CHAPITRE VIII
naît les événements de l'histoire (voyez surtout encore le ch. XI), et après lequel il place immédiatement le royaume des saints, il y a lieu de dire que lui aussi, comme tous les apocalypticiens, ses successeurs, a attendu la grande révolution pour un temps très rapproché. Du reste, les anciens prophètes n'ont guère mesuré la distance entre leur époque et le glorieux rétablissement d'Israël, d'une manière plus rationnelle, seulement ils n'ont pas prétendu le donner en chiffres. » Nous ne nous attarderons pas à relever toutes les inexactitudes que renferment ces quelques lignes. Qu'il nous suffise de rappeler -que le sens de l'expression « temps de la fin » est déterminé par le cadre dans lequel se meut l'action ou d'après l'horizon de la vision prophétique. C'est ainsi que lemohed haîîamim (I Rois, XIII, 11) tempore dierum, indique simplement le jour que Samuel avait fixé pour un remlez-vous à Saùl. Ici, en répétant que cette vision, cette révélation est « pour le temps de la fin, » l'Ange ne fait qu'insister sur ce qu'il a dit au verset 17 : il veut que l'on comprenne bien que par « le temps de la fin, » il entend plus spécialement le temps de la fin du drame qui est décrit au ch. VIII et surtout aux versets 9-14.
20. Le bélier que tu as vu x, possesseur de deux cornesy : les rois des Mèdes et des Perses2.
* Après le prélude (15-19), vient l'interprétation : d'abord celle qui est relative aux deux empires (20-22') et puis celle qui est spéciale à la petite corne (23-26). Dans le verset 20, l'Ange explique l'allégorie des versets 3, 4. — J Possesseur de deux cornes ; bahal haqqarnaîm (voy. p. 791). — z Les rois-, il faut avant malkëy (rois) sous-entendre «est» ou «signifie.» L'expression « rois des Mèdes et des Perses » indique toute la série des rois du deuxième empire ou le règne des Médo-Perses. Lengerke le reconnaît très bien : So steht : Kônige von Medien und Persen f. : das medopersische Reich. Maurer dit aussi très justement à ce sujet : Reges... pro eorum regno sunt positi. Nous avons déjà «uffisamment montré que le livre de Daniel ne divise pas le règne médo-perse en deux règnes différents et que le bélier du ch. VIII correspond à l'ours du ch. VII (cfr. p. 642 et ss., p. 705 et suiv.).
21. Eta le boucb : le roi de Javanc; et la grande corne qui (était) entre ses yeux : le premier roi d.
* L'Ange explique ici les versets 5-7. — b Le bouc-bouc, ha'zzafîr hassahir. Ces deux mots sont synonymes ; chacun d'eux signifie « bouc. » Le premier exprime le caractère bondissant» pétulant, sauteur, de cet animal; le second a trait à la longueur de ses poils fyjxj velu; sehar, cheveux, poil). On pourrait aussi traduire ainsi : « Le bouc velu, barbu, chevelu. » — c Le roi de Javan ou des Grecs (cfr. vs. 5). Par le mot roi il faut entendre ici le règne, l'empire grec ou macédonien. Les critiques n'ont pu s'empêcher de le reconnaître. Lengerke dit : « Un roi de Grèce, c'est-à-dire l'empire grec [Ein Kôniy von Griechenland, d. i. das griechische Kônigreich). Rosenmilller explique très bien aussi en ces termes le sens du mot » roi » dans ce passage : Is vero hic collective sumitur pro regibus Grœcorum, vel intégra rerum Grœcorum série, Alexander, et qui in ejus regnum successerunt. — d Le premier roi ; littér. lui le premier roi. Le pronom N1H es* masculin, parce que qeren, féminin d'ordinaire, se rapporte intentionnellement au mot mêlêk (roi). Alexandre est indiqué comme premier roi, parce qu'il est envisagé comme fondateur et premier roi de l'empire universel qui succéda à celui des Médo-Perses. Comme l'observe très bien Rosenmûller, les autres rois de Macédoine n'entrent pas en ligne de compte, parce qu'ils n'ont pas pris part à la formation du troisième empire : Habuit quidem Graecia, sive Macedonia, jam ante illos suos reges, inter quos Philippus, Alexandri pater, celebris ; ii vero hic ubi Grseci respectu habito ad Persarum imperium a bipsis expugnatum, considerantur, in censum non veniunt. Ne négligeons pas surtout de remarquer que, d'après le texte, le bouc signifie d'abord le roi (la royauté, le règne, l'empire) des Grecs, tandis que la grande corne n'en symbolise que le premier roi. Rosenmùller indique très correctement cette différence dans le passage suivant : Rex, i. e. reges Grœciœ et rexprimus igitur hic ita differunt, quomodo in visione aries et cornu differebant : nam ut aries totum, cornu vero totius partem aliquam eminentiorem, sic rex Grseciae totam Grsecorum regum seriem, rex primus vero illorum principem dénotât. C'est la même exégèse de ce passage que Maurer résume ainsi : Rex Grœciœ, collective accipiendus, hinc pro regno, ut antea. Rex primus : Alexander. Ce n'est, en effet, qu'en cédant au parti pris do diviser en deux empires l'empire d'Alexandre et de ses successeurs, que Stuart à mal interprété ce passage : « Il faut, dit-il, remarquer ici qu'il y a seulement une corne qui représente Alexandre comme seul roi de l'empire mentionné ici » {as sole King of the empire hère in