‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 302 sur 318 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

XXVI et XXVII commencent aussi par cette expression et nous offrent une répétition du procédé du voyant qui jette d'ordinaire un regard sur l'époque messianique. Il en est de même des chapitres XXXI et XXXII dans lesquels nous trouvons une désapprobation des Juifs, qui cherchaient un appui étranger, et une exhortation à la pénitence-, le tout suivi de la promesse relative à l'avènement du roi messianique, qui viendra en « ce jour ».

Le même procédé peut se constater chez les autres prophètes : la pensée du Messie se mêle à tout (cfr. Jérém. XVI, 9; Ezéch. XII, 25-, Joël, I, 2; Juges, XI, 4; XVII, 6; XVIII, 1, 31). Nous mentionnerons particulièrement l'expression DD>p>2 (dans vos jours) employée par le prophète Habacuc (ch. I, 5), qui vivait peu de temps avant la première incursion de Nabuchodonosor à Jérusalem (p. 496). Nous trouvons là une prédiction de la prochaine arrivée des Chaldéens, dévorés de la soif des conquêtes, et cette prophétie est suivie d'un oracle relatif au triomphe glorieux du Messie. Cette expression, interprétée d'après les habitudes prophétiques, ne saurait avoir qu'un sens relatif et elle embrasse à la fois le fait prochain et une période entrevue dans un avenir lointain. Abravanel dit, à ce sujet, que « le sens strict du texte montre qu'il est question de deux visions, et non pas d'une seule ». Il le conclut de la mention de -ptn ; et il dit que l'une a trait à la fin de l'exil babylonien, et la seconde aux temps messianiques. N'oublions pas, d'ailleurs, comme nous l'avons déjà vu plus haut, que l'expression « en ces jours-là », est une forme usitée dans les discours eschatologiques de Jésus- Christ lui-même et qu'elle y exprime deux avènements du Chefle-Venant : l'un pour juger Jérusalem, l'autre pour juger les vivants et les morts, à la fin des temps.

Il en est de même des deux tableaux présentés à Daniel aux chapitres XI et XII. Lengerke et d'autres adversaires de notre livre s'imaginent que le pseudo-Daniel annonçait l'apparition du royaume messianique comme devant surgir immédiatement après le renversement d'Antiochus. Mais ils n'ont jamais prouvé que bahet hahV signifie le temps de ce roi. Keil n'avait pas non plus compris le procédé en usage chez les prophètes, lorsqu'il a dit que les efforts des interprètes chrétiens qui admettent, avec Porphyre, Grotius, Bleek, Lengerke, Hitzig, etc., que la mort d'Antiochus est prophétisée au verset 45 du ch. XI, pour échapper à cette conclusion, ont été infructueux. Sans doute, Hœvernick a tort de dire que bahet hahi signifie « dans un temps futur ». Au point de vue de la signification stricte de cette ev-

pression, on ne pourrait pas conclure qu'elle désigne un temps futur, s'il n'était pas prouvé, d'après l'usage, qu'elle indique le temps messianique indépendamment de l'époque fixée pour un événement plus prochain. Après avoir prédit ce fait, la vision va de l'avant vers un avenir éloigné : elle décrit souvent un autre tableau, dont l'objet se réalisera après une durée qui n'a pas, pourle prophète, une limitation définie : ce sera le temps d'un avénementdu Messie. Cette expression en était ainsi venue à désigner le temps qui avait été l'objet des désirs des patriarches, des transports des prophètes, et dont l'attente remplit tous les temps. L'exégèse n'est pas toute faite avec des grammaires et des dictionnaires incomplets : elle doit tenir compte de l'usage indiqué par les textes (1). Nous constatons ainsi que, par les expressions « En ce temps-là, en ces jours-là », les prophètes ont en vue « les jours du Messie ». Ils nous exhortent à nous tenir prêts pour ce temps-là : la chose la plus importante est d'être prêt pour la venue dû Christ; il faut être toujours dans un état da préparation, parce qu'il peut venir chaque jour. Nous pouvons, en effet, répéter sans cesse ce mot de saint Cyprien : Venit Antichristus , sed superveniet Christus. Au commencement du ch. XII, qui est le point culminant de tout le livre, l'expression et dans ce temps » indique le temps où auront lieu les événements qui vont être décrits : le temps où les espérances eschatologiques et messianiques se réaliseront. Il est à remarquer, du reste, que ni l'Homme-Dieu ni l'Ange ne veulent préciser ici le début de la période désignée par l'expression « en ce temps ». Ce silence a pour but de nous apprendre que nos esprits doivent toujours être orientés vers les temps messianiques de la fin du monde et du second avènement de Jésus-Christ.

1. Et en ce temps, ase lèvera Michel, le grand prince, celui qui protège les fils de ton peuple; bet (ce) sera un temps de calamité, qui n'a pas été depuis l'existence d'une

(1) L'époque d'Esdras n'est liée, dans son livre, à celle de Zorobabel, que par cette formule — très peu chronologique — : « Après ces choses» (Esdr. VII, 1). Il serait ridicule d'en conclure qu'aucun intervalle nesépare ces deux époques. On sait qu'il s'écoula cinquantehuit ans entre la dernière date de Zorobabel et la première d'Esdras ; et on a toujours compris que cette expression n'offre ici rien de chronologique.

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