CHAPITRE XI
mot qui signifie « citadelle, palais », « tour élevée ». De la môme racine on a très bien pu dériver un mot qui signifiait « un palais bâti en haut » et un « trône élevé ». Un trône offre l'idée d'élévation (cfr. altare, objet élevé sur lequel on faisait brûler des victimes). Sur son trône, le roi apparaissait élevé de terre, porté en haut et dominant ses sujets ou ses adorateurs.
D'un autre côté, il peut se faire qu'il s'agisse d'un trône élevé sur lequel était un vélum, un ciel, un dais recouvert de draperies ou de riches étoffes. Dans ce cas, ''apadna'* se rattacherait à la racine TDN% amicivit, accinœit, qui a pris le sens de se revêtir de Vëphod, vêtement des pontifes, mais qui a dû avoir primitivement le sens de « ceindre, vêtir. » Quoi qu'il en soit de l'une ou de l'autre de ces étymologies, le texte de Daniel parle ici d'un « trône » qui était dans la tente d'Antiochus. Ce roi se faisait suivre en campagne d'une tente dans laquelle était un trône royal. Le dieu Epiphane était là comme dans un tabernacle, exposé aux adorations de ses sujets. En nous conservant un ancien mot araméen, le texte nous fait mieux comprendre le tableau concernant le jugement de Dieu sur Antiochus.
"Entre les mers. L'Ange indique ici une station d'Antiochus située entre des mers. On a voulu la trouver en Palestine, et on a torturé le texte bien inutilement. Supposant que u2>13*. mers, peut se prendre poétiquement au pluriel pour désigner de grandes masses d'eau, la grande mer, Rosenmùller veut que le subst. îammîm désigne la Méditerranée : Nomen Q>î2> maria hic poetice de mari méditer raneo dicitur ob amplitudinem suam in plurali usurpatum. Mais il est par trop ridicule de planter des tentes au milieu de la mer. Il est vrai qu'il pense que le lamed devant har, montagne, désigne le terme opposé à « mers ». Il traduit le lamed par « jusqu'à », et il dit : Et hic quidem ita est concipiendum : intervallum marium usque ad montem, i. e. maria inter et montem. Mais le texte ne dit pas cela ; il dit : « entre les mers, vers la montagne». Que voudrait dire : « entre les mers jusqu'à la montagne? » N'ayant pas compris non plus l'indication donnée par l'Ange, d'autres commentateurs ont pensé qu'il s'agissait de la Méditerranée et de la petite mer de Tibériade (le lac de Génésareth). Quelques autres remplacent cette dernière par la mer Morte. Il est cependant facile de voir qu'aucune de ces interprétations n'est possible. Au verset précédent, il est dit que, par suite de mauvaises nouvelles venues de l'est et du nord, Antiochus est parti pour aller massacrer et détruire des multitudes. Un pseudo- Daniel écrivant du temps des Mâcha-
bées n'aurait pas pu ignorer qu'Antiochus n'était pas lui-môme à la tête de l'armée syrienne qui traquait les Juifs en Palestine. Depuis l'an 168, il ne parut ni en Egypte ni en Judée ; il résidait à Antioche, et c'est de là qu'il partit {veya'zaî) pour aller combattre les révoltés de l'Arménie et de la Perse. Keil s'est donc imaginé, bien à tort, que l'Ange localise près de la montagne du temple la scène de la mort d'Antiochus. Il croit qu'il y a ici un tableau analogue à ceux des prophètes qui établissent le jugement de Dieu sur le monde dans la vallée de Josapbat ou à Jérusalem même (cfr. Joël, IV, 2 et ss.; Zach., XIV, 2; Ezéch., XXXIX, 4), et il se sert ds ce rapprochement pour conclure que tout ce passage se rapporte à l'Antéchrist. Mais on peut aisément constater que le texte n'offre rien qui autorise ce sentiment. L'Ange nous représente Antiochus effrayé, et il ne nous permet pas de supposer qu'il aurait continué à rester en Palestine en présence des agissements des Parthes et des Arméniens.
On a, d'ailleurs, supposé aussi sans fondement que, d'après le texte, Antiochus serait mort dans une localité de la Pérée connue sous le nom de Tabae. On voit, d'après Polybe, que ce roi mourut dans un lieu de ce nom situé en Perse : 'Ev Tdtëccis T7jç IKpaiBoç 'eç&iTis xbv 6(ov (lib. XXXI, 11, tom. IV, p. 513, édit. Schweigh). Cette localité est aussi mentionnée par Quinte- Curce (lib. V, c. XIII). Comme le texte offre ci-après le mot zebi, on a supposé que le tsadê se traduisant tantôt par un t et tantôt par s ou z, il y avait là une indication de Tabse. Puis, sans autre fondement qu'une simple assonance, on a voulu que le Tabse palestinien fut donné comme le lieu où le roi de Syrie devait buccomber. Mais le texte a prévenu cette combinaison et Ta réfutée, en faisant partir ce roi vers les contrées du Nord et de l'Orient, et montrant ainsi que le persécuteur des Juifs fidèles trouva une mort misérable dans une expédition lointaine (1).
(1) Chemin faisant nous croyons devoir résoudre un problème relatif au temple d'une ville de l'Elymaïde dont les richesses avaient excité les convoitises d'Antiochus. Appien (Syr., p. 131), Diodore (XIX), Polybe {Fragm., h. I, 31), Strabon (XVI, I), Josèphe (A/itiqq., XII, IX), racontent à peu de différence près, comme le livre des Machabées, le fait du pillage d'un temple par Antiochus Epiphane. Mais ils ne donnent pas le nom du lieu où se trouvait ce temple ; ils se contentent de désigner d'une manière générale l'Elymaïde. Ainsi, Polybe dit que Antiochus, ayant besoin d'argent, entreprit une expédition contre le temple de Diane en Elymaïde ($?ç xrjv