CHAPITRE VIII
question) ; et que « lorsque celui-ci est brisé, un autre empire d'une espèce différente s'élève sur ses ruines » (another empire of différent kind aroses out of its ruins). Mais il n'est pas vrai que le texte présente « le premier roi » comme «le seul roi » de l'empire grec (la même bête fournira d'autres cornes) ; il n'est pas vrai qu'Alexandre soit représenté comme formant à lui seul un des grands empires universels. Nous allons, du reste, voir, au verset qui suit, que Stuart ne se base que sur un argument bien fragile et bien peu sérieux pour établir que les remplaçants de la corne brisée constituent un empire « d'une espèce différente » de l'empire dont Alexandre était le fondateur. D'après l'étude que nous avons faite, plus haut, des textes, il n'est pas possible de douter de l'unité de l'empire grec ou macédonien (voy. p. 748). En particulier, quant à notre verset, il n'est pas douteux que l'expression « roi de Javan » ne désigne tout le règne des Grecs. Citons encore, toutefois, l'opinion de deux critiques peu suspects d'être trop favorables à l'interprétation traditionnelle. Hitzig trouve que « comme les rois des Mèdes et des Perses » sont mis pour « l'empire médo-perse » (steheu fur « das medo-persische Konigreich ; ») de même au verset 21 , par « les rois de Grèce, » l'abstrait Roi signifie à coup sûr, directement, l'empire (gleichwie, v. 21 mit dem Kônigo von Griechenland der abstracte KÔnig, ja geradezu das Reich gemeint ist). De son côté, Kranichfeld constate que le roi de Javan représente ici toute la royauté (als Reprdsentant des ganzen Konigthums).
22. Et la (corne) brisée ! e et quatre cornes s'élèveront f à sa places : quatre royaumes11 s'élèveront1 de la nation j, mais non avec sa force k.
• Et la brisée, rPSttten, partie, fém. niphal de sabar, rompre, briser, détruire. — * S'élèveront, nJTbyn troisième pers. fémin. plur. du prétérit 7Qy être debout, s'élever, se lever. — s Voyez vs. 8, p. 798. — h Quatre royaumes, malkuiîôt, pluriel de nisSD royaume. — l S'élèveront, yahamodenah, troisième pers. fémin. plur. du verbe hamad, avec suffixe féminin et un yod préfixe, comme si le verbe était masculin (cfr. Gen., XXX, 38 ; I, Rois, VI, 12). Dans les idiomes araméen, syriaque et arabe, la troisième personne du pluriel féminin est formée de cette façon. On a dit que le texte emploie ici une forme archaïque, mais il peut se faire que cette forme mixte fut usitée dan8 l'hébreu araméi-
zant de Daniel. La Vulgate traduit ainsi : Quod autem facto Mo surrexerunt quatuor pro eo, quatuor reges. . . L'apodose serait plutôt : quatuor régna. On sait que ces royaumes sont ceux de Macédoine, d'Asie (Asie-Mineure, Cappadoce, Thrace), de Syrie et d'Egypte. Ils furent fondés par quatre chefs, qui se déclarèrent rois et qui sont désignés au ch. VII par les quatre têtes du léopard. — iDe la nation Miggoî n'a pas l'article, mais Stuart dit très sensément qu'il faut traduire « de la nation, » et que le sens est « de la nation païenne auparavant gouvernée par la grande corne » (the meaning is, from the heathen nation once ruled by thegreat horn). — k Mais non avec sa force, vélo' bekohâ. Le suffixe "|, masculin, se rapporte au roi représenté par la corne. On sait qu'aucun des royaumes formés des débris de l'empire d'Alexandre n'égala la puissance qu'avait cet empire du temps du fondateur. Du reste, Stuart n'a pas de peine à prouver qu'il s'agit, ici et au ch. XI, 4, d'un changement de dynastie (a transition from one dynasty to another). Mais il s'efforce vainement d'établir que ce changement n'est pas une simple évolution du règne des Grecs, et qu'il y a passage d'un empire à un autre empire- Tout ce qu'il dit à ce sujet consiste à dire que le texte indique le passage d'une dijnastie à une autre. Mais toutes ces dynasties sortent de la même nation, comme les quatre cornes qui remplacent la première sont des excroissances du même bouc. Sous Alexandre et sous ses successeurs, la nation régnante était la nation grecque : les quatre monarchies continuaient le groupe ethnique du troisième empire. Dans le second empire, la lignée de Cyrus avait aussi été brisée : à l'avènement de Darius d'Hystaspe, il y eut un changement dynastique. Et néanmoins le règne de ce Darius et de ses successeurs n'en continua pas moins celui des Médo-Perses, c'est-à-dire l'empire que Cyrus avait fondé.
23. Et dans la postériorité de leur règne1, lorsque les pécheurs111 seront détruits11, il s'élèvera0 un roi dur de visage p et expert en intrigues0*.
x Et dans la postériorité, û-be'aharît, pendant la dernière partie, sur « le derrière » de leur règne, c'est-à-dire : « vers le déclin de leur royaume. » On peut traduire : In fine regni ipsorum (Greecorum), pourvu qu'on prenne le mot fin dans un sens large et pour une période d'une certaine étendue. Ainsi, après avoir traduit par « à la fin de leur règne, » Cahen explique très bien la pensée du texte, en mettant en note : « Au déclin de l'empire