‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 315 sur 318 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

12. Heureux celui qui attend l, et qui atteindra mille trois cent trente-cinq jours1 î

k Béatitudes Casrey) de celui qui attend! Heureux celui qui attend patiemment et qui espère et met sa confiance en Dieu! Heureux celui qui vivra et atteindra cette bienheureuse époque! 1 Mille trois cent trente-cinq jours... Après les 1290 jours, les fanfares de la résurrection auront retenti et Jésus-Christ sera venu juger les vivants et les morts. La crise finale ou le partage des bons et des méchants durera un mois et demi. Les injustes auront été précipités dans l'enfer; et les justes, qui vivront alors sur la terre purifiée, verront se révéler à eux le commencement du monde nouveau où le divin Sauveur régnera glorieusement avec ses saints.

13. Et toi, va vers la fin m ; et tu te reposeras11; et tu te lèveras pour ton sort ° à la fin des jours.

m Va, lek (TîSy a ici un sens différent de celui du verset 9. Cette expression signifie : « va en paix. » Elle offre comme une formule polie de congédier quelqu'un lorsqu'on a terminé la communication qu'on voulait lui faire. Va (en paix) vers la fin (de ta vie ou vers le temps de la -fin du monde). — D Et tu te reposeras (dans le Wol, dans le lieu où résident les morts). — 0 Et tu te tiendras debout, tu te lèveras, tu ressusciteras, à la fin des jours (marqués versets 2-3), à la fin du monde, dont tu fais partie, pour prendre ta part de l'héritage réservé aux élus. L'expression « ton sort » (gôralka), ton lot, fait allusion au « lot », à « l'héritage » des tribus d'Israël qui se divisèrent la Palestine (cfr. Actes, XXVI, 18, KXrjpov ; Coloss., I, 12; trjv [J-epfôa toiï KX^pou ; Apoc, XX, 6, [jipo; *ev xf) àvacrrotas'.). Tu auras ta part dans la céleste, dans la véritable Terre promise ; tu auras ton lot avec ceux qui se réveilleront pour la vie éternelle (vs. 2), tu auras ta place dans le Royaume messianique, à la fin des jours, c'est-à-dire après le grand jour de la résurrection des morts et du jugement dernier : au moment béni où se révélera le commencement du monde nouveau et glorieux, dans lequel nous introduira la fin du siècle présent.

Coup d'œil rétrospectif et conclusion générale. — L'exégèse textuelle et naturelle du chef-d'œuvre inspiré par le Très- Haut à Daniel nous a donné des résultats qui sont à l'abri de

toute critique: nous ne pouvons douter que ce livre nesoitvéridique et authentique. Les chrétiens peuvent sans crainte présenter à la « critique moderne » ce livre prophétique, si merveilleux et si recommandable pour la rare valeur des matériaux mis en œuvre. Nous avons constaté que toute la construction en est solide, franche de dessins et bien d'aplomb. L'authenticité de ce saint livre est, en effet, démontrée par des preuves internes irrécusables et irréfutables. A chaque ligne, Daniel nous a montré ses lettres de créance, et aucun critique n'a pu le convaincre d'erreur ou d'imposture. Partout le Prophète se distingue par une connaissance des temps et des caractères -, la partie historique de son livre offre une description exacte des événements babyloniens et l'inimitable cachet de vérité du récit: paysages et sentiments sont marqués avec une précision et une sûreté admirables. Impossible de trouver un passage ou même un mot sur lequel les adversaires puissent trouver un point d'appui pour échafauder leur roman de la « modernité » du livre. Sans doute, ils ont dit sur tous les tons que cet écrit canonique était inautbentique, et d'aucuns l'ont cru à force de l'entendre dire. Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres. Nous avons discuté tous les arguments, tous les racontars, tous les potins qu'ils ont imaginés et proposés pour établir leur hypothèse, leur utopie -• nous avons pu constater de visu qu'ils ne sont fondés en aucune façon, et que — telum imbelle, — ils n'ont pu ébranler le moins du monde le merveilleux édifice. Les rationalistes se sont appliqués à accumuler, tant qu'il leur a plu, des subtilités et des paradoxes-, nous avons vu les plus renommés de ces écrivains bondir sur le texte, s'en emparer, le bousculer, le contorsionner, le gonfler, l'aplatir, le travestir par des variations insensées : les tours de force de prestidigitation exégétique, à l'aide desquels ces prétendus libres-penseurs ont essayé de justifier leur rêvecreux de la composition tardive de ce livre prophétique, ont été présentés au lecteur, et il a pu se convaincre qu'il n'y a, chez ces fameux critiques, que des effets d'imagination et des conceptions de fantaisie. Nous n'avons pu nous empêcher de constater que ces érudits — qui auraient pu et dû consacrer leurs travaux à des œuvres dignes d'un meilleur sort — ont fait une application bien vaine et sans aucun profit pour leur cause — de leur savoir en matière d'exégèse biblique. Ils ont agi comme les enfants qui jouent avec le sable des plages et y bâtissent les édifices qu'imagine le caprice de leurs rêves. Tout leur échafaudage de subtilités — cette tour Eiffel construite avec des toi-

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les d'araignées — la voilà en bas, disparue comme un rêve : le texte imperturbable de Daniel la rejetée dans le néant. Nous le répétons donc avec une entière confiance : ce livre porte en luimême la démonstration de son authenticité et de sa divinité.

