CHAPITRE XII
u Les deux mains levées indiquent une solennité inaccoutumée, car, d'ordinaire, on ne levait qu'une main en prêtant serment (Genèse, XIV, 22; Exod., VI, 8; Deut., XXXII, 40; Ezéch., XX, 5). Mais l'Homme vêtu de lins veut donner une plus grande solennité à son serment, parce qu'il a en vue des événements tout à fait extraordinaires. — v II jura par Celui qui vit éternellement, littér. par « Vies de l'éternité » ( ûSllT *rQ) ou par a Vivants de l'éternité ». L'expression « vies » offrirait un des cas où le pluriel du nom est intensif, ou plutôt une idée de pluralité dans le sein de l'Etre souverainement un. D'autre part, >n (vivant) peut être pris pour un adjectif et offrir l'abstrait pour le concret (les Vivants). Nabucbodonosor a employé cette expression (IV, 31) qui se rapporte, d'ailleurs, à Deutéronome, XXXII, 40. — x Dans un temps (fixé). Le mot mohêd ("T^iD) signifie « un temps fixé, déterminé. » On a supposé que ce mot signifiait ici « année », et c'est Je sens indiqué aussi par le mot hiddan (temps), employé au ch. VII, 25 (p. 626), et fixé définitivement par l'interprétation qui va suivre, et d'après laquelle les trois temps et demi font 1260 jours. Des temps et un demi (temps) indique, de la sorte, une durée de trois ans et demi. Il est vrai cependant que le texte ne nous offre pas le duel, mais le pluriel D-H^ÏD. qui indique « plusieurs temps fixés ». On ne peut pas alléguer ici ce qui a été dit à propos de l'araméen V2TJ du ch. VII, 25, qui n'aurait pas eu de duel. D'abord, il n'est pas vrai que cette langue fût aussi dépourvue de duel qu'on la supposé. Clermont-Ganneau en a extrait du livre de Daniel les exemples suivants : 7t*Vf2 « dans les deux mains » (II, 34) ; ■pSjQ « les deux pieds » (VII, 4) ; riyg « les dents » (considérées comme distribuées en deux rangées — VII, 7) (Journal asiat., année 1886, p. 52). Puis, il ajoute : « En tout cas, il y a un passage de Daniel (VII, 25) où il semble bien que le pluriel doit faire tout au moins fonction de duel : -ny }Ssi "pST^! "]T<j~VJ (jusqu'à un temps, des temps et un demi-temps) ». Iddanin, « des temps » ne peut être que l'équivalent de 'iddanain, « deux temps » 1 dans cette phrase qui, de l'aveu de tous les exégètes, contient l'indication précise d'une période de temps numériquement déterminée : une année, deux années et une demi-année, c'est-à-dire trois atis et demi. Il admet donc cette interprétation « malgré que, dans le passage correspondant du chapitre XII (verset 7) de la partie hébraïque du livre de Daniel "P-*Tï. soit rendu servilement par le pluriel : DH3TÏD, et non par le duel D>TîriQ »
(ibid.). Il reste seulement à résoudre le problème relatif à ces pluriels employés au lieu des duels. La solution n'est pas diffificile à trouver. Les Massorètes ont cru à tort que l'araméen du temps de Daniel n'avait pas de duel, et, par suite, ils ont ponctué le mot hiddanaln du ch. VII, 25, comme un pluriel. Puis, au ch. XII, ils ont cru qu'il fallait ponctuer de la même manière le mot correspondant môhadaîm. Ainsi, notre texte indique très bien qu'il s'agit de : « un temps, deux temps et la moitié d'un temps ». — ? Et selon le consommer ou la consommation de la main brisée du peuple saint, c'est-à-dire lorsque la force (yad, *r> main, force, puissance) du peuple saint sera brisée. Lengerke, Gesenius, De Wette traduisent yad par « portion », et ils supposent qu'il s'agit ici d'une partie du peuple juif qui, après sa dispersion, reviendra en Judée pour prendre part au royaume messianique. Mais où est-il question de cette dispersion d'une partie du peuple juif? A l'époque de la mort d'Antiochus, les vrais Juifs, « le peuple saint », se battait et ne vivait pas dispersé dans des pays étrangers. Le rappetissement de la prophétie et de l'acte si extraordinaire du serment à un fait épisodique, relatif à l'époque des Macbabées, ne repose absolument sur rien. — Le peuple des saints , le peuple de sainteté. Le mot çjjh est employé sans article et se prend dans le sens d'un adjectif ou comme désignant une qualité abstraite. Il s'agit du peuple des saints (VIII, 24), du peuple messianique, du peuple qui sera le peuple de Dieu à la fin des temps. — z Toutes ces choses s'accompliront. Il s'agit des événements extraordinaires mentionnés au commencement du chapitre. Les prophéties de Daniel aboutissent tantôt au premier avènement du Messie (IX, 24-27), et tantôt à la parousie de la fin des temps (II, 44, 45 ; VII, 13, 4 4, 27). C'est seulement à cette dernière époque, à la fin du monde, que le royaume de Dieu sera consommé, par la résurrection des morts et par le jugement universel.
8. Et moi, j'entendis, mais je ne compris pasa; et je dis : Monseigneur, quelle (sera) la postériorité de ces choses ?b.
a Daniel ne comprit pas complètement. Beaucoup de choses restaient obscures dans son esprit. Il avait entendu des paroles, mais la signification de quelques-unes d'entre elles lui échappait. Il ne connaissait pas la mesure exacte du temps; il ignorait