‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 300 sur 318 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

avec des événements historiques définis ? Ce serait émettre une assertion entièrement contraire à toute la teneur des prophètes. Nous venons de le voir, Daniel suit à cet égard le même plan que les autres prophètes. Le blâme qu'on jetterait sur Daniel à ce sujet, atteindrait tous les autres... S'ils ont eu tort tous ensemble, c'est une autre affaire. Mais mon but actuel est de montrer que Daniel se tient sur la même plate-forme que ses frères » (4). Evidemment la méthode suivie dans le livre de Daniel ne peut pas servir de base à un argument pour prouver la modernité de la composition du livre. Cette méthode montre, d'ailleurs, très bien que le rapprochement des ch. XI et XII ne prouve pas que l'auteur ait représenté le règne messianique comme apparaissant immédiatement après la mort d'Antiochus. Mais nous allons plus loin et nous sommes tenus de comprendre comment, dans les Ecritures dictées par l'Esprit de Dieu, la prophétie messianique se mêle à tout. Il fallait montrer aux Juifs que les intérêts terrestres étaient subordonnés aux intérêts religieux et qu'il ne fallait pas séparer la patrie céleste de la patrie terrestre. C'est pourquoi, chez les prophètes, tout tend au Messie. Après avoir reproché à Israël ses forfaits et à la maison de Jacob ses iniquités, ces héritiers de Moïse font entrevoir le règne du Messie, manifestation suprême de la miséricorde de Dieu, de sa sollicitude pour son peuple. Les perspectives messianiques était ainsi le principal thème qui couronnait les pré-

(1) But such is the case, also, in ail the prophets, whatever the events may be. In Isa. iii. the Messianic day follows the serere punishment of the then offending Jews. With the Assyrian invasion, in ch. vii. viii., is connected one of the most striking of ail the Messianic prophecies, Isa, 9 : 1-7. With the end of the Assyrian invasion, in ch. X., is united another magnificent prédiction of the same nature, in ch. XI. With the overthrow of Idumea, ch. XXXIV. is united a Messianic prédiction, ch. XXXV. In ch. XL-LXVI. the return from exile in constanly connected with the Messianic times. In Jeremiah, promises of gospel-times are attached to the pénitence of Israël then backsliding... Such is the view which the prophets afford us. To say now that Daniel is strange or peculiar, in regard to associating the Messianic times with definite historical events, is to say what is plainly against the whole ténor of the prophets. We havejust seen this. If Daniel is in the wrong, they arc equally so. If he has mistaken or misrepresented the matter, so hâve they ; and some of them , e. g. Isaiah, hâve misrepresented it even more abundantly than he. If they are ail in the wrong, that is another affair. My présent business is, to show that Daniel stands on the same platform as his brethren.

dictions des prophètes. Albert Réville a été amené à faire la remarque suivante, qui constate le fait dont nous nous occupons : « L'espérance messianique en général est pour les prophètes quelque chose d'analogue à la prédiction de la vie future chez les orateurs chrétiens, un motif d'action, une promesse ou une menace, une péroraison qui console ou qui encourage. Le sujet proprement dit du prophète est presque toujours autre [Revue des Deux-Mondes, juin 1867, p. 838). Mais les prédictions qui avaient pour but de réveiller l'espérance messianique n'avaient pas seulement pour but de consoler, d'encourager : elles étaient faites surtout dans le but de relever, de vivifier le judaïsme, dont la conception messianique formait la base. Il suivait de là que les visions des prophètes annonçaient des choses différentes : un fait prochain en même temps qu'un fait encore éloigné. C'est ainsi que, dans les visions de Daniel, Dieu lui a montré des événements qui devaient se produire dans le lointain des âges ; et que, à côté des vicissitudes que le peuple hébreu devait traverser, les prophéties messianiques relatives aux divers avènements du Messie se trouvent mêlées.

C'est, du reste, le même procédé que le Sauveur emploie luimême, lorsqu'il parle, d'une façon analogue, de son second avènement. Le divin Maître présente en un seul et même grand tableau la ruine de Jérusalem et celle du monde, son retour, c'est-à-dire le jugement d'Israël — lorsqu'il vint au siège de Jérusalem en tant que ZVa^foMe-Venant (voj. pp. 1032-1033) — et la catastrophe finale qui commencera le règne messianique glorieux. La ruine de Jérusalem était considérée, dans ce discours du divin Maître, comme une image prophétique du jugement dernier et universel, qui ne devait cependant venir qu'après « le temps des Gentils » (Luc, XXI, 24). De même aussi, dans saint Paul et dans saint Jean, l'avènement du Seigneur est, en apparence, mis en connexion avec certains faits ou avec certains personnages des temps apostoliques, ou du moins peu éloignés ; et cependant ces apôtres indiquent eux-mêmes, expressément, que la venue du Messie n'aurait pas lieu immédiatement après les faits qu'ils annonçaient. Ce procédé si général, si uniforme, devait avoir un principe commun à la base de tout l'ensemble. Nous avons indiqué ce principe et expliqué les procédés prophétiques ; et nous avons vu comment Jésus-Christ lui-même a suivi cette méthode, en juxtaposant, dans la même prédiction, la ruine de Jérusalem et la ruine finale du monde, l'une étant la figure de l'autre. De même, dans les paroles de l'Ange à Daniel, nous

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