‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 37 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

parce qu'on terminait un volume ou rouleau et on en marquait la fin en y mettant le sceau, l'impression du cachet, le verbe satam est devenu l'équivalent de ^rin (sceller, cacheter). Par suite de la môme association d'idées, ce dernier verbe a, lui aussi, le sens de o finir, terminer ». Cfr. ch. IX, 26 : Ad obsignandum, i. e. absolvendum, finiendum, propterea quod epistolse ad fînem perductas sigillum imprimi solet (Rosemmùller, p. 300). Il était d'usage de sceller les écrits qui étaient terminés, d'après une remarque très connue : ob si gnari soient quœ compléta sunt ; et c'est ainsi que les Rabbins disaient : Ad obsîgnatum Misnah, ad obsîgnatum Talmud, pour : Ad absolutum. Ainsi, l'Ange dit à Daniel de mettre fin au récit de la vision ou d'indiquer, par son sceau, que la vision finissait à ces derniers mots, et que, de la sorte, on ne pût rien y ajouter.

Daniel reçoit donc ici l'ordre de sceller sa vision, c'est-à-dire toute la vision (20-25), pnrce que, comme l'Ange le dit expressément, elle embrasse de jours nombreux. Les prophètes dataient ordinairement leurs prophéties avant de les répandre parmi le peuple, et ils n'avaient pas besoin'de sceller celles dont la réalisation devait arriver bientôt. Ils étaient là pour maintenir l'intégrité du texte. C'est ainsi que, dans l'Apocalypse, saint Jean reçoit l'ordre de ne pas sceller sa prophétie, parce que le temps est proche (Apoc. XXII, 10) et que, dès lors, il n'y a pas à craindre qu'elle soit altérée. L'action de sceller avait pour but d'empêcher l'altération et de prouver l'authenticité et la réalité de la prophétie. Les termes d'un écrit étaient ainsi arrêtés, ne varietur, et Daniel dut signer ou sceller sa vision, afin Je la préserver, de la conserver intacte et de la mettre à l'abri de toute altération. C'est ce que Rosenmûller expose très bien en ces termes : Tu autem occlude istam visionem, i. e. visi hujus enarrationem et explicationem exacte perscriptam ita inciude, ut nil addi nec demi possit, et archetypum ipsum îmmutatum servetur usque ad eventum, et tune cum eventu possit conferri. Idem quod hic Danieli injungitur infra XII, 4, 9. Sic Jesaias VIII, 16. Vat'xcinium suum obligare et imposito signo discipulis cuslodtendum tradere jubetur, ut apud posteros certum sit quœ in illo continentur a se régi et populo fuisse denunciata. En Effet, le prophète signait le texte, le prototype qui était conservé soigneusement avec son cachet; mais les copies circulaient parmi les Juifs, car il ne faut pas supposer que la prophétie fut tenue secrète jusqu'à l'époque de son accomplissement. D'abord, si l'on avait dû la tenir cachée jusqu'à cette époque, comment aurait-on

su qu'elle s'appliquait à cet événement et qu'on pouvait enlever le scellé. Il était donc nécessaire de la connaître d'avance par des copies, afin de pouvoir, au temps, marquer, collationner les copies avec le texte authentique et cacheté. Il est vrai que le verbe satam a eu aussi le sens de « tenir secret, caché. » Un livre scellé pouvait être un livre roulé et cacheté au dehors (cfr. Isaïe, XXIX, H; Jerém., XXXII, 14), afin de le mieux tenir intact. On écrivait sur des tablettes et, si on voulait les tenir secrètes, on les enveloppait de lin et on mettait le sceau pardessus. Isaïe (ch. VIII, 16) reçut l'ordre de sceller ainsi sa prédiction en présence de témoins. Mais ici l'Ange ne dit pas à Daniel, comme Dieu dit à Isaïe, de « lier et de sceller » la révélation qui vient de lui être faite. Daniel reçoit seulement l'ordre de la terminer ou de la sceller. En aucune façon, on ne peut conclure de là que le prophète aurait caché la vision et aurait fait en sorte qu'on la gardât mystérieusement pour qu'elle ne fut publiée que vers le temps dont il décrit l'histoire. C'est là une façon de procéder qui était inconnue aux prophètes : ils pouvaient sceller et cacheter un texte primitif, mais ils n'en cachaient pas le contenu. Daniel écrivit sa vision, apposa son sceau au texte authentique qu'il confia à des Juifs qui devaient le conserver avec soin et en publier des copies, afin de les transmettre aux hommes de tous les temps. Le sceau attestait l'authenticité d'un écrit. En arrivant et signant le contenu de sa vision, Daniel donnait moyen de vérifier la réalité de la prophétie par son accomplissement (Isaïe, XXX, 8). Les scribes pouvaient consulter ce manuscrit et veiller ainsi à la transmission exacte du texte. Cette observation suffit pour réfuter l'interprétation ridicule que quelques critiques ont donné à ce passage. a Termine ou scelle la vision » voudrait dire : « Ne le publie pas. » Reuss traduit ainsi : « Mais toi, va tenir secrète la vision, car elle se rapporte à un temps lointain, » et il ajoute : « L'auteur fait recommander à Daniel de ne point publier ses prédictions immédiatement. Il a seulement oublié de nous dire où il les a trouvées et découvertes » (p. 260). Et ce critique peut croire qu'un pseudo-Daniel n'aurait pas songé à satisfaire la curiosité du public de son temps en imaginant un lieu secret où il aurait découvert son manuscrit. Mais l'objection ne repose d'ailleurs sur rien, puisqu'il n'est pas enjoint à Daniel de « tenir secrète sa vision. » Cahen est tout aussi absurde lorsqu'il fait suivre cette même explication de la remarque suivante : « Dans l'antiquité, on scellait les écrits qui ne devaient pas être lus. » Nous voilà

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