CHAPITRE IX
tion faite sans ombre de raison que Lengerke et une foule de pseudo-critiques s'appuient pour réduire le rôle de l'Ange à celui d'un simple interprète de quelque passage de l'Ecriture (der Engel ëffnete ihm das hb'here Verstandniss der Schriftellen) (1).
tuider -standing, viz. respecting thy people. This confines the sequel neither to the prédictions of Jeremiah, nor to the vision in ch. viii. Thèse limits would be too narrow for vs. 24-27. A Commentant/ on the book of Daniel, p. 263.
(1) Les moutons du rationalisme, à l'instar de ceux de Panurge, n'ont pas manqué de suivre leur berger. A la suite de Lengerke, ils donnent dans le roman de la transformation de la prophétie des 70 ans de l'exil en une prophétie de 490 ans. Qu'il nous suffise de citer le raboin Cahen et le luthérien (?) Reuss. Le premier traduit ainsi : « Pour t'enseigner l'intelligence, » et il ajoute : « Le sens de la prophétie de Jérémie. » Le second délaie un peu plus la fiction rationaliste, et il y mêle des inexactitudes et des erreurs que nous avons déjà réfutées, mais que nous signalerons de nouveau : « Le ch. IX ne contient une vision que dans ce sens, que Daniel reçoit de la bouche d'un ange l'explication d'un passage de Jérémie qu'il venait de méditer, et au sujet duquel il lui était venu des doutes (dont il n'est fait aucune mention dans la prière et qu'il n'avait pas eu de peine à faire disparaître lui-même en relisant les prophétiesj. Le texte en question parlait de 70 années durant lesquelles Israël subirait la domination de l'étranger et Jérusalem resterait en ruines (Inconsciemment, le critique reconnaît ici que cette prophétie était claire et ne demandait aucune eœplicationj. Il y avait là impli • citement une promesse qui ne s'était pas accomplie (C'est sur cette sottise que Reuss èchaffaude la pseudo-légende rationaliste : s'il avait mieux compris la date de la révélation contenue dans le ch. IX, il aurait vu que les prophéties, très explicites, de Jérémie ne pouvaient pas encore être accomplies et que Daniel n'aurait pas pu s'empêcher de voir que la durée des 70 ans était loin d'être arrivée à son terme). L'ange lui dit qu'il faut entendre ces 70 années de 70 semaines (septaine d'années) (Reuss se garde bien de citer les paroles de l'Ange indiquant cette prétendue substitution ou transformation), de manière qu'avec ce nombre on arrive jusqu'à l'époque où le culte de Jéhova sera interrompu et le temple profané par la présence des insignes de l'idolâtrie, ce qui est encore, comme dans les chapitres précédents, le dernier acte du drame de l'histoire, tel qu'il se dessine devant les yeux du prophète » (d'après l'exégèse fantaisiste dont Reuss se fait par trop naïvement l'écho) (La Bible, etc., VII, p. 209). Plus loin (p. 221), le même embrouilleur reproduit la même objection : « Daniel est dit avoir médité le sens de cette prophétie (que l'état des ruines de Jérusalem serait de 70 ans), sans ' doute parce que les 70 ans étaient passés sans qu'elle ait été accomplie (C'est, au contraire, parce que le temps fixé n'était pas encore arrivé, et que, à l'avènement d'un Mèdc sur le trône, Daniel espéra
Or, précisément, ces passages n'ont aucun besoin d'explication ; et, d'un autre côté, ils ne sont mentionnés ni dansla prière de Daniel, ni dans le message de l'Ange (voy. p. 852 et ss.). Les prophéties de Jérémie dont il est ici question sont ce qu'il j a de plus clair au monde : les désolations de Jérusalem doivent durer soixante-dix ans. Il n'y a là aucun sens caché, et elles se sont parfaitement accomplies au temps fixé (Voy. Introd., pp. 339 et ss.). L'Ange qui aurait révélé à Daniel que les soixante-dix ans de Jérémie désignent autant de cycles de sept années, aurait fait de cette prophétie quelque chose d'incompréhensible. Ce serait, en effet, une singulière interprétation de la prophétie de Jérémie ! Celle-ci parle d'une période qui va de l'an 607 à l'an 637 et d'une période dont le point de départ est la destruction du Temple (587) et le point d'arrivée à la dédicace de l'édifice qui le remplaça (516). La révélation de l'Ange a pour point de départ la reconstruction de Jérusalem, et s'étend à travers 490 ans jusqu'aux temps messianiques. Impossible de ne pas voir là deux objets différents et dont aucun n'est l'explication de l'autre.
