CHAPITRE VIII
été des Cuschites qui furent, pendant quelque temps, conquis par les Elamites. Chez les Sémites de Babylone, la Susiane était comprise dans l'Elymaïde (cfr. Bochart. Géog. Sacr. P. I, lib. II, cap. 2», qui est nommée dans les documents assyriens Elamti. Ce pays comprenait les Cissiens, Kussi ou Cosséens (Cuschites) et les Elamides (Sémites). Ces derniers occupaient surtout la vallée inférieure de l'Euphrate et du Tigre. C'est à cause de ce voisinage que, chez les Assyrio-Chaldéens, le nom de pays d'Elam fut donné à toute la contrée comprise entre la Babylonie et la Perse. Elam ou Elamti désignait ainsi « le pays » situé à l'est de la Chaldée. C'est de la sorte que la Susiane était regardée comme faisant partie du pays d'Elam et que Suse était comprise dans cette province. Les Sémites prenaient donc le nom d'Elam dans un sens plus large. D'après un procédé analogue, les Perses désignaient l'Elymaïde sous le nom d'Anzan ou de Susiane. Hérodote (III, 91) et Arrien (III, 16) nous apprennent, d'ailleurs, que, sous la domination perse, la Susiane et l'Elymaïde ne formaient qu'une seule satrapie. L'Elymaïs des Grecs ne renfermait que la partie occidentale située au pied du haut plateau de l'Iran et le commencement de la vallée du Tigre et de l'Euphrate, entre la Susiane et la Babylonie. Ainsi, Pline (Hist. Nat., VI, 27) dit que la Susiane était séparée de l'Elymaïde par le fleuve Eulseus. Dans ce sens étroit, l'Elymaïde comprenait seulement le district renfermé entre le Tigre vers l'ouest, le golfe Persique au. sud et l'Eulseus à l'est. Mais, comme province assyrienne ou chaldéenne, le pays d'Elam s'étendait au-delà du Tigre et de l'Eulseus et Suse était dans cette circonscription. En plaçant cette ville dans la province d'Elam, Daniel s'exprime donc très correctement, et d'après le langage usité à la cour de Babylone au temps de Balthasar. Trois ans et quelques mois après le meurtre de ce roi , c'est-à-dire à partir de la mort de Darius-Nériglissor, Suse devenue la proie de Cyrus, aurait été placée dans la Susiane.
k Je vis dans cette vision. Daniel répète ici pour plus de clarté ce qu'il avait dit avant la parenthèse. — l Auprès, Sv du fleuve Ula'ï. Le mot ûbal (fleuve). blIN est une forme de ^v (rivière, fleuve ; de Sn>, il a coulé), par la permutation du > et du ^. L'Eulœus entourait la ville de Suse comme l'observe Pline : Amnis Eulœus ortusin Médis, modicoqm spatio cuniculo conditus, hac rursus exorlus, per Mesobatenen lapsus, circuit arcem Susarum (VI, 31). Le Nâr (fleuve) Ula'i est aussi mentionné dans les inscriptions comme
coulant près de Suse. Hérodote (I, 188, V, 49, 50) et Strabon (XV, 3-4) disent que Suse était située sur le Choaspe. Quelques écrivains ou voulu identifier l'Oulaï avec le Choaspe ou avec le Dizful. D'autres ont remarqué que, chez les anciens-, les noms d'Eulœus et de Choaspes sont employés comme désignant deux objets différents. On a supposé ensuite que l'Oulaï était une branche du Choaspe qui baignait la ville de Suse et qui allait se jeter dans le Dizful. La vérité est que Suze était située entre deux rivières. L'Eulée qui baignait les murs de l'antique citadelle était une branche du Choaspe qui allait rojoindre le Pasitigre. Outre le Choaspe (Kerkhaj et le Pasitigre (Karoun), une autre rivière, le Kopratès (rivière de Dizful) arrosait la plaine, qui a pu très justement être comparée à une petite Mésopotamie. L'Eulée a disparu : ce n'était qu'un canal artificiel dont les eaux du Choaspe se sont détournées. Toutefois, le lit que l'Eulée occupait subsiste encore : il est marqué par une dépression qui n'a pas moins de 270 mètres de large et dont la profondeur varie de 4 à 6 mètres (1).
(1) La topographie de Suse est très bien exposée dans les premières lignes d'un article signé R. E. (Revue scientifique, 3 août 1889, p. 135) et intitulé : « Le Palais de Darius, d'après M. Dieulafoy. Nous croyons utile de le mettre sous les yeux de nos lecteurs : « Quand on arrive à Dizfoul et que, monté sur une terrasse, on tourne les yeux vers le sud, on aperçoit à l'horizon une haute montagne terminée par un plateau horizontal. C'est la Kalehè-Chous (forteresse de Suse) disent les habitants de la ville. Le voyageur se met en route, traverse une plaine aujourd'hui déserte, passe à gué l'Abdizfoul — ancien Copratès — puis, après avoir franchi une large dépression identifiée avec l'Oulaï, il voit se dresser les ruines de l'Acropole. A l'ouest, coule le Chaour dont les eaux baignent les dernières pentes des tumulus royaux -, une lieue plus loin, la Kerkha connue des auteurs classiques sous le nom de Choaspe et des anciens Perses sous celui de Khoubaçp (rivière des beaux chevaux). La ville s'étendait à l'est et à l'ouest sur dix-huit à vingt kilomètres comprise entre l'Oulaï au nord et le Khoubaçp ou Choaspe au sud. Le long du Choaspe se groupaient des faubourgs populeux, sur la rive droite de l'Oulaï se trouvaient des temples, un immense zig gourât — le tel Soleïman — et enfin le Mennonium {sic) dont la masse gigantesque émerge des tumulus voisins comme une île escarpée des flots de la mer. Les constructions privées étaient plus denses à l'est ; les édifices religieux, à l'ouest. Les temples étaient entourés de jardins irrigués par de multiples canaux. De leurs bois touffus que violèrent les soldats d'Achchourbanipal, il reste deux à trois konars épineux Jujubiers