CHA.PITRE XII
nombre prophétique du verset 12 (1335 jours), et il prenait pour point de départ la 131e année de notre ère, année où Adrien construisit sur l'emplacement du temple de Jérusalem un (jBéXuy^x 'Ep7]fj.a>ae(Dç, le temple de Jupiter Capitolin. De ce moment à l'année 1466, il s'est écoulé 1335 années. Mais cette année-là ne vit apparaître aucun Messie. Une autre supputation rabbinique part de l'an 603, signalé par la construction de la mosquée d'Omar sur l'emplacement du temple de Jérusalem. On voyait là une substitution du culte mahométan au culte mosaïque. A partir de ce moment, une période de 1,260 ans, comprenant la dispersion des Juifs, doit finir en 1896, époque du retour des Juifs en Palestine. Mais ces procédés ne sont que du ressort de l'imagûnation. Il est facile de prendre une date quelconque comme point de départ et d'aboutir à quelque événement offrant des rapprochements dont on ne saurait absolument rien conclure de sérieux (1).
Les divagations protestantes au sujet de la Papauté transformée en Antéchrist, sont assez connues (voy. p. 696). Luthériens, Calvinistes et Anglicans n'ont pas voulu voir des Antechrists,
(1) Influencés sans doute par des Juifs, quelques commentateurs catholiques ont pris aussi des points de départ que rien ne justifie. On y vit la persécution des Perses sous Ghosroès II, qui, en 614, envahirent Jérusalem, brûlèrent les églises et les monastères, ravagèrent le Saint-Sépulcre, emportèrent la Sainte-Croix, et se livrèrent aux plus affreux sacrilèges. En comptant, à partir de cette époque, les 1290 années lunaires (de 354 jours) font 1250 années, 3 mois, 15 jours de nos années solaires, et nous mènent à l'an 1864 ou 1865, qui devait être la date des événements de la fin des temps. Dans le moyenâge, il s'est trouvé aussi des catholiques, qui, à la suite de quelques rabbins, ont pris pour point de départ la profanation d'Epiphane dont on a supposé que l'Ange venait de parler, et en additionnant 167 (au lieu de 168), ils aboutissaient à l'année 1123 de l'ère chrétienne (167 -ht 123 = 1290). A cette époque, il se trouva donc des chrétiens qui se préoccupèrent de la venue prochaine de l'Antéchrist. A Florence, cette opinion s'était répandue-, et Baronius dit (Annales, etc., an: 1106, XXVI) que ce fut l'opinion de beaucoup d'hommes considérables (non uulgarium virorum) du douzième siècle, que l'Antéchrist devait se révéler à cette époque. Il constate, en particulier, que saint Norbert l'avait adoptée. Mais on voit par une lettre de saint Bernard à Gaufridus, évêque de Chartres (Ep. 58) que le docteur de Clairvaux lui ayant demandé sur quoi il se fondait pour motiver cette croyance, il ne put obtenir aucune réponse satisfaisante : Audito quod respondit, non me illud pro certo ■credere putaoi.
des démolisseurs de l'Eglise chrétienne, dans les fondateurs de ^eurs sectes. Nos frères égarés ont mieux aimé ne pas tourner leurs regard du côté des maux que leurs prétendues réformes ont amenés dans l'Eglise, et ils ont voulu voir l'Antéchrist réalisé dans le Pouvoir papal. C'est ce Pouvoir qui est l"advera ire de Jésus-Christ, l'Antéchrist qui doit venir à la fin des temps. Quelques-uns d'entre eux ont donc beaucoup écrit sur le nombre 1260, qui serait la traduction de l'expression « un temps, des temps et la moitié d'un temps. » D'un autre côté, ils ont trouvé tout naturel d'expliquer l'expression de l'Ange « depuis l'abolition du (sacrifice) perpétuel » par « depuis le renversement du pouvoir des Goths en Italie qui rendit possible l'établissement du pouvoir temporel des Papes, » ou d'après d'autres dates que nous avons indiquées déjà (p. 698). En partant de l'an 551, et comptant ensuite 1260 ans ou plutôt 1242 ans (en années lunaires), ont abouti à l'année 1793. D'autres ont choisi l'an 606, date d'un édit de l'empereur Phocas , qui reconnaît l'évêque de Rome comme chef de l'Eglise universelle. On arrive ainsi à la Révolution de 1848 (1242 -f- 606) qui détermina la chute du pouvoir temporel des papes. — L'Antéchrist papal a donc duré 1242 ans. Trente après (1290 jours) en 1878, il n'y a eu , malheureusement pour le roman, rien d'extraordinaire. Mais, quarante-cinq ans plus tard (en 1923) aura lieu le second avènement du Messie.
On se sent vraiment plein de pitié en voyant des esprits d'une certaine culture intellectuelle se repaître de pareilles chimères. Voilà des hommes qui s'adonnent à l'étude de nos saints Livres et qui veulent y trouver une époque que Jésus-Christ lui-même à déclaré ne pas s'y trouver. Interrogé par ses disciples au sujet de son avènement, le Sauveur répond : « Nul autre que mon Père ne sait ce jour et cette heure -, non pas même les Anges de Dieu » (Matth. XXIV, 36). Pas plus dans le temps de sa carrière terrestre que dans son apparition sur les eaux du Tigre» l'Homme-Dieu n'a voulu fixer l'époque du début de la période qui précédera la fin des temps. La lutte suprême est toujours en préparation. Nous savons seulement que Jésus-Christ peut apparaître d'un moment à l'autre (Matth. XXIV, 30-34 et parallèles ; Apoc. XXII, 7, 12,20) pour délivrer son Eglise et anéantir ses ennemis (Héb. X, 12, 13 ; Apoc. VI, 12 à VII, 17; XI, 11- 14, etc.). La fin (Apoc. VIII, 1 -, XI, 15; XVI, 17, etc.; I Cor. XV, 24-28) est de la sorte constamment à notre porte (I Pierre IV, 7; Apoc. I, 1, 6; XXII, 6, 10). Si le Seigneur prolonge le temps