‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 41 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

près les oracles du prophète des Lamentations, d'après lesquels les Juifs devaient rester en captivité et Jérusalem demeurer en ruines pendant soixante-dix ans. Il vit dans ces prophéties ce qu'il savait déjà, comme il le dit lui-môme (vs. 2), que la désolation de Jérusalem, prédite par Jérémie, devait durer soixante-dix ans. Il n'ignorait pas non plus que le temps de l'exil était fixé à une période d'une égale durée. D'un autre côté, il n'eut pas de peine à comprendre que du jour où il avait été emmené à Jérusalem, après la première prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, dans la troisième année du règne de Joachim (an. 607 60ô), comme il l'a constaté précédemment (ch. I, 1), il n'y avait d'écoulés que 49 ans, et que, par conséquent, on n'était pas encore à la fin des soixante-dix années de l'exil. La désolation du Temple et de la villene comptait, depuis Tan 588-587, que vingt-neuf ans. Daniel se trouvait donc ainsi loin de compte.

En examinant plus attentivement les prophéties de Jérémie, Daniel fut donc confirmé dans la connaissance précise de la période de l'exil.

Il n'était pas possible, en effet, de douter que Jérémie n'eût prononcé l'oracle suivant : « Toute cette terre (de Juda) sera désolée, et toutes ces nations (les habitants de ce pays et toutes les nations qui l'environnent) seront assujetties au roi de Babylone pendant soixante-dix ans, et lorsque ces soixante-dix ans seront passés, je visiterai le roi de Babylone... (Jérémie, XXV, 14). Daniel put aussi constater aisément que le même prophète expliquait aussi fort clairement l'oracle suivant (Jérémie, ch. XXIX, 10-12) : « Lorsque les soixante-dix ans seront accomplis, je vous visiterai et je vérifierai les paroles favorables que

je vous ai adressées, en vous faisant revenir dans cette terre

Alors vous m'invoquerez pour vous en retourner au bout de soixante-dix ans, et je vous exaucerez; vous m'invoquerez, et vous retournerez. »

Il n'est donc pas possible d'admettre que Daniel n'ait pas compris ces prophéties, et n'ait pas été fixé sur la durée de l'exil indiquée dans ces textes. Mais les rationalistes, brouillons, toujours à l'affût de complications à susciter, d'eau à troubler, ont éprouvé le besoin de supposer que ces prophéties étaient obscu-' res, impénétrables; et ils ont basé, sur cette hypothèse en l'air, un roman d'après lequel Daniel se serait vu forcé de recourir à Dieu, afin de lui demander l'interprétation de la prophétie de Jérémie. Travestissant les textes et les faits, ils prétendent que Daniel, dans sa prière, demande à Dieu une exégèse de la pro-

pbétie de Jérémie sur les soixante-dix ans de la Captivité. Daniel demandera t-ii si soixante-dix ans ne sont pas quatre-vingts ans, cent ans, etc. ? Cette demande eût été ridicule. Voudra-t-il savoir à quelle époque finiront les soixante-dix ans? Il ne peut Hgnorer, puisqu'il dit lui-même qu'il a fait partie du groupe des premiers exilés que Nabuchodonosor emmena à Babylone. Il sait parfaitement quecet exil durera soixante-dix ans, et, s'ilavait puavoir des doutes à ce sujet, il n'aurait eu, prosterné devant le texte sacré, qu'à laisser la parole à Jérémie. Pas n'était besoin, dès lors, que Dieu rendit un nouvel oracle pour expliquer le sens, si clair, de cette prophétie. Aussi, est-ce tout à fait arbitrairement que les rationalistes supposent que l'Ange fut envoyé pour donner à Daniel « l'intelligence de la prophétie de Jérémie. » C'est bien inutilement qu'ils s'efforcent de détourner dans ce sens les paroles du verset 22 de notre chapitre. 11 n'est pas plus question dans les paroles de l'Ange d'une interprétation de la prophétie de Jérémie, qu'il n'en a été question dans la prière de Daniel. L'Ange ne dit pas qu'il vient pour expliquer cette prophétie, mais pour lui annoncer « un décret » que Dieu a promulgué « au commencement des supplications de Daniel» (vs. 2fJ) , et ce décret n'a pas pour objet la période de la Captivité, il a trait à une toute autre période, qui ne commencera pas dans l'année 607, mais après le retour des Juifs dans leur patrie. La prophétie du chap. IX complète, en effet, les oracles des chap II et VI, et à spécialement pour but de mettre en relief la période qui commença à la reconstruction de Jérusalem et qui se termina par le fait divin de la rénovation morale de l'humanité.

Désireux d'appuyer leur roman qui transformerait la prière de Daniel en une demande d'explication de la prophétie de Jérémie, quelques rationalistes (Bleek, Ewald) ont prétendu que cette prière montrait que Daniel avait des doutes sur l'accomplissement de la prophétie. Il n'y en a cependant pas la moindre trace. Comment cet homme de Dieu aurait-ii pu avoir des doutes sur l'accomplissement d'une prophétie dont le terme n'était pas encore arrivé ? Il savait que la promesse divine à l'égard de la fin de l'exil et du retour des déportés se réaliserait. Ceux qui supposent chez Daniel un état d'esprit de défiance à l'égard de cet accomplissement de la prophétie, mettent dans le texte ce qui n'y est pas. Rien, ni dans la prière ni dans les révélations de l'Ange n'indique la moindre crainte au sujet de la réalisation de l'oracle divin. On ne surprend dans ces passages pas même l'ombre d'un doute.

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