CHAPITRE XII
comme sjnchroniques. Cette connexion nous explique seulement comment l'Ange passe immédiatement d'Antiochus à l'Antéchrist : d'un cruel ennemi du peuple de Dieu, au plus détestable persécuteur des chrétiens, et aux faits relatifs au second avènement du Messie. Ce sont deux tableaux qui, bien que représentant des événements séparés par de longs intervalles, n'en sont pas moins unis, comme dit Maldonat, par une ressemblance qui les rapproche dans la pensée : Duo disjunctissima temporel in unum propter similitudinem conjungens. L'Ange nous offre, en effet, des plans prophétiquement espacés et qu'il faut voir en perspective.
Un autre procédé de l'esprit prophétique, d'après lequel des révélations messianiques sont fréquemment associées à des prédictions d'un ordre différent et dont l'accomplissement est peu éloigné , démontre aussi que le ch. XII est indépendant du ch. XI. — Les prophéties offrent souvent, en effet, deux parties : des événements séparés par des siècles sont représentés dans des tableaux juxtaposés. Le voyant indique une actualité au premier plan, et puis, comme couronnement, il porte l'esprit sur un tableau messianique. Il faut donc se rendre compte de ce procédé employé par les prophètes. Si nous ne le saisissions pas, nous nous donnerions le tort de considérer dans un ordre chronologique des faits qui ne sont associés que dans un ordre didactique. Les prophètes ne nous donnent pas ces événements comme contemporains les uns des autres. Après avoir annoncé quelques faits de l'histoire qu'ils ont en vue , ils reçoivent très souvent une inspiration qui les porte à terminer leurs prophéties par un regard jeté sur les temps messianiques. Un critique, peu expérimenté dans ces matières, pourrait, seul, croire que le règne messianique est ainsi annoncé comme immédiatement rattaché à un fait, dont il est cependant éloigné par un laps de temps considérable. On ne peut donc juger ces choses que d'après une connaissance exacte de la méthode prophétique et conformément aux habitudes des écrivains sacrés, qui ont toujours en vue la réalisation de la grande promesse. La période messianique est, en effet, un des termes ordinaires de toute la prophétie : c'est, dans l'horizon de l'avenir, le point lumineux, éclatant, le but lointain et sublime vers lequel s'élance la pensée des prophètes. Le règne messianique tombait sous leur rayon visuel, quoiqu'il ne dût pas arriver dans un temps très rapproché. Lorsque l'Eternel voulait visiter son peuple par une calamité publique, il lui envoyait un prophète
qui, après avoir contemplé le présent sombre, reportait le regard sur un avenir radieux , et était chargé de consoler les coupables par une promesse qui élevait leur pensée à l'attente du Messie. Moses Stuart, qui s'est égaré au sujet des quatre empires et de la prophétie des soixante-dix semaines qu'il a voulu faire aboutir au temps d'Antiochus, mais qui a néanmoins maintenu l'authenticité du livre de Daniel, expose très correctement la vraie méthode du prophétisme. Après avoir accordé que « dans l'ordre de la révélation (in the order of disclosure) la vision du ch. XII, vient immédiatement après celle du ch. XI le professeur d'Andover s'exprime ainsi : a C'est le procédé de tous les prophètes à propos des événements les plus divers. Isaïe (ch. III) fait suivre d'une prédiction messianique le sévère châtiment des Juifs prévaricateurs de son temps. Au récit de l'invasion assyrienne (chap. VII, VIII) est jointe une des plus frappantes prophéties messianiques (ch. IV, 1-7). La fin de l'invasion assyrienne, au ch. X, est unie avec une magnifique prédiction de la même nature, dans le ch. XI. A la prédiction de la ruine de l'Idumée (ch. XXXIV) est ajoutée une prédiction messianique (ch. XXXV). Dans les chapitres (XL- LXVI, le retour de la captivité est en connexion avec les temps messianiques. Dans Jérémie, des promesses relatives aux temps évangéliques sont attachées à la pénitence d'Israël alors infidèles (ch. III). Au chap. XXIII, le Germe doit régner, lorsque les Juifs épars auront été rappelés. Aux ch. XXXI, XXXII, XXXIII, les mêmes choses sont répétées en substance, dans la même liaison. Il en est de même d'Ezéchiel aux ch. XXXIV et XXXVII. Dans Joël (ch. II) les temps évangéliques sont prédits en connexion avec une délivrance de sécheresse et de sauterelles. Chez le même prophète (ch. III) , la période messianique suit la défaite des nations voisines qui attaquent Jérusalem. Dans Amos (ch. IX), la même période suit la punition et le repentir. Dans Michée, IV, 5, elle suit un temps de châtiment et de désolation. Dans Aggée (chap. Il), les temps évangéliques viennent à la suite de l'achèvement du temple, après « un peu de temps ». Dans Zacharie, ils suivent le temps du retour de la captivité (ch. II), et, dans les ch. III, XII, XIV, ils suivent la victoire sur des nations étrangères qui avaient affligé les Juifs. Mais dans Malachie (ch. III et IV), et presque là seulement dans les prophètes, la venue du Messie est eu rapport avec des circonstances spéciales. Tels sont les procédés que les prophètes nous dévoilent. Peut-on dire que Daniel agit d'une façon étrange et propre à lui, lorsqu'il associe les temps messianiques