CHAPITRE XI
Ainsi, ce roi sanguinaire et blasphémateur, atteint d'un mal affreux, périt misérablement et dans le plus complet abandon (II, Mach. IX, 5).
Les versets 2-1-15 se rattachent, d'après le sens littéral, h Antiochus Epiphane ; mais ils offrent quelques traits qui atteignent, par ricochet, l'Antéchrist île la fin des temps. -— Il est manifeste que cette prophétie concorde dans les plus petits détails avec l'histoire du règne d'Antiochus. La lutte qui devait avoir lieu entre la Sjrie et l'Egypte y est décrite et on y voit, mentionnées d'avance, les batailles, les conquêtes et les alliances. Les insuccès n'y sont pas non plus oubliés. La persécution féroce du roi syrien contre les Israélites fidèles, est parfaitement indiquée, ainsi que le châtiment de ce cruel despote. Toutefois, quoiqu'il soit de toute évidence que cette prophétie s'applique au règne d'Antiochus, il s'est produit cinq opinions à ce sujet : 1° Quelques écrivains ont pensé que tout ce passage se rapporte à Antiochus, sans qu'il y soit fait aucune allusion, môme indirecte et typique, à l'Antéchrist. De sorte que, si l'on fait de ce roi le type de l'Antéchrist, on le fait en dehors de la pensée de Daniel. Tel paraît avoir été le sentiment de Porphyre; 2« Quelques commentateurs ont supposé, par contre, qu'il s'agit, dans cette description, de l'Antéchrist seulement. Saint Jérôme nous fait connaître cette opinion, dans le passage suivant : « Jusqu'ici (vs. 2i), l'ordre de l'histoire est suivi, et il n'y a aucune différence entre Porphyre et les nôtres. Quant à ce qui suit, jusqu'à la fin du volume, il l'applique à Antiochus Epiphane' frère de Séleucus... Mais les nôtres rapportent tout cela à l'Antéchrist... Si l'on demande pourquoi le prophète passe sous silence un si grand nombre de rois depuis Séleucus jusqu'à la fin du monde, ils répondent que telle est l'habitude de l'Ecriture ; ainsi, pour les rois de Perse, après avoir nommé quatre rois après Cyrus, elle passe de suite à Alexandre (1). » Il serait cependant difficile de motiver ici cette interruption qui irait de Séleucus à la fin du monde. Sans doute, il y a quelquefois, dans la Sainte Ecriture, des lacunes voulues, des sauts, qui ont une raison d'être indiquée par le texte. Ainsi, nous avons vu que
(1) Hucusque ordo historiœ sequitur, et inter Porphyrium ac nostros, nulla contentio est. Caetera quœ sequuntur usque ad finem voluminis, ille interpretatur super persona Antiochi qui cognominatus est Epiphanes... Nostri autem hœc omnia de Antechristo prophetari arbitrantur qui ultimo tempore futurus est.
l'esprit prophétique est passé tout d'un coup de Xerxès à Alexandre, omettant ainsi neuf rois de Perse. Mais le texte luimême nous a montré que la prophétie n'a pas en vue de suivre là, dans tous ses détails, l'ordre de l'histoire : il lui suffisait de mentionner ce qui se rattachait à son principal dessein, savoir: la lutte engagée entre les Perses et les Grecs et le dénouement qu'elle devait avoir. Aussi croyons-nous que, tout en admettant un rapport de la prophétie à l'Antéchrist, les adversaires de Porphyre n'en reconnaissaient pas moins que ie sens littéral avait pour objet Antiochus ; 3° une autre opinion admet un sens littéral et un sens typique. Saint Jérôme lui-même nous fait savoir, en effet, que les écrivains ecclésiastiques, dont il rapporte l'opinion, n'enlevaient pas le sens littéral, d'après lequel ces passages visent le roi syrien : ils disaient qu'il s'agit là d'Antiochus et de l'Antéchrist : cumque multa quse postea lecturi et exposituri sumus, super Antiochi persona conveniant, typum volunt Antechristi habere : et quse in illo ex parte prœcesserint, in Antechristo ex toto esse complenda. Et hune esse morem Scripturse sanctse ut futurorum veritatem prsemittat in typis... Sic et Antichristus pessimum regem Antiochum, qui sanctos persecutus est, templumque violavit, recte typum sui habuisse credendus est. Ce principe est incontestable. Antiochus a dûment été regardé par les Pères comme le type de l'Antéchrist. Il suffit donc, pour l'intelligence des versets 21-45, d'admettre que cette prophétie, considérée dans son sens littéral, a eu son accomplissement dans la personne d'Antiochus ; mais que ce roi est la figure de l'ennemi du christianisme qui paraîtra vers les derniers jours. Telle est, au fond, l'opinion de saint Jérôme et de Théodoret. C'est seulement dans ce sens que Calovius aurait pu dire : Tum Hieronymus, tum Theodoretus, et alii tam veteres, quam récentes, unanimi consensu de Antechristo agi statuunt. L'Antéchrist y est visé en tant que le roi de Syrie est le type de l'être immonde qui provoquera le combat final contre le Christ et les saints des derniers temps. Le grand docteur Dalmate le comprit si bien, qu'il voulut, dans son commentaire, exposer les deux opinions (1), et qu'il répondait à Porphyre, à propos d'un passage que ce pseudo-critique appliquait à Antiochus : Pone haec dici de Antiocho, quid nocet reli-
(1) Sequamur igitur expositionis ordinem, et juxta utramque explanationem, quid adversariis quid nostris videatur, breviter annotemus.