Non, il n'est pas vrai que l'auteur du livre qui porte le nom de Daniel n'ait écrit qu'après les événements. Nous sommes en droit de redire ici ce que nous affirmions dans notre préface : la critique historique, philologique, l'évidence interne de chaque ligne du texte sacré oppose un obstacle insurmontable à la composition postérieure de cet écrit biblique : Daniel, le prophète inspiré de Dieu, a vu passer devant lui, et s'évanouir dans le néant, des objections, des broussailles, qu'on s'efforçait d'amonceler autour de son livre. Les rationalistes n'ont pu parvenir à montrer la fausseté des faits contre lesquels ils se butent -, ils n'ont pu maintenir aucun de leurs arguments en faveur de la modernité des textes prophétiques -, ils n'ont pu arracher la moindre pierre, pas même un grain de sable à l'édifice du grand prophète. Ils sont donc contraints de convenir avec nous que le livre de Daniel est authentique ; qu'il a été écrit au temps de la Captivité et qu'il a paru avant les événements qu'il a annoncés.

De l'enquête consciencieuse que nous venons de faire, il résulte donc que les rationalistes sont tenus de reconnaître l'authenticité d'un livre qui contient d'incontestables prophéties, et, par suite, de tenir pour certain le caractère miraculeux de ce livre. Mais, en dehors de ce résultat satisfaisant, il ressort encore du miracle de l'exactitude de ces prophéties, qu'elles ont une portée considérable, que nous ne saurions trop admirer. En nous donnant, dans ce livre miraculeux, un témoignage irréfragable de sa prescience et de sa vérité, l'Eternel lui a donné une importance dogmatique relativement à la doctrine de cette prescience divine : Daniel est le prophète de l'histoire universelle ; il en donne une vue d'ensemble, et il pose les fondements de la philosophie de l'histoire. De cette prophétie se dégage, en effet, les plus hautes leçons de cette philosophie, si bien comprise par saint Augustin et par Bossuet. Le voyant de l'époque de l'exil babylonien fait admirablement comprendre que Jéhovah flotte sur le chaos des événements, et qu'un plan divin gouverne les mouvements, les évolutions politiques que l'on regarde comme de simples jeux de la force. Nous ne saurions trop mettre en relief cette haute philosophie, à une époque surtout où beaucoup trop d'écrivains ne voient dans l'histoire qu'une évolution des causes secondes sans autre loi que le hasard.

Ce n'est pas non plus sans un autre dessein, digne de lui, que, dans le livre de Daniel, le Très-Haut montre que sa main puissante soulèvera l'une contre l'autre des monarchies puissantes : en marquant dans ce livre, longtemps à l'avance, la succession des empires jusqu'à celui des Romains, dans lequel devait s'établir le royaume messianique, il rend inexcusables ceux qui n'ont pas compris la marche des événements et le drame qui a eu son dénouement dans l'acte solennel du Golgotha. D'un autre côté, il est incontestable que la prophétie des 70 semaines prouve que le Messie est venu. Calculées d'après les données du texte, elles se terminent, avec une exactitude mathématique vraiment miraculeuse, à la mort de Jésus-Ohrist. Nous démontrons ainsi, par l'Evangile, la certitude de l'accomplissement de la prophétie de Daniel : il est certain que Daniel a prédit « le règne » de Jésus de Nazareth 583 ans avant qu'il se réalisât; et le réel accomplissement de cette prophétie prouve que l'auteur de ce livre, incontestablement prophétique, était inspiré de Dieu. Ce livre a ainsi reçu le contre-seing de l'Eternel. Admirons donc et bénissons la divine Providence, qui a rendu à cette révélation « ses témoignages croyables à l'excès, » comme dit le Psalmiste (ps. XCII, 5. — Testimonia tua credibilia facta sunt nimis).

Il est donc démontré, par la prophétie des 70 semaines, que le Messie est venu dans la personne de Jésus-Christ. L'interprétation anti-messianique du ch. IX a contre elle la lettre du texte, la chronologie, l'interprétation des anciens Juifs et celle de l'Eglise chrétienne. Les rationalistes ont eu beau s'efforcer de modifier l'axe de Fexégèse imposée par le texte ; ils ont rencontré dans ce texte même le tuf réfractaire, et ils n'ont pu mordre sur la prophétie. Tout concourt, en effet, à prouver qu'elle se rattache à Jésus-Christ, et que ce fils de David est vraiment le Messie. Dans sa personne, les caractères, les conditions et les circonstances de la prédiction sont manifestement remplis.

Enfin , les rationalistes ne peuvent plus compter sur leur pseudo-légende de l'inauthenticité du livre de Daniel pour nier les faits qui y sont contenus : il n'y a pas de pailles dans ce métal battu par le marteau divin ; et nous avons constaté, dans toutes les rencontres, la vérité de cette observation : Cum Vero consonant, quœ in re insunt. Nous savons donc, de manière à n'en pouvoir raisonnablement douter, que Daniel, ce grand et saint prophète, fut un docteur qui surpassait, en connaissances naturelles et surnaturelles, les Sages de la Chaldée (ch. I) ; qu'il manifesta la grandeur du Dieu des exilés, en montrant qu'il lui

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