une construction » — alte exstruxit — et on en dérive un

l'eau » : de ab (eau) et du suffixe âd qui indique la possession (en sanscrit, at et ant). On emploie aussi, dans la même langue, le mot abdân (lieu contenant de l'eau) comme synonyme de abâd. Réfléchissant sur ces étymologies, Reynaud {Mémoire sur le commencement et la fin du royaume de la Mésène, etc.), est étonné « qu'on n'ait pas rattaché au mot abdân le mot p^^, qui est cité par le prophète Daniel»; et il ajoute : « Je traduis ainsi le commencement de ce verset: Et il dressera les pavillons de son abdân ou lieu de plaisance. U abdân était un lieu découvert, arrosé d'eau et d'un site agréable où les rois et les grands allaient passer la belle saison sous des tentes avec la faculté de se déplacer à volonté. Quant au ferdous ou paradis, dans l'antiquité, c'était un lieu clos et planté d'arbres, disposé pour la promenade et la chasse » (p. 88). — Il ne sera pas inutile d'ajouter que le groupe d'appartements qui comprend Y Apadâna ou salle de trône de Darius à Suse, faisait partie d'un édifice élevé au milieu d'une espèce de paradis, au milieu de jardins., de bosquets.

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