CHAPITRE IX
de ces quatre mots : « Les paroles (de Daniel) sont empruntées à Néhémie (Die Worte sind entlehnt aus, Neh., 9, 10Ï. Il se garde bien de motiver ce jugement : une simple affirmation de Lengerke doit suffire. Cependant, il ne pouvait guère se faire que les Juifs ne reportassent pas souvent leur pensée sur les nombreux miracles par lesquels Dieu avait délivré leurs pères de la servitude de l'Egypte. Ne devaient-ils pas aussi penser que Jéhovah s'était acquis de la sorte un nom glorieux, et n'était-il pas naturel qu'ils aient prié souvent ce Dieu tout-puissant, afin qu'il renouvelât ces prodiges et qu'il ajoutât ainsi à sa gloire. Nous trouvons une prière analogue à celle de Daniel dans Isaïe (ch. LXIII, 11 et suiv.) : « Mais il (Dieu) s'est souvenu des siècles anciens, de Moïse et de son peuple. Où est celui qui les a tirés de la mer... Seigneur, regardez-nous du ciel..., car c'est toi qui es notre père, notre rédempteur, Ton Nom est éternel. » Lengerke dira-t-il aussi que ce chapitre a été emprunté à Néhémie ? En tout cas, comme l'essence de la critique négative est de nier, il croira se tirer d'affaire en ayant recours à un second ou à un troisième Isaïe, c'est-à-dire en accumulant des hypothèses fausses sur des hypothèses en l'air, et des niaiseries sur des niaiseries. Mais tout cela produit de l'efièt et jette de la poudre aux yeux des doctes répondants du rationalisme. Il n'en est pas moins vrai que Jérémie se base aussi sur les miracles opérés en Egypte et sur le Nom du Seigneur pour demander la miséricorde pour le peuple élu : « C'est toi qui as fait jusqu'à ce jour des signes et des prodiges dans l'Egypte, dans Israël, et parmi tous les hommes ; et qui as rendu ton Nom aussi grand qu'il est aujourd'hui... » (Ch. XXXII, 20 et ss.). Bien plus, nous pouvons constater que Moïse lui-même en appelait à cette manifestation de Dieu chez les païens, comme à un argument qui devait le porter à accorder le pardon à son peuple (Exod., XXXIII, 11 et ss.; Nombr., XIV, 13). Ainsi, nul ne saurait s'étonner que Daniel employât cet argument, qui consiste à intéresser Dieu lui-même à la prière qui lui est adressée. C'est comme si le prophète disait à Dieu : En nous retirant de la Captivité de Babylone, tu prendras soin de toi même et de ta gloire, comme tu Tas fait en retirant nos pères de la servitude des Pharaons ; nous avons péché, mais nos fautes ne doivent pas t'empêcher d'avoir pitié de ton sanctuaire et de ta ville. En un mot, Daniel dit à Dieu : Nous avons fait le mal, — c'est un fait certain, — mais, quoique nous ne méritions pas d'être pardonnés, n'oublie pas ton nom !
16. Seigneur, selon toutes tes justices8, que ta colère et ton indignation se détournent de Jérusalem, ta ville, ta sainte montagneb ; car à cause de nos péchés et à cause des iniquités de nos pères, Jérusalem et ton peuple (sont) en opprobre à tous nos circonvoisinsc.
• Selon toutes tes justices, c'est-à-dire selon les actes par lesquels tu rends justice à ceux qui se repentent et qui reviennent au bien. Au fond, ces actes ne sont appelés « justes » que parce qu'ils ont été précédés d'une expiation par le Juste par excellence, par l'Homme-Dieu. C'est en le considérant à ce point de vue que le mot np*TÏ (justice, droiture, droit) a pris le sens de « bénignité, bonté, bienveillance. » Dieu fait acte de justice en récompensant les repentirs du pécheur dont les iniquités ont été effacées par les mérites du Rédempteur. — b La montagne de ta sainteté. C'est le mont Moriah sur lequel avait été bâti le Temple de Jéhovah. — c Les Tyriens, les Ammonites, les Moabites, les Iduméens, qui se réjouissaient des malheurs survenus à la natiou juive (Thren., II, 15, 16; Ezéch., XXXV, 12, 13; XXXVI, 3 et ss). Daniel indique ainsi un nouveau motif propre à toucher la miséricorde divine. Il s'efforce d'intéresser Dieu à sa propre cause; en faisant entendre que la prolongation du châtiment apparaîtrait comme une défaite et comme un opprobre qui retomberait sur le Seigneur. Jérusalem était la ville de Jéhovah : laisser cette ville plus longtemps en butte aux moqueries des peuples voisins, c'est permettre aux multitudes païennes du voisinage de faire remonter leurs insultes jusqu'à Dieu lui-même.
4 7. Et maintenant, ô notre Dieu, écoute la prière de ton serviteur et ses supplications \ et fais rayonner tes Faces d sur ton sanctuaire, le dévasté, en faveur du Seigneur e.
d Que tes Faces se montrent raj'onnantes et favorables ; qu'elles cessent de nous menacer et de se montrer irritées. — e En faveur du Seigneur. (Cahen) : pour l'amour du Seigneur; for theLord's sake (par égard pour le Seigneur; — Stuart), um des Herrn willen (pour l'amour, à cause du Seigneur ; — Lengerke). Cette expression a embarrassé les juifs qui ne voulaient admettre aucune distinction de personnes dans l'unité d'une môme essence divine. Cette exagération du monothéisme les a forcés à détourner