CHAPITRE XII
l'accomplissement de cette prophétie au règne d'Antiochus, n'a pu s'empêcher de reconnaître : Exstincto Antiocho, Judaeorum haud pauci hanc spem concepisse videntur, proxime instare tempus illud felicissimum, de quo veteres prophetae vaticinati sunt, fore, ut sub magno rege, Davidica stirpe oriundo, plane novus, isque florentissimus et ornatissimus, rerum omnium, praesertim vero Judaicarum, exstiturus sit status. Eum tamen Gabriel Danielem docet non statim sequuturum, sed post magnas demum aerumnas, quae adhuc sint exantlandae, in quibus tamen Michael suo populo adjutor sit affuturus, et postquam solenni judicio in quod et mortui in vitam revocabuntur, mali a bonis segregati fuerint. — d Ton peuple sera sauvé, les fils de ton peuple. Ces expressions indiquent « l'Israël » de la fin des temps, qui ne comprendra pas seulement les Juifs, mais des hommes provenant de tous les peuples qui appartiendront au Royaume de Dieu de la Nouvelle Alliance, au Royaume du Messie. Cette restriction est indiquée par ce qui suit immédiatement. — e Quiconque sera trouvé inscrit dans le livre (sous-entendu D'?n. des vivants), dans le livre bien connu (bassëfër), le livre où sont inscrits ceux qui auront en partage la vie éternelle, comme il est dit au verset suivant. L'Ange explique ainsi ce qu'il entend par « le peuple qui sera sauvé, » il ne s'agit pas des Juifs, mais du « peuple des justes » qui existera à la fin du monde. Les noms des élus sont présentés comme inscrits dans le livre de vie (cfr. Âpoc. XX, 15; XXI, 27) Cette expression, qui assimile les membres du Royaume de Dieu aux citoyens d'une ville, dont les noms étaient inscrits sur de3 registres, dépeint très bien le monde intelligible, les idées éternelles, dans lesquelles Dieu voit ceux qui seront fidèles à sa loi. Nie. de Lyre dit très justement que ce livre n'est pas autre chose que la conscriptio electorum in mente divina.
% — Et multitudes f de dormants dans la terre de poussières , se réveilleront : ceux-ci pour la vie de l'éternité , et ceux-là pour les opprobres, pour l'ignominie de l'éternité11.
1 Et multitudes, litter., et nombreux , rabbîm (c>-pY L'adjectif pluriel rabbim pris substantivement ne signifie pas seulement « beaucoup » ; il a le sens de « tous », comme l'observe très bien Rosenmûller : QfZl Multi dénotât omnem eorum qui mortui sunt multitudinem, ut multifudo et alias pro universitate
capitur, ut Rom. V, 19 : unius hominis peccato o\ r.oXkoi dbiéGavov, multi, i. e. omnes qui post, eum vixerunt, mortui sunt. Et ibid. Vs. 19 : unius hominis contumaciâ apapTwXo\ xaxeaTaOrjaav oî 7ioXXo\ , sontes effecti sunt multi, i. e. mortales omnes. Les mots rabbim et D*Tin (avec ou sans article, les nombreux) ont le sens que Platon, directement ou indirectement disciple des Chaldéens, donne un mot t;oXu; (nombreux), lorsqu'il oppose to Iv (l'un) à tcoXXoc (le multiple). Parlant la langue de la corporation savante des sages de Babylone , Daniel emploie le mot rabbim dans un sens qui correspond aux mots grecs du Nouveau Testament : 7;oXXo( et o? noXkol, qui se prennent pour x&vizç, tous (cfr. Rom., V, 15, et 12; cfr. Ps. XCVII, 1; Isaïe LUI, 14, 15). Cette interprétation est confirmée par le passage où Jésus-Christ , faisant évidemment allusion à notre texte de Daniel, traduit le mot rabbim par « tous » : « l'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu • : ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection de la vie, et ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour la condamnation (Jean., V, 28, 29). C'est ainsi que saint Paul emploie le mot 7;oXXot (plusieurs) et ol noXkoL pour désigner les multitudes, la masse des hommes (Rom., V, 15, 17, 19, XII, 5). Ce mot est synonyme de Tiâvxeç (tous) (cfr. Cor., XV, 22; Matth. XX, 28 ; XXVI, 28 ; I Jean. II, 1 2). On a dit que l'universalité de la résurrection était niée par la préposition -jp. Mais rien ne nous oblige à donner ici à cette préposition une interprétation partitive. Cette préposition indique souvent des rapports d'origine, de lieu, d'état, etc. Ici, min indique la « multitude des dormants », la multitude de ceux qui seront dans l'état du sommeil de la mort, de ceux qui seront « terre de poussière » , la multitude des morts , le monde entier qui sortira de la poussière des tombeaux. C'est ainsi que, en grec, oï ^XsÊovs; signifie les plus nombreux, le grand nombre, la pluralité des citoyens, la masse du peuple, et quelquefois, par euphémisme, les morts, c'est-à-dire ceux qui forment le plus grand nombre. Le sens du texte est : « Multitudes des dormants, réduits à l'état de poussière, se réveilleront » . Des traductions qui se contentent de rendre rabbim par multi donneraient à supposer que « beaucoup , plusieurs » seulement se réveilleront : Vulgate : Et multi de his qui dormierunt... Cahen : « Et plusieurs de ceux qui dorment... » Mais rabbim n'est pas employé par opposition à « peu », et il ne s'applique ni à « beaucoup » ni à un « petit nombre », ni à « une partie » quelconque des morts. Le texte ne dit pas qu'une par-