CHAPITRE IX
22. Et il me rendit attentif v ; et il parla avec moi, et il dit : Daniel, maintenant je suis sorti* pour instruire ton intelligence J.
v // fit moi considérer attentivement, il m'ordonna de bien faire attention à ce qu'il allait me dire. En effet, -p»l (troisième pers. fut. hiphil de 6m), ne signifie pas seulement « il m'a instruit, il m'a fait connaître ; » ce verbe signifie aussi : « il m'a fait considérer, il m'a fait faire attention, il m'a rendu attentif. » Rosenmûller a donné de ce passage une très juste interprétation que nous reproduisons ici : Et intelligere fxit scil. me, quod ex sequente >)sy mecum intelligitur. V ulga tus docuit me reddidit. Sed videtur potius attendere me fecil interpretandum esse, i. e. jussit me ad ea quse dicturus esset, utpote valde momentosa, aures et aiiimum advertere. Eodem significatu Verbum p^n legitur Nehem. VIII, 7. Levitse minS DyîTVIN C*j»ap attendere jaciebant populum adlegem prœlegendam. En effet, l'Ange porte l'attention du prophète sur ce qu'il va dire aux versets 23 et suivants. Lengerke ne pouvait pas être de l'avis motivé de Ch -B. Michaelis et de Rosenmûller. Il prétend que yz~ signifie toujours comprendre, avoir l'intelligence {bedeutet immer verstehen, Einsichl haben) et il trouve que ce sens est plus en rapport avec le verset 2, qu'il a, du reste, mal traduit (cfr. vs. 5). Mais il est faux que bin ait toujours ce sens. Gesenius donne à ce verbe les significations suivantes : anim advertere, animum advertit ad aliquid (et il cite précisément Dan., IX, 2, 23) ; plus loin, expliquant la signification de cette racine au hiphil, il ajoute "pnn... i. q. Kal, n° 2, animum advertit ad aliquid, c. c. -j Dan., IX, 23. — x Je suis sorti, d'auprès de Dieu en la présence duquel je me tiens (Luc, I, 4 9). Daniel a déjà représenté les anges se tenant devant le trône de l'Eternel (VII, 10). — ? Pour Vinstruire (lehaskilka, de S::t? hiphil, instruire) intelligence (bînah), pour donner des enseignements, des révélations divines à ton intelligence. Rosenmûller traduit ainsi : Ad docendum te intelligentiam, eorum, puta, quse debinc populo tuo evenient. C'est certainement le sens -, mais l'Ange dit seulement qu'il donna des instructions à l'intelligence de Daniel. Les versets suivants indiqueront l'objet de ces révélations. Lengerl<e se garde bien, du reste, de traduire et de commenter le texte comme Rosenmûller : il lui est plus facile de le trahir.
Roman rationaliste à propos de la prière «le Daniel et du messnge de l'Ange. — Les champions du criticisme mo-
derne veulent que Gabriel ne soit venu que pour interpréter les prophéties de Jérémie, et c'est dans notre verset qu'ils cherchent un appui pour leur légende. Lengerke s'arrange donc de manière à faire dire à l'Ange qu'il est venu « pour procurer (à Daniel) intelligence sur le sens » [dir Einsicht liber den Sinn zu gewahren) ; il obtient ainsi une phrase qui lui permet de demander un complément, au sujet duquel il n'hésite pas à répondre d'après sa fantaisie. Celle-ci trouve, en effet, que l'Ange apparaît pour apprendre à Daniel « le sens caché des prophéties de Jérémie : Der [verboryene) Sinn der Weissagungen des Jeremias. Le critique revient avec insistance sur cette glose qu'il introduit arbitrairement dans le texte, et il répète que l'Ange est venu « sur l'ordre de Dieu pour expliquer la révélation de Jérémie » (Vom Throne Gottes, um auf seinem Befehl die Offenbarung Jeremias zu deuten). De la sorte, ajoute-t-il, l'explication qui suit est ramenée à un oracle primitif supérieur (Die folgende Auslegung wird also auf einen h'dheren Urspruch zuruckgefiihrt). Ainsi, il donne au subst. binah (intelligence, connaissance, jugement) un sens qu'il n'a pas, et il rattache ce mot, ainsi arbitrairement transformé, aux prophéties de Jérémie. Ce rapprochement est tout à fait fantaisiste. Il n'eût pas été, d'ailleurs, difficile d'indiquer l'objet dont l'Ange vient donner l'intelligence à Daniel. En traduisant ce passage de façon à faire dire à l'envoyé céleste qu'il vient « donner l'intelligence ; » on peut, en effet, se demander quel est l'objet dont il va être question. Il va de soi qu'il s'agit de l'intelligence de quelque chose. Or, même dans ce cas, Moses Stuart trouve, avec raison, que Lengerke et les autres critiques qui partagent son opinion ne sont pas fondés à dire qu'il s'agit de l'intelligence des prophéties de Jérémie : pour rapporter les paroles de Gabriel à ces prophéties, il aurait fallu que le texte offrît habbînah, avec l'article. Stiiart ajoute : « Nous devons, dès lors, donner à bînah un sens plus général et traduire ainsi : pour communiquer à toi intelligence, savoir au sujet de ton peuple. » D'où le même critique conclut très justement que ce passage « ne renferme ce qui suit ni dans les limites de la prophétie de Jérémie, ni dans la vision du ch. VIII. limites qui sont trop étroites pour les versets 24-27 (1). » C'est donc sur une opéra-
(1) Under standing, intelligence. Of what? Of^the prophecies in Jer., say Lengerke and others. But then n^aîl would be almost of necessity employed in such a case. We should therefore give to H 3*3. a niore generic sensé, and then the phrase = to impart to thee