CHAPITRE XII
affirmations. Ce n'est pas, du reste, Maurice Vernes qui les renforcera par cette affirmation purement gratuite : « Par ces mots, le prophète annonce la faveur d'une résurrection à un certain nombre de victimes d'Antiochus Epiphane. » Nous avons vu, d'ailleurs, que, à partir du premier verset, il ne s'agit plus de la nation juive, mais du peuple messianique. De plus, il est avéré que le mot izoXkol à un sens plus étendu, et que la résurrection comprendra les bons et les méchants.
A plus forte raison, sommes-nous autorisés à rejeter l'opinion de quelques esprits qui, voulant sans doute paraître transcendants, ont prétendu que ce passage ne se rapporte pas à la résurrection des morts. Ajant pris le parti de rapporter au temps des Machabées ce qui est dit dans ces premiers versets, Porphyre a prétendu que tout ce discours est métaphorique; et il n'a voulu voir, dans ceux qui dorment dans la poussière, que les Juifs sortant, à l'époque des Machabées, des antres et des cavernes où ils s'étaient cachés (voyez saint Jérôme, in loco). Le rabbin Ieschoua a imaginé qu'il s'agit des Juifs qui sont en exil. Bertholdt et d'autres modernes, adeptes de Porphyre, ne voient là que des Juifs opprimés par Antiochus, qui trouveront, à la fin du règne du tyran, leur délivrance, c'est-à-dire leur résurrection. Il va sans dire que, pour appuyer leur théorie, ils ont recours à quelques passages de l'Ecriture (Isaïe XXVI, 19, $4 ; Ezéch. XXXVIII, 12), qu'ils rationalisent ou étranglent à leur façon, pour transformer une prophétie relative à une résurrection des morts en une prophétie qui fait rentrer des exilés dans leur pays. Mais il est impossible de ne pas voir que ces prétendus <f morts » n'auraient pas été désignés par l'expression « dormants de terre de poussière, » que le rabbin Cahen interprète parfaitement de cette sorte : « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre, qui y sont ensevelis. » Il n'est pas vrai, d'ailleurs, que cette résurrection ait été rapportée par Daniel au temps d'Antiochus. Grotius, qui ne manquait guère une occasion de verser dans le rationalisme, adopta l'opinion de Porphyre à ce sujet : Non maie hoc Porphyrius retulit ad ea tempora, cum Lysias Antiochi personam gerens omnia crudelissima in Judaeos exercuit ; sed addenda simul et tempora priora (vs. 1); et aux versets 1 et 2 : Reddendum est Porphyrio quod ei debetur testimonium-, est enim hune locum optime interpretatus de iis qui ob legis cultum diu extorres ad sua rediere; sic tamen, ut voces mira arte sint temperatse, ut resurrectionis mysterium (connu des Egyptiens, des Chaldéens, etc., dès la plus haute antiquité -, —
voy. lntrod., p. 670) quod aperte ante Evangelium revelari non debuit, innuant magis quam explicent. Rosenmûller n'a pas de peine à répondre au commentateur hollandais : il répond, conformément aux textes, que le contenu des versets ne peut se rapporter à l'époque des Machabées : Verum nullo modo ad Antiochica et Maccabaica tempora referri posse quse tribus hisce versibus leguntur, recte observavit Theodoretus. Seulement, après avoir cité les paroles de ce savant docteur, il ajoute que l'Ange termine à la mort d'Antiochus sa prédiction des choses qui concordent avec la vérité historique. Mais, après avoir indiqué des passages d'Isaïe (XXVI, 4 4-49) et d'Ezéchiel (XXXVI, 3) qui présenteraient le retour des exilés dans leur patrie sous l'image de morts rappelés à la vie, ce critique reconnaît qu'il en est tout autrement ici, et qu'on ne peut douter qu'il ne s'agisse dans ce passage de la résurrection des morts et du jugement universel : Sed alia est nostri loci ratio, quo nequit dubitari agi de mortuorum resurrectione ad judicium universale , quod Messia adventante exspectabant. Notons encore que D. Calmet a tenu encore ici à servir aveuglément et servilement les manœuvres des rationalistes contre notre saint Livre. Il reconnaît d'abord (vs. 2) que « rien n'est plus exprès que ce verset pour prouver la résurrection des morts. Il est visible, dit-il encore, que c'est le sens simple, littéral et naturel de cet endroit. » Puis il ajoute immédiatement : « Mais en prenant ces paroles dans un sens figuré et métaphorique, on peut les entendre de ceux des Juifs qui, pour éviter la persécution, s'étaient comme enterrés dans des antres, dans des rochers, comme des hommes ensevelis tous vivants sous la terre. » On se demandera quelle manie poussait ce commentateur à reporter cette prophétie au temps d'Antiochus. Sur quel motif se base-t-il pour en prendre les paroles « dans un sens figuré et métaphorique? » Il n'en a pas d'autre que de montrer aux Grotius, aux Leclerc et aux autres rationalistes des xvne et xvme siècles, qu'il était à la hauteur de leur érudition, et pouvait passer pour un critique de premier ordre : il n'a abouti qu'à se distinguer dans •certaines occasions, par une déplorable naïveté et par une étonnante cécité éxégétique. Il n'est pas autorisé avoir là des « expressions hyperboliques ». C'est en vain qu'il prétend qu'elles « se souffrent beaucoup plus dans la langue des Hébreux que dans la nôtre. » Dans toutes les langues, les verbes « ressusciter » et « rendre la vie, » signifient quelquefois « garantir d'un grand danger, conserver, tirer de l'oppression, de la captivité, etc. » Mais cela ne prouve pas que, dans le