CHAPITRE XII
trouvons deux récits juxtaposés. Le premier nous offre Antiochus, orgueilleux et luxurieux, ne connaissant d'autre loi que lui-môme, mourant tout à coup, frappé de Dieu et figurant cet homme de péché qui se révélera à la fin des temps, de ce fils de perdition, de cet adversaire, de ce Satan qui s'élèvera au-dessus de Dieu, de cet Antéchrist qui exercera une persécution si violente que jamais il n'y aura eu une persécution pareille, et que le Seigneur tuera par le souffle de son avènement (II Thessal., II, 9). Nous sommes donc ainsi amenés à comprendre le procédé et le motif d'après lequel, après avoir parlé de la mort d'Antiochns, le prophète est transporté soudain à la fin du monde. Les événements futurs sont racontés, dans nos deux chapitres, non d'après la suite apparente des dates, mais d'après des associations d'idées et comme deux tableaux qui se correspondront dans la suite des âges et à des époques séparées par un intervalle que la vision ne fixe pas.
Sens de l'expression « en ee temps », par laquelle débute la Révélation du cltapitre XII. — L'expression bahet haM (en ce temps) ne nous impose pas un lien chronologique entre les chapitres XI et XII. On méconnaîtrait les lois de la critique, si l'on supposait qu'elle se rapporte toujours à un temps indiqué précédemment. L'analogie des Ecritures — ce principe fondamental de l'exégèse biblique — doit nous guider dans cette matière. Or, il est facile de montrer que, dans le langage des prophètes, l'expression « en ce temps-là » a un sens mystique, un sens que tout Israélite pieux comprenait. Cette expression signifiait : dans les temps que tout enfant d'Abraham doit toujours avoir en vue, savoir : le temps du premier avènement du Messie, époque de grâce (IX, 24), et le temps du second avènement de ce Messie, venant juger les enfants d'Adam (ch. XII, 1-3). On sait, en effet, que, dans le style des prophètes, les expressions « en ce temps-là, » « alors » ne se rapportent pas toujours au temps des événements dont ils viennent de parler, mais simplement à un temps à venir qui devait voir se réaliser les espérances messianiques. L'Esprit de Dieu élevait ainsi la pensée des prophètes vers une époque souvent séparée par une longue suite des siècles des événements qu'ils viennent d'annoncer. C'est ainsi que Stuart, qui veut de toute force rattacher ce premier verset au chapitre XIe, reconnaît cependant que « les événements prédits aux versets $ et 3 n'ont pas trait à la période machabéenne, et admet un intervalle entre les événements prédits » (p. 364). Il cite très justement, à ce sujet, le second chapitre d'Isaïe
(vs. 2), dans lequel des considérations messianiques, qui ont trait aux « derniers temps, » se mêlent à des menaces qui s'adressent aux Juifs contemporains du prophète. Mais, pour mieux montrer la juxtaposition des deux visions qui forment la même prophétie, mais dont l'une a pour objet des événements plus ou moins prochains et dont l'autre aboutit aux temps messianiques, ce critique donne quelques indications importantes que nous résumons ici. Dans le chapitre IV (2-6) d'Isaïe, on trouve une prophétie messianique, qui suit immédiatement la description des maux qui surviendront aux Juifs pervers qui vivaient du temps du prophète ; et il est remarquable que la prophétie messianique est jointe à cette description par une expression qui est identique à celle de Daniel. Isaïe dit «en ce jour-là» (Ninn OÏ»3 — vs« 2)- Ceux qui ne voudraient pas regarder ce chapitre comme messianique, n'ont qu'à voir les chap. VIII et IX, qui le sont certainement. Il est certain que les menaces d'Isaïe et leur exécution, prophétisées dans le ch. VIII, regardent les Juifs alors vivants ; cependant , en faisant la transition de cette période à la période messianique qui suit et qui est indiquée dans le chap. suivant (IX, 1-7), pas un mot n'est dit au sujet de la période intermédiaire qui devait durer plus de sept cents ans. Néanmoins , tous les critiques se voient forcés de reconnaître qu'il y a là une prédiction messianique. Or, le cas est le même pour le passage de Daniel. De sorte que le prophète Isaïe nous fait parfaitement comprendre le procédé du prophète de la captivité. D'un autre côté, le ch. X offre une description des progrès, de la puissance et de la catastrophe du roi d'Assjrie ; et le ch. XI est une suite de la même prophétie, comme le mot #w\ (et il sortira) du commencement l'indique très bien. Or, ce chapitre contient une des plus remarquables prophéties messianiques, juxtaposées à la vision qui concerne spécialement les rapports de la Judée et de l'Assyrie. De sorte qu'un lecteur, peu au courant des usages prophétiques, n'aurait pas été amené à supposer que le règne du Messie n'arriverait que sept siècles après la chute de l'envahisseur assyrien, car la prédiction messianique est en connexiou étroite avec la prophétie relative à la chute du roi d'Assyrie. Cependant, aucun des auditeurs ou des lecteurs du prophète ne s'y est trompé. Dans le ch. XIX, le châtiment de l'Egyte est prédit (1-22) -, et aux versets 23-25, on voit une prédiction du règne messianique qui doit être universel. Ce règne messianique est indiqué avec la formule :en ce jour-là, Kinn DV2. Les chapitres