que ce roi pourrait dêliorer les Juifs plutôt que Jérémie ne l'avait annoncéj. Mais la date du morceau où se trouve cette allégation est la première année de Darius le Mède, qui, selon l'auteur, a régné après la chute de l'empire des Chaldéens de Babylone (après le massacre dujils de Nabuchodonosor ; mais l'empire chaldéen continua encore avec Darius, gendre de ce roi, avec son petit-Jlls et avec Nabonidj. Or, l'histoire nous dit qu'immédiatement après cette catastrophe, Cyrus permit aux Juifs d'aller rebâtir la ville sainte et son temple fil n'est pas vrai que Cyrus ait permis de rebâtir la ville). Il est donc évident que l'auteur n'a pas en vue la restauration matérielle de Jérusalem et le retour de l'exil que visait Jérémie (l'auteur a en vue toutes ces choses et il demanda à Dieu d'en hâter l'accomplissement : les textes le disent formellement), mais que, tout en conservant le calcul de ce prophète (il ne le conserve pas ; il offre un autre calcul et un autre objet), il lui donne un sens applicable à une époque postérieure de quatre siècles (La révélation qui aboutit à une époque éloignée de plus de cinq siècles n'est pas obtenue en donnant un sens nouveau — uniquement produit par le cerveau malade des rationalistes — de la prophétie de Jérémie). A l'époque de Daniel, il ne pouvait pas être sérieusement question d'un doute relativement à la prophétie de Jérémie; car nous voyons tous les écrivains de ce temps-là professer des espérances enthousiastes au sujet d'une prochaine délivrance». (Et c'est au temps des Machabées qu'on aurait douté que les prophéties relatives au retour de l'exil et à la cessation des désolations de Jérusalem avaient été accomplies !).
CiïA PITRE IX 887
D'un autre côté, il faut remarquer aussi que, dans la prière, Daniel ne demande pas une explication de la prophétie des soixante-dix ans de Jerémie. Le Voyant n'avait pas de grands efforts à faire pour en avoir l'intelligence. Aussi, sa prière n'a-t-elle pas pour but d'obtenir une explication de cette prophétie. Il demande miséricorde pour son peuple ; il ne se mortifie pas et il ne prie pas pour savoir quand on verrait la fin des soixante-dix ans de la Captivité prédite par Jérémie. Daniel n'en dit pas un mot dans sa prière. Il ne demande pas quand finiront ces soixante-dix ans, car il savait très bien que soixante-dix ans sont soixante-dix ans. Aussi, l'Ange ne vient-il pas répondre à une question qui n'a pas été faite. Sans doute, Daniel aurait voulu que Dieu abrégeât ces soixante-dix ans, et c'est dans ce but qu'il s'est humilié et qu'il a prié. Mais ce qui le préoccupe surtout, ce sont les péchés d'Israël, et il prie Dieu d'avoir pitié de son peuple et de hâter sa délivrance.
