‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 50 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de leur vrai sens une multitude de révélations bibliques. Le passage qui nous occupe a été traduit ainsi par les LXX : Ivsxev twv ôoùXcov aou, Alarcoxa (à cause de tes serviteurs, Seigneur) et par Théodotion : ïvsxev aou Kupis (à cause de toi, Seigneur, propter te Domine). Saint Jérôme, qui a subi ici le joug du Judaïsme de son temps, a suivi Théodotion : Propter temetipsum (à cause rte toi-même). Mais il faut s'en tenir à la lettre et traduire le texte tel qu'il est. On ne doit pas être étonné de constater que Daniel reporte sa pensée vers le « Fils d'homme » qui lui est apparu au milieu des nuages du ciel, vers le Veillant et le Saint, vers l'Ange des Faces, vers le Messie, en un mot. Il est vrai que Lengerke est d'un avis opposé; et nous aurions été surpris qu'il en fut autrement. Il estime donc que l'on a faussement [falschlich^ trouvé ici le sens de : « pour l'amour de ton Fils, à cause, en faveur des mérites du Messie {um deines Sohnes wiilen ; um des Verdientes Christi willeri). » Cette interprétation serait fausse parce que ni la langue ni le contexte ne l'autorisent. Mais les gTammairiens arrangent la langue d'après leurs préjugés. Sans doute, il arrive, en hébreu, que, au lieu et place du pronom, le substantif est quelquefois répété. Mais cette manière de parler ne saurait s'étendre à tous les cas et surtout, quand il s'agit de Dieu, nous devons nous rendre bien compte des expressions employées par l'écrivain sacré Déjà Daniel nous a fait connaître sa doctrine d'une pluralité divine (voy. au sujet des Elohîm saints, p. 303, 382 ; des Veillants, p. 388, des Saints qui ne sauraient être confondus avec des anges, ch. VIII, 13 ; du Fils de Dieu dans la fournaise, p. 302-, du Fils d'homme qui possède les attributs divins, p. 595). Ici le texte porte tellement vers l'idée d'une pluralité de personnes divines, que Lengerke n'exclut ce sens qu'en ayant recours à une hypothèse en vogue chez les rationalistes, savoir qu'il ne faut pas chercher la mention d'une pluralité de personnes divivines dans l'Ancien Testament (Von einer riuralitat in der Rede uber Gottkann im A. T. gar nicht die Rede seyn). Cette affirmation doit suffire : c'est là un des partis pris de l'antichristianisme. Supprimons ce qui nous gène. Par conséquent, toutes les fois que l'on rencontre la mention d'une pluralité, on imagine des procédés pour la réduire à la singularité. Cela peut passer pour être ingénieux, mais cela ne signifie rien pour les hommes qui demandent une traduction sérieuse. Quant au contexte dont parle Lengerke, on aura beau le tourner et le retourner, on n'y trouvera rien qui s'oppose à l'interprétation, faite au point de

vue messianique de ce passage. Au contraire, cette mention du Messie résume le motif capital qui doit incliner Dieu à faire grâce à son peuple. Cette pensée est exprimée de nouveau aux versets 18 et 19. De sorte que l'ensemble du chapitre converge vers le même personnage qui est l'objet de ce chapitre. Le Seigneur sur lequel Daniel appuie sa requête est le Christ-Ohef que Gabriel va lui annoncer. C'est le Messie auquel songeait David lorsqu'il disait : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite. » Comme David, le prophète de l'exil mettait son espoir dans l'amour du Seigneur pour le Messie (1).

18. Incline ton oreille, ô mon Dieu, et écoule ; ouvre tes yeuxf et vois nos désolations s, et la ville sur laquelle ton Nom est invoqué11 ; car ce n'est pas à cause de nos justices que nous prosternons1 nos supplications devant tes Faces, mais à cause de tes grandes miséricordes.

f Ouvre, feqahah (impératif avec n paragonique ; cette forme intensive que donne le ketib est préférable au qerî feqah. Dieu indigné, est censé avoir fermé ses yeux pour ne pas voir un peuple, qui est devenu son ennemi et qui n'est plus son peuple. — ■ 8 Nos désolations, nos déserts, nos (terres, ville, Temple) dévastés. Lengerke a découvert que le mot « dévastations » (niDDIU) fait allusion « à l'état de la ville et du Temple, décrit au livre des

^1) A propos du commentaire du rabbin Jachiades sur ce passage {Istud faclas propter Nome a tanin, Domine, quod profanatur inter gentes), Constantin l'Empereur ajoute : « Itaque Christiani merito hic versus 17. Mediatorem Messiam agnoscunt, propterquem filium Deus Pater suos exaudit, ut enarrat paraphrasis Chald. PsaL, 80, 15, 16. Nam ubi Psaltes inquit : Visita surculum quem plantacerat dextera tua, idque propter jîlium ; posteriora ita reddit Chald. NfPUJQ îoSo Sw id est idque propter regem Messiam. Nec est quod istam explicationem mirentur Judœi, quandoquidem in eadem paraphrasi justitiae Messiœ omnis adscribitur benedictio qua nos beat Pater clement.issimus. Exempli gratia, verba Psal. 72 (quem Ps. Messiœ conditionem describere in confesso est apud omnes, qui rite expendunt, ea quae ibi leguntur alii homini competere non posse) verba inquam vers. 17. Benedicentur in eo omnes gentes, etc., ita redduntur in paraph. Chaldaea, et benedicentur per justitiam ejus omnes gentes. Per eum Chaldœus Paraphrastes intelligit Messiam e Davide oriundum, sicut aperte dixerat vers. 1, Un NFPU2 toS^b N3>7 robn constitutions judicii tui da régi Mesiœ (Vers, et annot. Paraphrasis Jachiadœ in Dan., p. 176).

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