CHAPITRE XII H
que la désolation annoncée au verset 1 durera « trois ans et demi » (vs. 7). En donnant à Tannée une durée de trois cent soixante jours, et en comptant le mois à trente jours, on obtient une période de douze cent soixante jours. Ce chiffre se trouve dans l'Apocalypse sous cette forme (XI, 3-, XII, 6), sous celle de quarante-deux mois (XI, 2 ; XIII, 5) et sous celle de trois temps et demi (XII, 14). Dans ces passages, la période indiquée paraît être celle delà tyrannie de l'Antéchrist. Mais les années de Daniel ne sont pas des années lunaires (voy. p. 4 087), et il faut, dès lors, admettre qu'il s'agit d'une durée de 1277 jours et demi. Mais, d'un autre côté, 1,290 jours font un peu plus de
3 années solaires et demie. Avec une année de 365, c'est une durée de trois ans et demi et 12 jours et demi. On a supposé que, au verset 7, l'Homme revêtu de lin a négligé un petit nombre et que l'Ange y a suppléé au verset 11. De sorte que la prophétie serait ici plus exacte et plus précise. Mais il n'est pas nécessaire de recourir à cette interprétation. Il suffit de reconnaître — ce qui est la réalité même — que ces chiffres, comme ceux de saint Jean, indiquent diverses périodes, diverses péripéties ou phases de la persécution finale, de « la grande tribulation » (Apoc. VII,
4 4 et ch. XIII). Cette guerre terrible faite à la religion durera trois ans et demi. L'Antéchrist (la petite corne du ch. VII, 25, 2-6), qui se sera fait adorer comme Dieu, sera détruit par l'avénement du Seigneur. Les changements relatifs au rétablissement du culte chrétien ou du tamîd, non plus seulement typique mais réel, n'auront pas lieu instantanément; ils prendront 12 ou 13 jours : le temps de se reconnaître. Alors commenceront à s'accomplir les «nouvelles » annoncées aux versets 2 et 3. Après cette période, qui aura duré 1,290 jours, il y aura le jugement qui durera 45 jours. Et, à partir de ce moment, les bons pourront se réjouir, ainsi qu'il est dit au verset suivant.
Les docteurs catholiques ont parfaitement compris que la prophétie se rapporte au second avènement du Messie, qui sera précédé de la persécution de l'Antéchrist. Quelques-uns pensent, de plus, que les deux périodes énoncées dans le texte (1290 et 1 335) comprendraient une durée de sept à huit ans. D'après cette opinion, l'expression « depuis l'abolition du (sacrifice) perpétuel » indique l'abolition du saint sacrifice de la messe par l'Antéchrist, une suppression du culte chrétien, semblable à celle qui eut lieu, en France, en 4793. Le paroxisme de la persécution durera 4,290 jours ou trois ans et sept mois. Après ce temps, il y aura une période de 1,335 jours (trois ans neuf mois et cinq
jours) pendant laquelle il y aura de nombreuses conversions et on arrivera ainsi à la fin des 1,335 jours, c'est-à-dire à l'heure du complet triomphe. Alors aura lieu le jugement, et après viendra le règne de Jésus-Christ avec ses élus sur la terre pendant 1,000 ans. Pendant les 1,335 jours, le peuple fidèle, délivré de la persécution, se préparera au dernier avènement de Jésus- Christ. Cette exégèse provient sans doute de l'interprétation que les Pères eschatologues ont donné au verset 27 du ch. IX. Nous avons vu qu'ils ont transporté la dernière semaine des soixantedix semaines à la fin des temps, et qu'ils en ont donné la moitié à l'Antéchrist et la moitié au Messie. Ils ont été induits à cette division par le sens qui a été donné à hazî (moitié, demi ; division, fin — voy. p. 1005), d'après lequel la dernière semaine aurait été divisée en deux parties. Il nous semble que les événements, prédits dans les textes du ch. XII, et qui ne doivent pas être con< fondus avec ceux du ch. IX, nous apprennent que la résurrection des morts et le jugement dernier arriveront immédiatement après les 1,290 jours.
Hypothèses rabbiniques, protestantes et rationalistes. — Quelques commentateurs se sont demandés si les 1,260 ou 1,290 étaient des jours naturels ou des jours symboliques. Préjugeant cette question, sans aucun fondement, et prenant le « jour » comme symbole d'une « année, » ils ont opté pour une durée de 1,260 années. D'autres, négligeant cette période, se sont attachés à celle de 1,290 ans. Prétendant ensuite savoir l'époque où cette longue période doit commencer, ils ont choisi arbitrairement divers points de départ. De là sont provenus de faux calculs relatifs à l'avènement du Messie. Ainsi, Tan 720 de notre ère apparut, en Syrie, un faux Messie qui avait sans doute compté les 4,290 ans à partir de la destruction de Jérusalem sous Nabuchodonosor. De cette époque à l'an 706, il s'était écoulé 1307. Dans son calcul, ce prétendu Messie s'était trompé de 17 ans. C'était peu de chose ; mais son point de départ n'était aucunement motivé et sa prétention à la messianité l'était bien moins encore. Du temps de Maïmonide, vers l'an 1130 de notre ère, surgit, en Orient, un Messie ou un précurseur du Messie nommé El-David que le roi de Perse fit décapiter. Il avait compté les jours-années à partir de la profanation du temple par Antiochus, et de cette époque à l'an 1123, il avait obtenu 1290 (1281) ans, en faisant toutefois entrer une légère erreur dans son calcul. Un rabbin Abraham, s'aidant d'un calcul analogue, avait prédit la venue du Messie pour l'année 4 466. Il s'appuyait sur le dernier