‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 51 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Machabées » (Er deutet auf den Zustand von Stadt und Tempel, der I, Macc, I, 33, und 45 geschildert ist). Evidemment, d'après le savant critique, l'auteur du livre de Daniel n'aurait pas pu, au temps de Nabuchodonosor, parler des dévastations de la ville et du Temple! Cependant c'est bien alors que le Temple brûlé et détruit méritait, tout particulièrement, le nom de « dévasté. » Cette destruction rendait impossible le culte que les croyants d'Israël regardaient comme le fondement réel de leur nationalité ; et l'on n'a pas de peine à comprendre qu'il y ait dans la prière de Daniel un effort pour obtenir grâce, pour provoquer un regard favorable de l'Eternel sur le Temple. Quoiqu'en disent, d'ailleurs, Lengerke, Kuenen, etc., il n'est pas vrai que ce qui est dit ici de Jérusalem et du Temple, prouve que cette prière est l'œuvre d'un pieux Israélite du temps des Machabées. Tout au contraire, ce que Daniel dit de la Ville sainte et du Temple convient parfaitement à l'époque de l'exil où Jérusalem était détruite et où le Temple était réduit en cendres. Ces paroles ne s'adaptent pas aussi complètement aux dévastations d'Antiochus, qui ne détruisit ni la ville ni le Temple. Les paroles de Daniel représentent donc très bien l'état d'Israël au moment où elles furent prononcées. Daniel se préoccupe de Jérusalem et du Temple, parce que ces deux objets étaient une protestation contre l'idolâtrie, un témoignage de l'unité de Dieu, un appel à la fidélité du peuple, un gage d'espérance et d'amour de la part de Dieu, un jalon de l'avenir.

h La ville qui est invoqué ton Nom sur elle ; la Vulgate : Super quam invocatum est nomen tuum (sur laquelle ton nom est invoqué); Cahen : « la ville dans laquelle ton nom est invoqué. » Le texte porte hal /^y sur, à cause de, en faveur de) ; et l'on comprend très bien que du temps de Daniel les Juifs aient invoqué le nom de Dieu sur leur ville, en faveur de leur ville. Mais à cette époque, Jérusalem n'était pas une ville dans laquelle le nom de Dieu fut invoqué : elle n'existait plus. Jérémie (Vil, 14) : «Je traiterai cette maison où mon Nom est invoqué... comme j'ai traité Silo » (cfr. XXV, 29; XXXIV, 15). «Silo où a habité mon Nom dès le commencement» (VII, 12).

Le Nom de l'Éternel. — Mais on ne s'est pas mis en peine de savoir ce que l'Ecriture entend par le « Nom. » Les Juifs en vinrent à croire qu'il s'agissait de l'invocation de quatre lettres. On n'ignore pas que le mot sêm (nom) désigne quelquefois le renom, la gloire ; il est très vrai que l'expression nomine Dei peut se traduire par jussu Dei, aucloritate divina. Mais on doit recon-

naîtra aussi que l'expression « le Nom de Jéhovah, » si fréquente dans la Bible, a une signification supérieure aux interprétations des exégètes à courte vue. Le nom est le signe par lequel un objet est connu. D;ms ses communications avec son peuple, l'Eternel était représenté par son Nom ou Sa Sagesse hypostatique que saint Jean appelle le Aôyoç ou le Verbe. Par cette expression déjà mentionnée (ch. III, 34 : en considération de ton Nom ; vs. 43 : donne Seigneur, gloire à ton Nom), Daniel a en vue le personnage mystérieux, l'Ange de l'Eternel, par l'entremise duquel Dieu se manifeste aux hommes d'une manière visible. C'est l'Ange que Dieu déclara divin en disant : « Mon Nom est en lui » (Exod. XXIII, ?A). La présence de cet Ange dans le sanctuaire est aussi indiquée par cette expression : « C'est là que sera mon Nom » (III, Rois, VII, 29 ; IV, Rois, XXIII, 27,.

Au lieu de s'en tenir au texte (la ville sur laquelle ton Nom est invoqué), quelques commentateurs ont voulu y voir que Jérusalem était appelée Jéhovah. Calmet : « cette ville qui a eu la gloire de porter votre Nom » ; Lengerke : die Stadt, welche nach deinem Namen genannt ist [\& ville qui est nommée d'après ton nomi. Mais jamais Jérusalem n'a été nommée Jéhovah; cette ville n'a jamais été connue sous ce nom. Elle a pu être appelée ville de Jéhovah, appartenant à Jéhovah, dédiée à Jéhovah; on a pu dire : la cité de Dieu, le peuple de Dieu. Mais notre texte indique, de plus, que le Nom de l'Eternel était invoqué en faveur de Jérusalem. Reuss a traduit ainsi : «Cette ville qui s'appelle de ton nom ; » et au verset suivant : « C'est ton nom que porte ta ville et ton peuple. » Après avoir fait cette découverte, ce critique ajoute : « Ne dirait-on pas qu'elle (la ville) existe encore? » Evidemment, ceux qui ne savent pas ce qu'ils disent pourraient très bien le dire. Daniel a, en effet, suffisamment mentionné les ruines de Jérusalem pour qu'on ne puisse pas se tromper ; en invoquant le Nom de Dieu sur sa ville, il prie pour qu'elle soit reconstruite et réintégrée.

' Faisant tomber, maffilim (partie, hiphil (prostravit) de Ss3 (eecidit) nos prières -, faisant que nos supplications soient abaissées jusqu'à terre, humilliéss devant toi. Les prières sont représentées comme des personnes suppliantes, qui se prosternent aux pieds d'un roi pour implorer sa clémence. Cette expression signifie : c'est en nous humiliant, en nous prosternant devant toi que nous t'adressons nos prières.

Page 1