C'est à cette prière que Dieu daigne répondre en envoyant un messager qui apporte au prophète des révélations relatives à l'expiation du péché et au temps de la venue du Messie. Dieu qui avait fait de Daniel le Voyant par excellence des temps messianiques, révèle à cet homme, qui a trouvé grâce devant lui, des événements plus importants que la fin des 70 ans de la Captivité. En confessant les péchés de sa nation, Daniel a prié pour que Dieu lui fasse grâce : la grande pensée qui le domine, c'est d'obtenir le pardon des péchés d'Israël. L'ardeur de cette prière indique assez que Daniel songeait à la promesse du Messie dont la venue était l'objet de l'attente de tous les cœurs pieux parmi les juifs. Il devait même s'en trouver qui croyaient que ce Sauveur viendrait aussitôt après le retour de l'exil et apporterait à la postérité d'Abraham la grande délivrance dont toutes les autres n'étaient que des types. La réponse est donc en parfait accord avec la prière, quoiqu'elle dépasse, par sa grandeur et sa plénitude, le but plus restreint que le prophète pouvait avoir eu d'abord.
23. Au commencement de tes explications, un décret3 est sorti b; et je suis venu pour (te 1') annoncer0, car toi (homme) des désirs d; sois donc attentif au décret; et fais attention à cette vison e.
a Un décret. Le mot dabar (12*t) signifie parole, sentence, décret, ordre, oracle, promesse. La suite du chapitre fait voir qu'il
s'agit ici d'un décret de Dieu. Les LXX : ^pôs-ray^a àrco (rcapà) Kupfou (ordre, commandement du Seigneur) ; Théodotion (introduit un article qui vn'est pas dans le texte) : IfjrjXOev 6 Xoyoç ; la Vulgate : egressus est sermo. Lengerke a traduit ainsi : Mit Anfang deines Flehens ging der Ausspruch aus. Cette traduction ne laisse rien à désirer si ce n'est que l'article (der) est de trop. Le mot Ausspruch (oracle, jugement, arrêt, décision) rend très bien le mot hébreu dabar. Mais le commentaire que le critique ajoute à ce passage est on ne peut plus impertinent. Le voici : « Au commencement de ta prière, c'est-à-dire aussitôt que tu commenças à prier, savoir pour la juste interprétation de la prophétie de Jérômie et pour la fin de la désolation de Jérusalem et du Temple, qu'il avait annoncée là-môme » (d. i. so wiedu begannest zu flehen, namlich um die rechte Deutung der Weissagung des Jeremias und um ein Ende der daselbst liber Jérusalem und den Tempel verkiindeten Verloustung). Le contexte et la grammaire s'opposent à cette exégèse. En effet, les quatre versets qui suivent ne peuvent pas être regardés comme une explication de la prophétie de Jérémie puisqu'ils se rapportent à une période qui ne commence qu'après l'accomplissement de cette prophétie. La grammaire ne permet pas non plus de rattacher à un oracle précédent le décret que l'Ange va promulguer. Le mot -qt qui indique ce décret, n'ayant pas de d'article, ne peut, dès lors, être rapporté à une révélation, à une vision ou à une prophétie précédente et en vue. 11 n'en est pas de même du second dabar, qui vient tout de suite après : celui-ci offre l'article ("in^n) et il se rapporte ainsi au premier. Or, ce second dabar se rattache manifestement à la révélation qui suit (vss. 14-27). Aussi Stuart dit-il, à ce propos, très justement: « L'exégèse qui fait rapporter ces deux dabar au debar Jehovah du verset 2, est clairement contraire à la grammaire (is clearly ungrammatical). S'il en était ainsi, les deux dabar devraient avoir l'article (Were this the case, both must hâve the article). Nous ne pouvons admettre, avec Lengerke, que l'ange entreprenne seulement de donner une inteprétation nouvelle et mystique des prédictions de Jérémie relatives aux soixante-dix semaines » (We can~ tiot admit, with Lengerke, that the angel only undertakes a new and mystical interprétation of Jeremiah' s prédictions concerning the seventy weeks) (Loc. cit., p. 264). — Au lieu de seventy weeks, il faudrait seventy years, soixante-dix années , mais ce lapsus n'entache pas le raisonnement de Stuartj. — e Est sorti-, un oracle a été prononcé, proféré, promulgué. Ce dabar n'est pas un ordre donné à l'Ange de venir auprès de Daniel, puisqu'il s'agit d'an -