‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 314 sur 318 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de sa venue, c'est pour accroître le nombre des élus et amener la conversion du monde (II Pierre III, 9).

Les rationalistes qui ont voulu appliquer les dates du ch. XII à la lutte machabéenne, ne peuvent, du reste, asseoir leur système sur un fondement plus solide que celui des critiques fantaisistes dont nous venons de parler. Leurs arguments, ainsi que nous l'avons déjà vu, reposent sur des assertions qui ne sont pas justifiées. Nous pouvons, du reste, nous en convaincre encore en examinant le plaidoyer que Kuenen a proposé en faveur de l'hypothèse par laquelle les criticistes s'efforcent d'identifier le ch. XII avec le ch. VIII. Le professeur de Leyde s'exprime ainsi (p. 534) : « Daniel reçoit l'ordre de garder le secret sur ces diverses révélations jusqu'au temps de la fin (vs. 4, 9) (1). Mais en attendant, la durée de l'oppression lui est révélée. Ici, toutefois, les données ne semblent pas bien s'accorder; la période messianique, est-il dit, commencera dans trois ans et demi (vs. 7), dans 1290 jours (vs. 11), dans 1335 jours (vs. 12), à partir, bien entendu, du 1 5 ou du 25 du mois de Chisleu 167, c'est-à-dire du moment où l'on avait substitué le culte idolâtre au culte de Jéhovah (2). Il faut rapprocher ces données du ch. VIII : 14 où l'intervalle entre la profanation et la purification du temple est indiqué comme devant être de 1150 jours (3). Nous avons dit ci-dessus que ce dernier chiffre était déjà trop élevé ; les autres le sont donc aussi à plus forte raison. On voit, de plus, que l'auteur ne reste pas toujours conséquent avec lui-même. La conclusion générale à tirer de ces dates différentes, c'est qu'en s'occupant du rétablissement

(1) Le critique n'a pas compris le sens des mots « terminer et mettre le sceau » à un écrit (voy. p. 1464). H n'est pas vrai que l'Ange ait dit à Daniel de « garder le secret » sur les révélations qu'il a reçues.

(2) On peut admirer encore ici le jeu des suppositions d'un esprit très porté à substituer des romans à la critique sérieuse d'un exégète. Le texte, dit-il, que « la période messianique commencera dans trois ans et demi » et dans les dates qui suivent? Dit-il que ce sera au mois de Klsleo, aussitôt après « la substitution du culte idolàtrique au culte de l'Eternel ? Pas le moins du monde. Tout cet embrouillement n'existe que dans l'imagination de Kuenen et des critiques de la même école.

(3) Voilà encore un rapprochement que le professeur de Leyde introduit gratuitement dans les textes : il n'a prouvé, nulle part, que le ch. XII ait trait à des événements qui devaient avoir lieu sous Antiochus et dont la prophétie est consignée au ch. VIII.

du culte et du commencement de la période messianique sur lesquels il ne pouvait avoir aucune science positive, l'auteur nous affirme seulement que l'oppression prendra fin dans trois ans environ. En nous donnant ainsi trois ou quatre dates différentes, il nous dit lui-même qu'il ignore le moment précis de la délivrance, ce qui se comprend d'autant mieux qu'il a dû lui être difficile de préciser le jour exact où avait commencé la profanation du temple. Avait-elle commencé le 15 de Chisleu, au moment où l'on avait érigé le petit autel, ou bien à l'époque, antérieure selon toute apparence, de la cessation des sacrifices quotidens ? (voir I Mac. I : 36, 45, comp., vs. 54). Au point de vue de nos recherches sur la date du livre de Daniel, l'essentiel pour nous est de constater que l'histoire n'a pas donné raison aux prédictions du prophète, et de bien remarquer quels sont les événements historiques à propos desquels les prédictions de l'écrivain ne se sont pas réalisées. •»

Après avoir essayé de confondre ainsi des prophéties de façon à leur faire dire le contraire de ce qu'elles disent, Kuenen s'enfonce encore ici dans une explication qui rabaisse la grandeur d'un texte dont la portée l'offusque : le chiffre 1150 est « trop élevé » ; « l'auteur ne reste pas conséquent avec lui-même » ; « la conclusion générale à tirer de ces diverses dates, » c'est que « l'auteur ne pouvait avoir aucune science positive du rétablissement du culte et du commencement de la période messianique. » « En nous donnant trois ou quatre dates différentes, il nous dit lui-même qu'il ignore le moment précis de la délivrance..., l'histoire n'a pas donné raison aux prédictions du prophète. » Kuenen aurait pu, avec une dose même très faible de modestie, se demander si les incohérences qu'il prête au prophète ne proviennent pas des maladresses et des explications bizarres de l'interprète. Quand il parle de l'ignorance de Daniel, le professeur hollandais ne prouve que son défaut de critique et son oubli des procédés d'une exégèse sérieuse. S'il avait bien voulu ne pas mettre ses fantaisies à la place du texte, il aurait pu s'orienter aisément dans les objets qu'il traite : il aurait vu qu'il n'avait pas à rapporter tous les nombres des chapitres VIII et XII à la même période; et il n'aurait pas trouvé étonnant qu'en voulant les faire converger au règne d'Antiochus, on ne put les mettre d'accord. L'étude que nous venons de faire de la vision du ch. XII nous a suffisamment montré qu'elle va bien au-delà de cette époque.

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