CHAPITRE VIII
la vision a pour but d'en marquer les étapes. Cette première partie n'intéressait que secondairement le peuple juif. Au fond, il devait lui paraître peu important qu'Alexandre vainquit Darius Codoman et que la domination des Grecs succédât à celle des Perses. La vision a surtout pour objet les événements de la fin, la période qui comprend le règne du tyran représenté par la petite corne. C'est le dénouement qui est le point capital du drame : le reste n'est que le prologue. Kuenen le reconnaît lui-même. «Il est évident, dit-il, que tout ce qui précède ne doit servir que d'introduction à ce qui a été et va être dit sur Antiochus Epiphane. Non seulement c'est sur ce roi que l'auteur insiste particulièrement (vs. 9-14, 23-26), mais aux vss. 47, 4 9, l'Ange affirme à deux reprises que la vision entière se rapporte à la /?n, c'est-à-dire, d'après le verset 23, aux actes d'Antiochus Epiphane et à la chute de la monarchie grecque» [Hist. crit., p. 522). C'est très exact et nous n'aurons d'observations à faire que sur le mot * chute » qui pourrait être mal interprété : le texte nous dira seulement que la persécution d'Antiochus aurait lieu dans un temps où l'empire grec serait à son déclin.
L'Ange apprend donc à Daniel que, dans le spectable qui lui est offert et dont les tableaux étaient présents à son esprit, c'est le tableau de la fin qui doit surtout attirer son attention : la période décrite dans les versets 9-14, qui ont trait aux agissements d'Antiochus dans la ville sainte et dans le Temple du Très-Haut. Daniel devait s'intéresser surtout à la péripétie et être attentif à la scène capitale et dominante qui était la partie la plus importante de la vision. Ce qui devait, en effet, préoccuper Daniel c'était la profanation du Temple, la suppression du tamîd, l'inculte faite au Très-Haut et la persécution des saints. Aussi, après avoir appris à Daniel qu'il y aura un empire médo-perse-, puis, un empire grec duquel sortira un roi dur de visage, un cruel persécuteur, la révélation s'arrête aux faits et gestes de ce monstrueux personnage. Ce sont ses attentats contre le Très- Haut et contre son peuple qui constituent le point culminant de la vision. C'est pourquoi, l'Ange explique très bien ce qu'il entend par « le temps de la fin, » en désignant, au verset 4 9, cette période par l'expression « la postériorité de l'indignation, » expression qui, d'après le contexte, ne peut signifier que la fin de la calamité qui signala le règne d'Antiochus Epiphane. Ce n'était donc pas sans raison que l'Ange disait à Daniel de « faire attention, » de bien comprendre la partie de la vision
qui avait pour objet les événements de la fin. Il s'agissait là des épreuves que devaient subir les juifs à une époque antérieure à la venue du Messie. Mais, d'un autre côté, la vision se termine par une prédiction relative à la fin de la persécution : on aperçoit une lueur à l'horizon. L'Ange apprend à Daniel et aux Juifs qui liront son livre, que le temps du scandale finira par la mort miraculeuse du persécuteur. En attirant l'attention sur le « temps de la fin, » Gabriel engage les Juifs à ne pas désespérer, et à porter sur ce point une attention particulière : Prospice finem !
L-e temps de la fin (de la vision) n'est ni l'avènement du règne messianique, ni la fin des temps. — Par elle môme l'expression het qe'z n'indique pas la fin des temps ou «la fin» absolument parlant. Moses Stuart trouve que cette locution présente plus de difficulté qu'on ne le supposerait à première vue -, et après s'être demandé s'il s'agit d'Antiochus, d'un temps de trouble, de la fin du monde, il écarte cette dernière hypothèse « car, dit-il, dans le ch. VIIT, la période messianique n'est pas indiquée, comme clôturant la vision, et que cependant le règne messianique est lui-même la fin ou le dernier temps du monde. » ( Not the end of the world ; for in ch. VIII, no Messianic period is developed at the close of its prédictions, and jet the Messianic reign is itself the end or last time of the world, p. 241). Ce critique a ensuite très bien conclu de cette observation que « la vision elle-même, en fait, s'étend seulement à la fin de ces afflictions particulières qui devaient arriver au peuple juif avant la période messianique, et qui forment le sujet capital de la prophétie à cause de leur importance» (The vision itself in fact reaches only to the end of those spécial afflictions, that are to corne on the people of the Jews hefore the Messianic période, and which are made the subject of prophecy because of their importance).
Beaucoup de rationalistes, néanmoins, n'ont pas compris le sens de cette expression , et ils n'en ont pas saisi la portée parce qu'ils l'ont considérée hors de son cadre. Ils ont agi à la façon d'un critique qui donnerait aux expressions « fin d'une saison, fin d'une année, fin d'un siècle, » le sens de « fin des temps, fin du monde. » Ainsi, Gesenius englobe sous une même étiquette les expressions yp ny (Dan. VIII, 17; XI, 35, 40; XII, 4) ; môhêd qe'z (VIII, 4 9), qe'z haiîamin (XII, 13) et le simple yn XI, 27; il les présente comme indiquant : tempus extremum, de tempore calamitoso, diem Jovse et Messise adventum