CHAPITRE VIII
noncer ce dabar lui-même. Il s'agit là de l'oracle, du décret, de l'ensemble des paroles contenues dans les versets '24-2? : Cette « Parole » comprend toutes les révélations que Gabriel se hâte de communiquer au prophète. — c Pour annoncer, lehaggîd [hiphil de nagad), sous-entendu : haddabar (cet oracle) et TjS (à toi). — Car toi (es) des désirs, hamûdôt (nniQn) sous-entendu U7>N (homme), tu es un objet des désirs, un homme que tous désirent, un homme désiré, bien aimé, chéri; tu es une persona grata (l'abstrait s'employe souvent pour le concret). On dit, en hébreu, des « vases de désirs, » pour « des vases précieux » (Dan., XI, 8 ; Nahum X, 10); une « nourriture de désirs, » pour une « excellente nourriture» (Dan., X, 2). Ainsi cette expression signifie : « Tu es un homme agréable à Dieu, un homme excellent, » un homme que Dieu estime, parce que tu observe la loi, parce que tu es un homme qui se repent et qui prie pour son peuple; un homme dont les sentiments de pénitence et de prière sont agréables à Dieu. On pourrait aussi traduire ; « homme des désirs » par homme qui désire ardemment, qui prie avec une grande ferveur pour obtenir l'objet de ses désirs. La Vulgate [vir desiderîorum) admet les deux sens. — e Sois attentif au décret (haddabar, avec l'article, indiquant ainsi le décret qui a été mentionné et dont la teneur suit). Lengerke a très bien reconnu ici le sens des deux impératifs hiphil y^ et t^H et il traduit : Somerke nun auf den Ausspruch, und gibt Acht auf das Gesicht {merke, remarque, fais attention à ; — gibt Acht, donne ton attention à). Il avait donc tort de vouloir restreindre le sens de ces deux verbes (vss. 2 et 22). L'attention du prophète est, de nouveau et à deux reprises, attirée sur la révélation qui va lui être faite, sur le Décret (dabar, Ausspruch) et sur la vision. Le subst. mafêh (HîOD) signifie « vision, apparition. » Ainsi l'Ange dit à Daniei : sois attentif à la vision, à cette vision, c'est-à-dire aux événements que je vais te faire voir, que je vais te montrer : soixante-dix semaines, etc. Ces versets font l'effet d'un miroir qui reflète les événements : on croit voir les événements ; et Daniel les voyait dans la préscience divine.
Remarques générales sur le Décret des soixante-dix semaines. — Nous voilà arrivés à la maîtresse page de tout le livre. Il y a là quatre lignes des plus suggestives et des plus curieuses qu'on puisse lire. Elles ont cela d'admirable qu'elles contiennent beaucoup de substance sous un petit volume. L'Ange y parle d'un style concis et en quelque sorte lapidaire. Il nous est recommandé de « fouiller les Ecritures » (Jean, V, 39).
L'oracle contenu dans les versets 24-27 exige, entre toutes les révélations du saint Livre, que nous n'en laissions passer légèrement aucun mot. Tout y est à souligner.
Le 24e verset contient l'exposé et la base de cette prophétie : après un décret autorisant la reconstruction de Jérusalem, Dieu accordera à Juda une période de sept fois soixante dix ans d'existence, à la fin de laquelle, loin de retirer sa faveur à la vraie postérité d'Abraham, il lui accordera la plus précieuse de ses bénédictions, celle qui contient toutes les autres et en est la cause première et efficiente. C'est à ce moment, en effet, qu'aura lieu l'expiation et le pardon définitif du péché, par l'avènement de Justice éternelle, de Saint des Saints qui sera oint ou manifesté comme Messie. Après avoir exposé le sujet de la communication qu'il vient faire à Daniel, l'Ange entre dans le détail, et quatre points principaux se distinguent dans la suite du Décret divin : 1° Comme point de départ des soixante-dix semaines d'annés ou des quatre cents quatre-vingtdix ans, Gabriel fixe l'autorisation de rétablir Jérusalem dans son ancien état ; 2° La période totale est divisée en trois parties : sept, soixante-deux et une semaines d'années. La première se termine par l'achèvement de la reconstruction de Jérusalem : cette ville devait mettre quarante-neuf ans pour se relever de ses ruines ; la seconde période aboutit à l'apparition du Messie, qui souffrira dans la dernière semaine une mort violente, entraînant l'exclusion de la participation au règne messianique pour une partie du peuple qui aura rejeté le Sauveur; cette dernière semaine d'années a pour caractère de confirmer une alliance avec ceux qui recevront les bénédictions annoncées dans cette prophétie et mentionnées au verset 24. La fin de cette semaine fera cesser les sacrifices mosaïques ; le peuple ingrat et rebelle, tombera, en punition de ses crimes, sous les coups d'une armée du Prince qui vient ou du Messie ; et cette armée amènera la destruction de la ville impure et du sanctuaire souillé. Cette prophétie précise les révélations relatives aux quatre empires. Elle est la plus claire que nous ayons dans l'Ecriture sur l'époque de la venue du Messie : elle fixe le temps précis auquel il devait se manifester et accomplir par sa mort le grand ouvrage de notre salut. Ce décret divin a donc une importanse toute particulière pour l'apologétique chrétienne. Pour en mieux faire l'analyse et pour le faire mieux comprendre, nous croyons utile d'en mettre d'abord sous les yeux du lecteur le texte original, en le faisant suivre des versions de Théodotion et de la Vulgate.
CHAPTRE IX 891