CHAPITRE XII
temps de la fin, c'est-à-dire jusqu'au temps où s'accomplira la prophétie et où on verra qu'elle s'accorde avec les faits (cfr. VIII» M). Le rouleau-type de la prophétie relative à Antiochus (ch. XI) dut être descellé à la mort de ce prince. Tout le livre de Daniel se trouvait déjà dans le Canon des saints Livres ; mais on put, à cette époque, constater que rien n'avait été soustrait du texte, et que rien n'y avait été ajouté. La vérité et l'autorité de la prophétie furent bien établies, lorsqu'on vit que les faits étaient exactement d'accord avec elle. — ° Multitudes (le) scruteront. Le verbe ô1tZ7 signifie « il a couru en tout sens, il a parcouru. » Saint Jérôme dit très bien à ce propos : Solemus dicere : percurri librum, pertransivi historiam. Lengerke veut donner à ce verbe le sens d'errer çà et là, vagabonder (umherirren) , et il prétend que, d'après ce passage, « beaucoup erreront à l'aventure dans les énigmes et les obscurités de la prophétie » (Sie werden umherirren... nâmlich in den Rathseln und Dunkelheiten der Weissagung und so, durch diess Forschen und Ringen wird endlich viel Erkentniss gewonnen werden). Il est vrai que, dans le Chaldéen, 131^ a le sens de effuso impetu decurrere, effuso cursu circumvagi, et que Schultens a commenté ainsi ce passage : In ea Prophetia peicurrenda decertabunt, et studiis effusisimis de palma contendent. Mais qu'est-ce que tout cela prouve? Faut-il traduire : courront çà et là, et chercheront à comprendre ces révélations? Il est évident qu'il s'agit de courir dans un livre, de courir çà et là, de côté et d'autre, dans un texte, pour chercher à le comprendre. Ainsi, ce passage nous apprend que de « nombreux » lecteurs chercheront l'explication de ces prophéties. Beaucoup les scruteront (scrutamini scripturas). Que voudrait, d'ailleurs, dire : beaucoup « erreront ». comme traduit Cahen, d'après Lengerke? L'Ange dit tout simplement : « Ce livre sera étudié avec soin, et la connaissance sera perfectionnée par cette recherche. » Aussi il ajoute : — P La connaissance (de la Prophétie) se multipliera, s'accroîtra. A chaque instant, on reconnaîtra des preuves de la prescience et de la providence de Dieu. Ces expressions suffisent pour prouver que le Prophétie ne devait pas être tenue secrète; car comment « l'intelligence aurait-elle pu s'accroître » par une étude assidue de la Prophétie, si l'on n'avait pu la connaître qu'après l'accomplissement historique ? Quoique l'étude d'une prophétie puisse être utile dans tous les temps, c'est surtout les contemporains des événements prédits qui devaient y puiser leur instruction et leur consolation. Voici, du reste, avec quelle sagacité Calmet interprète ce passage : « Plusieurs auront la curiosité de lire
cette prophétie et d'en comprendre le sens, mais tenez-la cachetée jusqu'au temps prescrit, jusqu'au temps qu'on vous marquera. Ou plutôt fermez-la-, déclarez à votre peuple que ces prédictions seront inconnues jusqu'à l'événement. Alors le sceau sera rompu, et ils les verront distinctement. » Il est difficile d'interpréter le texte d'une façon plus absurde. Pour rompre le sceau après l'événement, il faudrait du moins connaître quel est l'événement prédit. Or, comment peut-on le connaître autrement que parla lecture de la prophétie? Ainsi, il faudrait connaître la prophétie avant de la connaître. La vérité est que les copies de la Prophétie étaient répandues et dans les mains des Juifs. Elles étaient lues attentivement et, au temps d'Alexandre, le grand-prêtre put montrer à ce conquérant la Prophétie qui le concernait. Le texte, signé ou scellé par Daniel, a dû être conservé intact, afin que l'on put constater que les copies étaient conformes à l'original, que rien n'avait été changé dans la Prophétie et que l'on avait évité les contrefaçons et les falsifications. Lengerke est donc mal venu à prétendre que l'Ange fait à dessein observer à Daniel qu'il devait tenir la prophétie secrète jusqu'au temps de la fin de la période qui se termine après la mort d'Antiochus. En faisant cette recommandation, l'Ange (le pseudo- Daniel) aurait eu pour but de répondre d'avance à l'accusation d'inauthenticité que l'on pourrait tirer de l'apparition tardive de ces prophéties historiques. Mais encore ici nous n'avons à répondre qu'à des imaginations tout à fait subjectives de Lengerke. L'Ange ne dit aucunement au prophète de tenir ses révélations secrètes. Il n'est question que de fermer et de sceller le rouleautype, comme c'était l'usage. Les copies étaient répandues à profusion et des multitudes les lisaient avant l'époque de l'accomplissement des événements prédits. Reuss ayant aussi mal traduit ce passage (« Mais toi, Daniel, cache ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la fin »), en a tiré une conclusion qui se trouve, dès lors, sans assises (voy. Introd., p. 240) : « Le livre de Daniel resta donc inconnu jusqu'à l'époque finale -, personne n'en saura rien et ce n'est qu'au moment de l'accomplissement final, c'est-à-dire au plus fort des tribulations sous Antiochus, qu'il paraîtra et pourra être lu. » Il a, du reste, si bien compris le ridicule du texte ainsi compris, qu'il en a signalé lui-même les inconvénients. « On ne peut, dit-il, s'empêcher de demander où il s'est trouvé pendant près de quatre siècles, et comment il a été découvert tout à coup au moment où s'étaient accomplis tous les événements si bien retracés dans le texte, et où on commen-