CHAPITRE IX
lant rapidement); les LXX : xà/ei <pep6|j.evo? (rapidement porté) et Théodotion : tï£t6[j-£voç (volant; courant vite). La racine tm a eu un sens secondaire et dérivé du premier, le sens de : « il a été fatigué » (l'oiseau fatigué par un vol rapide, l'homme fatigué par une course précipitée), parce que celui qui a couru est fatigué . il s'est fait une association des idées de course et de fatigue. Mais c'est bien à tort que J.-D. Michaelis , Dôderlein, Dathe et Gesenius {defatigatus cursu fatigante, i. e longo et céleri) ont traduit ainsi l'expression du texte : « fatigué » par sou vol rapide. Stuart trouve, avec raison, que c'est là se faire une idée étrange de Gabriel (a strange idea to be associate with Gabriel, i. e. powerful man of God.), dont le nom signifie «l'homme fort de Dieu.» Dans cette hypothèse, il faudrait donc rapporter ces paroles, non à l'Ange, mais à Daniel. Mais cette traduction a contre elle les versions anciennes, et le contexte qui, comme l'observe Rosenmûller, ne permet pas de rapporter l'expression muhaf bîhaf a un autre qu'à l'ange Gabriel : Sed vix dubium, esse verba Ma ad Gabrieïem referenda, ad quem et proœimum y^ çertinet. Daniel décrit ici une vitesse extraordinaire et il ne fait allusion à aucune fatigue. C'est donc à tort que Reuss, ayant très bien traduit ce passage (en grande hâte), ajoute : « Le sens n'est pas bien sûr. »> Il ne serait pas sûr à cause d'une objection qu'il détruit lui-même en ces termes : « On a aussi proposé de traduire : que j'avais vu dans ma première vision, lorsque j'étais fatigué. Mais dans le passage auquel l'auteur fait allusion, il est question, non de fatigue, mais de frayeur, et l'abattement ne vient (1. c, v. 27) qu'après la disparition de l'ange. » Ici, il n'est nullement question de fatigue. Mais, même en ayant raison sur ce point, Reuss ne peut s'empêcher de mêler des inexactitudes à la remarque qui précède. Il la fait suivre de ces lignes : « En aucun cas, on ne peut admettre la traduction de la Vulgate, qui met : en volant rapidement, d'où les Pères ont conclu que les anges avaient des ailes. Les Keroûbs d'Ézéchiel et les Sérafs d'Ésaïe, qui en ont, ne sont pas des anges. » La traduction de la Vulgate doit se prendre comme une métaphore qui signifie : « d'un vol rapide, en courant. » Il n'est pas vrai que les Pères en aient conclu que les anges avaient des ailes. Les messagers de Dieu sont représentés quelquefois avec des ailes par des sculpteurs et des peintres ; et quoi qu'en dise Reuss, les Séraphins d'Isaïe (VI, 2) et les Chérubins d'Ezéchiel (I, 6) étaient des anges décrits d'une façon symbolique. Leurs ailes indiquent la rapidité de leurs mouve-
ments et la promptitude avec laquelle ils exécutent les ordres de Dieu Ici, il n'est aucunement question de ce symbolisme : le prophète dit seulement que Gabriel courut, vint en toute
hâte. . ..
• Parvenant, nogéah (part. UaP jusqu'à mol Le verbe y3; signifie ,< il a touché, il a atteint, il est parvenu, il a approché. » Théodotion et la Vulgate ont traduit : ft». ,»», teUgit me (me toucha), comme si nagah était construit avee 3 (»3, a moi,, ainsi ou'on le trouve au ch. X, 10). Mais lorsque ce verbe est «outrait avec Sn (vers, sur, contre), il signifie « atteindre à, parvenu a, approcher de. » Or, c'est ici le cas : »Sk, <"» me, vers moi (parvint jusqu'à moi, s'approcha de moi). - • Au temps de loblaUon du soir ou du sacrifice quotidien appelé « entre les deux so.rs » (Exod XXXIX, 39), c'est-à-dire vers la neuvième heure ou vers trois heures de l'après-midi . C'était une heure de prière (ofr. Actes, III 1 • X 3 30). Daniel indique le temps où, lorsque le temple subsistait, on offrait le sacrifice quotidien du soir. Reuss a cherohé là une occasion de se livrer à une de ses divagations exegetiques dont il a l'habitude. « Cette formule, dit-.l, choisie pour déterminer une eertaiue heure du jour (vers le coucher du soleil) prouve que l'auteur vivait à une époque et dans un heu ou les rites de l'autel s'accomplissaient régulièrement^ Il oublie qu'il prétend vivre bien loin de Jérusalem. » Ce que Reuss n oublie pas, c'est sou parti pris de trouver partout 1 auteur en faute Mais il n'y réussit jamais. Dans le eas présent, Daniel ne dit pas le l'on offrait en ce moment ou que l'on venait d'offrir 1 oblatiou du soir : il se eouteute de dire que c'était l'heure de ce sacrifice. Cela suffit au critique rationaliste pour dénaturer la pensée du prophète et lui faire dire ce qu'il ne dit pas et ce qui, précisément, aurait motivé une objection. Si, par exemple «n lettré russe exilé en Sibérie écrivait à un de ses anus que tel at lui est arrivé « vers l'heure du théâtre, s Reuss concluerai de là que l'exilé oublie qu'il n'y a pas de théâtre en Sibérie que, par conséquent, c'est à tort qu'il prétend vivre dans ce te conrée Cette conclusion est aussi absurde que la précédente. On éprend, en effet, très bien que Daniel, part, de Jérusalem vers l'âge de quatorze ans, ait adopté et conservé une locution entrée dans sa langue comme une expression courante. Il a du môme s'en servir d'autant plus volontiers qu il regrettait, comme tous les Israélites fidèles à leur Dieu, la cessation des sacrifices amenée par la destruction du temple.